«Les stress tests sont une matière assez nouvelle pour tout le monde, les banques et leurs superviseurs », remarque Dominique Laboureix, directeur des études économiques et des relations internationales de l’ACP. Pourtant, dès 2004, la Commission bancaire a commencé à développer des macro-stress tests de solvabilité. Partant de la situation de solvabilité globale existante du secteur bancaire, il s’agit de tester sa résistance à un scénario présentant des conditions extrêmes construit à partir de variables macroéconomiques comme l’évolution du PIB, de l’inflation ou des taux d’intérêt. L’exercice est conduit au niveau consolidé, sur les 5 principaux établissements de crédit français : dans ce secteur très concentré, ceux-ci totalisent 80 % des risques ou des fonds propres.
Des macro-stress tests depuis 2004
Cette méthodologie est matérialisée par la variation d’un ratio de solvabilité dont le dénominateur, c’est-à-dire les risques, ainsi que le numérateur, donc les fonds propres, sont représentés par deux équations
Les macro-stress tests sont effectués en moyenne deux fois par an ou plus si un événement majeur vient à modifier le paysage bancaire ou l’environnement macroéconomique. Les pics de la crise ont ainsi été suivis de près, mais aussi les changements de périmètre comme celui provoqué par le rachat de Fortis par BNP Paribas. Ces exercices sont menés de façon autonome, sur les bases de données de l’ACP, sans intervention des établissements de crédit. À la différence des macro-stress tests américains (encadré 1), leurs résultats, pas plus que les hypothèses utilisées, ne sont publiés. Comme l’affirme Dominique Laboureix, « nos stress tests, tout en étant sévères et bien calibrés, donnent une mesure globale de la résistance des banques françaises et ce n’est pas la peine de communiquer sur le détail tant qu’ils donnent une vision sereine du paysage bancaire français ».
Analyses de sensibilité
Parallèlement à ces exercices macroéconomiques de grande ampleur, l’ACP mène régulièrement des micro-stress tests qui sont plutôt des analyses de sensibilité à un risque donné. Un exercice classique consiste à tester une variation de risque pays, représentée par un denotching, c’est-à-dire une baisse drastique de la notation d’un pays, ainsi que ses éventuels effets de contagion à la zone géographique au sein de laquelle il se situe. C’est ce qui a été réalisé sur les pays de l’Est : si l’on observe une dégradation de la note de la Russie, celle-ci peut d’abord se propager sur les pays satellites, à leur tour dégradés, puis dans un second temps, les entreprises ou bien la clientèle de détail sont à leur tour touchés. Afin d’en évaluer l’ampleur, les effets de tels chocs sont rapportés aux montants d’exposition des établissements sur ces pays.Les banques mènent également ce genre de tests en interne.
Macro-stress tests et analyses de sensibilité constituent dans le jargon de l’ACP, les approches top down, initiées par le superviseur qui définit les scénarios de stress, fait tourner ses propres modèles et discute éventuellement les résultats avec les établissements si cela semble nécessaire.
Bottom up
En 2009, la Commission bancaire a inauguré un autre type de stress tests, dit « bottom up ». En concertation préalable avec les principaux établissements de la place, elle a établi des scénarios de stress communs. Puis au lieu de faire tourner les ordinateurs du superviseur, chaque établissement a travaillé en interne. Les résultats de cet exercice ont servi à mesurer la sensibilité à la fois globale, mais aussi de tel ou tel établissement aux risques de marché, de crédit, de liquidité ou de taux.
Enfin, aux tests menés par l’ACP s’ajoutent, dans la catégorie bottom up, ceux menés depuis longtemps et régulièrement par chaque établissement, dans le cadre du règlement 97-02 qui demande qu’un certain nombre de risques soit testé. L’établissement est alors maître de sa démarche : il sélectionne le risque, ses hypothèses et son scénario. Ainsi, dans les activités de marché, ils peuvent se décliner sur un périmètre très réduit, comme une microvariable appliquée à un desk unique. Une des difficultés de ce genre d’exercice est de s’assurer que la variation d’un paramètre sur un risque donné n’a pas de conséquences majeures sur un autre risque ou un autre métier qui passeraient alors inaperçues. L’agrégation des stress tests pour en mesurer toute la portée est une opération complexe. « Ces exercices sont des instruments du contrôle interne que doit utiliser chaque établissement pour adapter sa politique de risque, à la différence de ceux de l’Autorité de contrôle, qui sont des outils de stabilité globale pour évaluer le comportement du système bancaire et de ses composantes » précise Dominique Laboureix (encadré 2).
L’initiative européenne
À ces exercices qui font partie – directement ou indirectement pour les tests internes des établissements – de la surveillance régulière du secteur bancaire, se sont ajoutés des stress tests exceptionnels liés au contexte de crise de ces dernières années.
Ainsi, en 2009, un stress test a été mené par le CEBS
Ce test a également eu un effet positif pour les superviseurs, qui ont pu confronter leurs hypothèses et leurs méthodologies, voire les faire évoluer, pour davantage d’harmonisation à l’échelle européenne :
Au reste, l’exercice du CEBS est en cours de réitération à la demande de l’Ecofin sur des hypothèses modifiées en fonction de la situation actuelle des banques et des aléas de la conjoncture du moment Le comité devrait présenter lors du prochain Ecofin une communication sur le sujet. Ainsi, les stress tests deviennent des instruments de surveillance du superviseur bancaire européen.
Les stress tests sont-ils efficaces ?
Face à cette prolifération, ces instruments sont-ils réellement efficaces ? « Il n’y a pas de vérité révélée dans les stress tests », explique Dominique Laboureix. « Il me semble qu’il faut multiplier les exercices et les angles d’attaque, top down et bottom up, par devise, type de risque, établissement. C’est ainsi que globalement, on finit par avoir une vision correcte de la résistance du secteur ou d’un établissement ».
Pour autant, il ne faut pas demander aux stress tests plus qu’ils ne peuvent donner : ceux-ci mesurent les effets d’un choc exceptionnel sur le secteur bancaire mais sur un horizon relativement court, de 12 à 24 mois au maximum. Dans le jargon des experts, ils mesurent ainsi les effets de « premier tour », mais intègrent beaucoup plus difficilement ceux de « second tour », qui apparaîtront à plus long terme. Par exemple, un choc négatif de croissance aura pour effet direct une dégradation de la situation des contreparties, de la qualité du crédit et un accroissement de la probabilité de défaut. Mais dans un second temps, l’économie en général et les banquiers en particulier, vont adapter leur comportement : c’est l’effet de second tour (encadré 3). Si la situation d’un client se dégrade brutalement, la banque ne pourra guère réagir dans l’immédiat, si ce n’est en provisionnant ; mais pour le client suivant, le banquier sera beaucoup plus circonspect et va augmenter ses taux. Du coup, le client ne va peut-être pas accepter cette offre de financement, donc le banquier verra sa production de crédits réduite. Ces effets de second tour, c’est-à-dire de rétroaction d’une des parties prenantes du stress test, le marché ou les banques et leurs conséquences sur les bilans bancaires sont très difficiles à mesurer. Que dire alors des effets de troisième tour, quand le gouvernement se lance dans une politique expansionniste pour éviter un credit crunch ? Pour l’heure, la mesure de ces itérations successives de chocs reste un sujet universel de recherche.