1,3 milliard d’euros de fonds ont été levés en 2024, une hausse de 20 % par rapport à 2023, année marquée une baisse de 57 %. Selon l’étude « L’Année de la Fintech 2024 » publiée en décembre, si les niveaux de 2024 restent inférieurs à 2022, ils signent une réelle reprise. Pour l’Observatoire de la Fintech, ces résultats confirment « la dynamique » du marché, en dépit du repli qui a succédé à l’engouement post-Covid. « Nous n’étions pas catastrophistes en 2023 et si l’on enlève 2021 et 2022, qui sont des années atypiques, la progression se confirme », commente Mikaël Ptachek, président de l’Observatoire de la Fintech.
Un léger bémol concerne la baisse du nombre de levées de fonds : 92 opérations en 2024 contre 140 en 2023. Les sociétés en early stage ont le plus pâti de ce recul : on en comptait 100 en 2023, il n’y en a eu que 50 en 2024. « Ce segment de marché a directement souffert de l’environnement devenu plus prudent, explique Mikaël Ptachek, c’est une moins bonne nouvelle, car si nous voulons des champions demain ou après-demain, il faut les construire aujourd’hui. » Le nombre d’entreprises ayant procédé à une levée de fonds et toujours actives reste quasi constant, 508 à fin novembre 2024. Les fusions acquisitions se maintiennent, avec 54 opérations. Contre toute attente, « les trajectoires de croissance ne conduisent pas systématiquement de la startup au grand groupe », précise l’étude. Les fusions acquisitions se font rarement entre concurrents directs, observe l’expert : « Elles vont procéder de l’acquisition d’une activité connexe, avec intégration de maillons complémentaires de la chaîne de valeur, à l’instar de la finance embarquée. »
Assurtech en tête
Les investisseurs ont renoué avec les levées de fonds très élevées, mises en pause depuis deux ans. Les métiers ciblés ont cependant évolué. Les activités Business to Business, l’assurtech en tête, mais aussi la finance embarquée, l’ESG et la cybersécurité, sont privilégiées. Les paiements ont attiré peu de capitaux, descendant à la deuxième place quant aux levées de fonds en cumul, pour un montant de 1,9 milliard d’euros. Ce secteur traverse une période de mutation. « La finance embarquée connaît une expansion significative. D’autres secteurs en plein essor, tels que l’assurtech et le middle & back office, intègrent les solutions de paiement, qui peuvent jouer un rôle déterminant dans leurs offres », précise Johanna Lorent, directrice des partenariats digitaux de Mastercard. Fait notable également, les banques digitales accusent une baisse de 87 % des levées de fonds. Une concurrence aiguisée a limité les places pour les nouveaux entrants, et la hausse des taux a offert une source de revenu importante aux acteurs existants, limitant leurs besoins de financement, selon l’Observatoire de la Fintech.
Le retour des valorisations élevées va de pair avec de bonnes performances sur les marchés. Fin novembre, l’indice #Fintech40 de l’Observatoire de la Fintech et eToro, sur la base de 40 valeurs représentatives de la fintech mondiale, affiche +17 %, à mettre en regard des +26 % du Nasdaq, +19 % du Dow Jones, mais aussi des +6 % de l’Eurostoxx 50 et des -4 % pour le CAC 40. L’essentiel, cependant, s’est fait au quatrième trimestre. Sans surprise, l’élection de Donald Trump a changé la donne. « Certaines cryptomonnaies ont vraiment connu une flambée, précise Antoine Fraysse-Soulier, Market Analyst e-Toro, quelques valeurs ont enregistré une hausse allant jusqu’à 65 %. » Les paiements ont suivi cette dynamique, mais dans de moindres proportions.
L’écosystème de la fintech semble ainsi avoir enclenché un mouvement pérenne de montée en puissance, avec l’entrée en vigueur de nombreuses réglementations, à l’instar de DORA, de MiCA, et porté par les évolutions des comportements des consommateurs, ainsi que le mouvement général de digitalisation de la finance.