LaFinbox

« L’agrégateur constitue le point de départ d’une plate-forme de services »

Créé le

01.10.2018

-

Mis à jour le

12.10.2018

Associant mathématiques financières et intelligence artificielle, LaFinBox, l’application mobile conçue par Crossquantum vise à aider tous les individus, à commencer par les « Henrys » (high earning not rich yet), à gérer l’ensemble de leur patrimoine. Simple agrégateur au départ, l’offre disponible gratuitement évoluera vers un modèle payant, pour un conseil automatisé plus performant.

En quoi votre activité présente-t-elle un caractère disruptif ? Quel est votre positionnement par rapport aux autres acteurs du secteur ?

Nous avons décidé, fin 2015, de créer Crossquantum, la société développant notre application, LaFinBox, à l’issue d’un projet d’étude mené pour Swiss Life France. Il s’agit d’un agrégateur de patrimoine et non d’un agrégateur de comptes bancaires. LaFinBox s’adresse à une clientèle patrimoniale. Cette application mobile gratuite permet d’agréger l’ensemble de son patrimoine financier détenu auprès de différents établissements, y compris les banques privées : comptes bancaires, assurances vie, comptes titres, comptes d’épargne salariale, dispositifs d’épargne retraite et, depuis peu, patrimoine immobilier. Totalement indépendante, LaFinBox n’a aucun lien avec un établissement financier particulier ni avec la vente d’une gamme spécifique de produits, contrairement à d’autres FinTechs. LaFinBox est la seule application gratuite de ce type en France, les autres agrégateurs étant davantage centrés sur une problématique de gestion de budget et visant une clientèle plus jeune.

Au-delà de la seule agrégation, notre objectif est aussi de permettre à nos utilisateurs d’accéder à du conseil patrimonial et à du conseil en investissement, de deux façons : soit grâce à la mise en relation avec un conseil en gestion de patrimoine (CGP) partenaire – via LaFinBox pro [1] –, soit via un robo-advisor (voir Encadré).

Quel est le profil type de ce client final ?

Cette clientèle patrimoniale agrège en moyenne 220 000 euros d’encours financier. Cela va de clients fortunés à très fortunés, qui agrègent plus de 500 000 euros ou plus de 1 million d’euros de patrimoine financier, aux clients plus jeunes, qui n’ont qu’un compte courant et une assurance vie : il n’est pas nécessaire d’être fortuné pour utiliser LaFinBox.

Quels sont vos moyens de financement et vos perspectives de développement ?

Notre actionnaire principal est Swiss Life France. Nous avons été financés au travers de deux levées de fonds (private equity) pour un total de 12 millions d’euros et sommes en phase d’investissement. Nous ne recherchons pas la rentabilité immédiate sur le volet BtoC, mais notre activité s’oriente vers le BtoBtoC, ce qui devrait générer des revenus de la part de nos partenaires tels que les conseillers en gestion de patrimoine (CGP). Nous travaillons également en marque blanche pour des établissements financiers tels que Swiss Life et nous sommes en phase pilote avec AXA. Du point de vue de notre activité, Swiss Life est un client comme un autre et nous ne mettons pas en avant ses produits.

LaFinBox s’adresse à une clientèle française, mais nous mettons en place progressivement des connecteurs à l’étranger, notamment au Luxembourg. Le but est de permettre à ces clients d’agréger l’ensemble de leur patrimoine, même s’ils en détiennent une partie à l’étranger. En 2019, nous concentrerons nos efforts pour améliorer le service fourni aux utilisateurs français, mais nous serons amenés à nous internationaliser en Europe, comme le permet notre statut d’établissement de paiement. Deux ans après notre création, notre effectif comprend actuellement 25 collaborateurs. Nous agrégeons pour le compte de nos utilisateurs plus de 2 milliards d’euros d’encours financiers et plus d’un milliard d’euros d’encours immobiliers. Notre ambition est d’atteindre plus de 100 000 utilisateurs en BtoC, auxquels s’ajouteront les utilisateurs de nos partenaires en BtoB (en marque blanche) à l’horizon 2020.

