Euro numérique

Monnaie publique et paiement électronique en phase test

Créé le

25.10.2022

Alors que la phase d’étude sur l’euro numérique, lancée en juillet 2021, se poursuit à la Banque de France jusqu’en juillet 2023, l’institution a annoncé rejoindre un consortium de 14 banques et infrastructures de marché, lancé à l’initiative de la société SWIFT, pour conduire une nouvelle expérimentation de Monnaie Numérique de Banque Centrale (MNBC) à des fins de règlement interbancaire. L’objectif consiste à émettre des paiements transfrontaliers dans un environnement de test pour étudier l’interopérabilité entre différentes technologies de registres distribués et les systèmes existants. Ces paiements seront effectués en MNBC simulée et émise par les banques centrales participantes. Cette expérimentation lance la phase 2 de l’étude sur la faisabilité d’une MNBC, avec à terme l’émission d’un véritable euro numérique au plus tard en 2027. Plus précisément, « ces travaux, conduits en collaboration avec de nombreux partenaires privés et publics, visent à faciliter et sécuriser les transactions interbancaires en fournissant l’actif de règlement sûr qu’est la monnaie centrale de manière la plus adaptée aux cas d’usage variés qui émergent de la finance tokenisée, explique Nathalie Aufauvre, directrice générale (DG) de la Stabilité financière et des Opérations à la Banque de France et co-présidente du Comité national des moyens de paiement (CNMP). Avec cette expérimentation, nous souhaitons plus particulièrement explorer les enjeux d’interopérabilité entre nouvelles technologies et systèmes existants dans un environnement transfrontière. » L’étape suivante sera de faire accepter le principe même de monnaie souveraine numérique aux Français.

Une étude publiée au début de l’année par KPMG montre que si près d’un Français sur dix avait déjà investi dans une cryptomonnaie, ils n’étaient que 37 % à se déclarer intéressés par une MNBC, dont 86 % veulent obtenir des garanties concernant la confidentialité des données. Et les 63 % restants ? Ils sont hostiles au principe même, ou aux monnaies numériques en général. « Le projet d’euro numérique est en définitive encore loin de convaincre les Français majoritairement méfiants vis-à-vis, notamment, de la confidentialité des échanges effective d’un tel projet, indiquait alors l’étude. Ce constat a déjà été mis en exergue à l’issue de la consultation lancée par la Banque Centrale Européenne en fin d’année 2020, où la protection de la vie privée et la confidentialité apparaissaient comme priorité numéro un pour les futurs utilisateurs de cet euro numérique. »

Que se passerait-il si d’autres que les banques centrales, comprenez les Gafa (Google, Apple, Facebook ou Amazon), apportaient une réponse à la digitalisation croissante de la monnaie ? C’est bien l’enjeu des travaux en cours, soulevé par Emmanuelle Assouan le 13 octobre, lors d’une conférence de presse de l’ACPR, dont elle est DG déléguée et secrétaire générale.

Dans l’optique de préserver la souveraineté européenne, la BCE a retenu cinq entreprises (CaixaBank, Worldline, l’EPI, Nexi et Amazon) pour développer des prototypes d’interfaces, chacune sur un cas d’utilisation spécifique de l’euro numérique. « L’exercice de prototypage est un élément important de la phase d’investigation de deux ans en cours », explique la BCE, qui devrait publier ses conclusions au premier trimestre 2023. S’il n’est « pas prévu de réutiliser les prototypes dans les phases ultérieures du projet de l’euro numérique », précise-t-elle, la question du portemonnaie (wallet) adéquat fait partie des sujets forts de la phase en cours, mais n’est pas encore tranchée. Pour un fonctionnement online comme offline des monnaies numériques de détail, le modèle retenu devra rassurer les particuliers sur la sécurité des transactions et la confidentialité des données. n S.C. et S.G.

Si la MNBC en est encore à ses balbutiements, les cryptomonnaies plus classiques sont pour leur part dans la tourmente. Certes, Google a annoncé lors de sa dernière conférence à l’attention des développeurs qu’il utiliserait Coinbase pour le paiement en cryptomonnaie de ses offres de cloud computing, mais cela ne suffira pas à redorer le blason du secteur.

Après les faillites à répétition (Revue Banque n° 871), ce sont désormais les failles de sécurité des plates-formes de finance décentralisée qui sont montrées du doigt. Selon le cabinet spécialisé Chainalysis, 718 millions de dollars ont été volés sur les protocoles de finance décentralisée, à travers 11 piratages, durant les quinze premiers jours du mois d’octobre 2022, dont 4 uniquement pour la journée du 12 octobre. L’entreprise dénombrait d’ailleurs 125 piratages sur la blockchain depuis le début de l’année 2022, correspondant à 3 milliards de dollars de pertes, plus de 90 % ayant eu lieu dans l’écosystème de la finance décentralisée.

À retrouver dans la revue
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Revue Banque Nº873