Les monnaies numériques de banque centrale, communément appelées par l’acronyme anglais CBDC (Central Bank Digital Currency), connaissent un essor fulgurant. Entre 2020 et 2023, le nombre de pays ayant initié des projets de CBDC a triplé, passant de 35 à plus de 100. La plupart de ces projets sont en phase de recherche avancée, et 11 pays ont déjà leur propre CBDC. Fait notable, les pays en développement et émergents sont les plus dynamiques en la matière, et la majorité des CBDC existantes y ont été déployées.
Cette tendance de fond est le fruit d’une double évolution. D’une part, elle résulte de la digitalisation croissante des systèmes de paiement, qui donne un poids de plus en plus prépondérant aux transactions numériques partout dans le monde. En Afrique, par exemple, le mobile money s’est généralisé et des centaines de millions de personnes effectuent des transactions depuis leur téléphone portable. D’autre part, les progrès en matière d’informatique ont rendu possible la création de monnaies numériques sécurisées répondant aux attentes et aux objectifs propres de chaque banque centrale.
Les dix dernières années ont été marquées par une forte amélioration de l’inclusion financière dans les pays émergents et en développement. Cette tendance a été tirée par l’adoption massive des nouveaux moyens de paiement digitaux. Avec le développement du mobile money notamment, des millions d’individus, autrefois exclus de l’écosystème financier, disposent désormais de services de paiement de base. En sept ans, le pourcentage d’adultes ayant effectué au moins un paiement digital a doublé dans les pays en développement (26 % en 2014 vs 51 % en 20211). Cependant, force est de constater qu’aujourd’hui encore, de nombreux individus n’ont pas ou peu accès aux services financiers (absence de compte bancaire, faible accès aux moyens de paiements et au crédit...) faute de solution pleinement adaptée et accessible à tous. À titre d’illustration, en Afrique subsaharienne, moins de 40 % de la population adulte possède un compte dans une institution financière, contre 96 % dans les pays à hauts revenus2. S’agissant plus globalement des services financiers digitaux, leur utilisation reste encore faible, notamment sur les cas d’usage autres que cash-in, cash-out et transferts P2P.
Répondre aux priorités locales
Dans quelle mesure la CBDC répond-elle aux problématiques qui ralentissent l’inclusion financière ? Quatre arguments peuvent être mis en avant :
– un gage de confiance : la CBDC est garantie par la banque centrale, institution souveraine ne pouvant faire faillite, et elle est soumise à une politique monétaire qui régule sa valeur ;
– une quasi-absence de coûts de transaction : lorsqu’elles conçoivent leur CBDC dans un objectif d’inclusion financière, les banques centrales ont tendance à favoriser les solutions à très faible coût pour les utilisateurs finaux ;
– une ouverture de compte facilitée : contrairement aux banques et à l’instar des Établissements de monnaie électronique (EME), une seule pièce d’identité pourrait suffire pour ouvrir un compte en CBDC ;
– une disponibilité sur l’ensemble du territoire : lorsqu’une banque centrale décide de généraliser sa CBDC, cette dernière relève du service public.
Les monnaies numériques de banques centrales représentent une innovation majeure, et peuvent être un puissant outil de développement pour les pays qui les adoptent.
Pour exploiter pleinement leur potentiel, il est essentiel de concevoir un modèle de CBDC adapté aux caractéristiques socio-économiques de chaque pays et aux besoins du système financier, pour choisir des critères technologiques, des modalités de distribution, et des cas d’usage qui répondent aux priorités locales. De la conception au lancement d’une CBDC, l’adoption d’une approche inclusive est donc un facteur essentiel de succès. Les autorités qui feront preuve de volontarisme politique, et qui adopteront une approche structurée, participative, et holistique seront à même de relever ces enjeux pour ouvrir la voie d’une économie plus résiliente, plus inclusive, et plus moderne.