Que vous apporte votre statut d’établissement de paiement sous agrément ACPR ?

Outre l’agrégation de comptes pour nos clients, nous pouvons être initiateur de paiement : à la fin de l’année, nos utilisateurs pourront réaliser des virements entre leurs comptes bancaires à partir des API que les banques, dans le cadre de la DSP 2 (directive européenne sur les services de paiement révisée), vont mettre progressivement en ligne.

Quel est votre modèle économique en BtoC ?

Nous souhaitons que l’agrégation reste un service gratuit et indépendant pour l’utilisateur final, de même que le coach patrimonial. Toutefois, les partenariats noués progressivement avec des compagnies d’assurance vie, sociétés de gestion ou autres acteurs du monde de l’épargne nous permettront d’afficher leurs offres dans LaFinBox, et nous serons rémunérés en cas de souscription via ce canal (modèle freemium). De même, nous serons rémunérés par les CGP partenaires dans le cadre d’une mise en relation avec les clients via LaFinBox pro.

Nous travaillons parallèlement au développement, pour début 2019, d’un robo-advisor susceptible d’aider à piloter ses investissements en suggérant quoi acheter ou vendre à un moment donné sur un contrat d’assurance vie : ce service sera intégré dans une offre payante premium. Parmi les agrégateurs disponibles, il n’existe pas d’autre modèle de conseil conjuguant le mode freemium (gratuit) et premium (payant). L’agrégateur constitue le point de départ d’une plate-forme dont l’objectif est de délivrer des services à toute personne disposant d’une capacité d’épargne, une sorte de « family office » abordable en raison de son caractère dématérialisé et automatisé.

Quelle stratégie les banques déploient-elles vis-à-vis de ce service d’agrégation ?

Nous avons rencontré des dizaines de banques privées et des compagnies d’assurance vie : presque toutes se posent la question de l’agrégation, même de manière défensive, car elles savent que si elles n’offrent pas ce service à leurs clients, elles vont les perdre. Si certaines – les plus grosses – choisissent de développer leur propre agrégateur, nous sommes souvent contactés par les établissements disposant d’une clientèle patrimoniale : c’est notre spécialité. Peu d’entre eux souhaitent investir directement, car c’est un projet complexe et coûteux. Les investissements conséquents déjà effectués par Crossquantum leur permettent de bénéficier d’un effet de mutualisation. Et ceux qui achètent notre outil en marque blanche peuvent adopter une présentation à leurs couleurs.

Comment percevez-vous le climat des affaires en France ? Quelles mesures nouvelles seraient selon vous nécessaires pour améliorer encore cet environnement ?

Nous travaillons dans un univers réglementé : la DSP 2 nous régit pour la partie compte de paiement. Le chantier de mise en conformité aux impératifs de l’ACPR a mobilisé trois personnes pendant plus de 6 mois, ainsi que des avocats et conseils. Ces contraintes assez lourdes rendent les choses plus difficiles pour les jeunes FinTechs. Même si je comprends qu’il faille protéger le client final, le dispositif de type sandbox (bac à sable) utilisé dans d’autres pays leur donne la possibilité d’explorer une idée avant d’être confrontées à un cadre exigeant et à de gros investissements, en temps et en argent.

Le deuxième défi auquel nous devons faire face est le recrutement : il existe un réel problème de formation et toutes les sociétés de notre secteur ont du mal à trouver de très bons profils, notamment en informatique et data science. C’est pourquoi nous saluons des initiatives telles que l’École 42.

 

1 LaFinbox pro a été lancée officiellement lors du salon Patrimonia 2018, ndlr.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº373
Notes :
1 LaFinbox pro a été lancée officiellement lors du salon Patrimonia 2018, ndlr.