Les regtechs apportent
leur soutien aux banques

Créé le

24.06.2024

-

Mis à jour le

02.07.2024

À la croisée de la réglementation et de la technologie, les regtechs aident les établissements financiers, dans toute l’Europe, à réduire leurs coûts de conformité.

Les regtechs prennent de l’ampleur. Et pour cause : ces sociétés offrent leurs services notamment aux banques pour les aider à rester en conformité avec les réglementations en s’appuyant sur des technologies de pointe. « On ne se pose plus la question de se conformer ou pas à la réglementation », explique Aymeric Boëlle, cofondateur d’Ondorse, une regtech créée en 2021. L’entreprise apporte une solution destinée à faciliter les relations entre banques et entreprises. Elle automatise jusqu’à 60 % des ouvertures de comptes et propose plusieurs services : vérification d’adresse, de courrier électronique, de bases de données légales, d’authenticité du site Internet de l’entreprise, etc. : « Au vu des amendes colossales infligées aujourd’hui, les banques n’ont d’autre choix que de trouver des solutions pour réduire les coûts de conformité », poursuit le dirigeant.

Des licornes

Sans grande surprise, l’intelligence artificielle (IA) s’invite aussi dans ce secteur. Spécialisée dans le KYC-CDD (Know Your Customer-Customer Due Diligence) et la gestion du cycle de vie des clients, la licorne irlandaise Fenergo, détenue majoritairement par Astorg et Bridgepoint, vient de lancer un nouveau produit basé sur l’IA générative (AI Powered CLM) destiné à optimiser l’expérience d’onboarding des clients tout en réduisant les coûts : « Il est toujours extrêmement compliqué pour une institution financière de déterminer la propriété et les contrôles d’une entreprise, avec parfois une myriade de parties liées dont il faut établir l’objet et l’identité, explique Stella Clarke, responsable de la stratégie et du marketing chez Fenergo. Utilisée comme outil d’automatisation, l’IA nous aide à faire le tri et à réaliser des gains d’efficacité de l’ordre de 75 % sans renoncer à la supervision humaine, qui reste essentielle. »

Crucial, le secteur attire aussi les investissements : en 2023, la regtech a levé 2,6 milliards de dollars de fonds, comparé à un total de 114 milliards de dollars pour l’ensemble de la fintech mondiale, selon KPMG. « En tant qu’investisseur responsable et avisé, nous sommes toujours très sensibles à des entreprises qui appliquent strictement les réglementations ayant trait au numérique et entraînent ainsi les autres entreprises vers le haut », explique Cédric Clément, Senior Investment Director Deeptech Ventures de BpiFrance.

Des territoires

La Banque des Territoires a investi jusqu’à présent de 25 à 40 millions d’euros dans les regtechs en privilégiant la signature électronique et les données au travers d’un investissement dans Dawex, spécialisée dans des solutions d’échanges de données au sein d’un même groupe ou d’un écosystème. « Le millefeuille réglementaire, avec des réglementations telles que le Data Governance Act ou encore la loi SREN en France, qui vise à sécuriser et réguler l’espace numérique, vont légitimer encore davantage le modèle opérationnel de Dawex que l’on suit depuis huit ans », ajoute Lilian Lancelot, responsable du pôle confiance numérique de la direction de l’investissement de la Banque des Territoires. Le risque cyber fait aussi partie des secteurs en ligne de mire : en janvier 2023, la Banque des Territoires a participé à un tour de table à hauteur de 30 millions d’euros dans EGERIE, un éditeur de logiciel cyber.

La banque publique a aussi investi dans YesWeHack, plateforme dédiée au Bug Bounty : le principe est de récompenser les hackers éthiques, capables de détecter des failles dans les systèmes informatiques des organisations : « Cette regtech propose des outils utiles pour répondre aux exigences de la réglementation NIS2, dont l’esprit est d’élargir le spectre des entités morales contraintes à mettre en œuvre des mesures de sécurité défensives et réactives », explique Cédric Clément. De façon générale, les investisseurs s’intéressent à tous les sous-ensembles de la regtech. Spécialisée dans la protection et vérification de l’identité numérique, l’espagnol FacePhi a été renflouée récemment à hauteur de 5 millions d’euros par le groupe coréen Hancom, qui devient ainsi son deuxième actionnaire : « L’alliance entre les deux entreprises donne à Hancom le droit et la licence exclusive pour utiliser la technologie de FacePhi dans les pays de l’APAC », souligne un porte-parole. Ces solutions s’exportent au niveau mondial.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº894