Les fintechs rentrent dans le rang

Créé le

20.12.2023

-

Mis à jour le

21.12.2023

Si 2023 renoue avec une progression linéaire des levées de fonds par les fintechs, ces acteurs tendent à se normaliser, sur bien des critères. La rentabilité du modèle prend le pas sur la croissance.

France fintech fait état d’un recul de 71 % des levées par les fintechs comparées à 2022. L’Observatoire de la Fintech enregistre 1,1 milliard d’euros de fonds levés en 136 opérations pour 2023, contre 2,4 milliards l’année précédente. Le périmètre est différent mais le recul du nombre de levées de fonds exercées par les fintechs en France et le montant des capitaux ainsi mis à leur disposition ne fait pas de doute. « En réalité, la progression est linéaire sur dix ans si l’on exclut les mégas levées (100 millions d’euros et plus) de 2021 et 2022, estime Mikaël Ptachek, président de l’Observatoire de la Fintech. Depuis 2010, ce sont 9,2 milliards qui ont été levés au total, avec un ticket moyen de 10 millions d’euros. » Le segment des fintechs est certes jeune mais tend à se normaliser.

Une fusion-acquisition
par semaine en 2023

L’écosystème français enregistre 14 cessations d’activité seulement en 2023 (4 % des fonds levés au cumul). Il compte désormais 475 fintechs actives. Ce « taux d’échec » est encore assez faible mais pourrait s’accélérer en 2024, estiment les experts contribuant aux travaux associatifs de l’Observatoire de la Fintech. Comme celle des acteurs historiques de la finance, la santé des fintechs se mesure également à travers la performance boursière. Pour en juger, l’Observatoire a créé son indice, le #Fintech40, symboliquement construit sur un échantillon de 40 acteurs internationaux cotés. « La capitalisation boursière pondérée de ces derniers a pris 16 % entre 2022 et 2023 et 38 % en 5 ans, à 535 milliards de dollars fin novembre », indique Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse des Marchés eToro.

Les fintechs françaises n’échappent donc pas à la tendance mondiale de levées de capitaux plus espacées, d’entrées en Bourse (IPO) moins nombreuses et de valorisations en baisse. Certes, le financement en early stage est en hausse et les activités intégrant de l’intelligence artificielle ou les critères d’environnement, de social et de gouvernance (ESG) arrivent à lever des fonds, mais « la traversée de l’année 2024 pourrait être une nouvelle épreuve », prévient François Assada, associé responsable du marché fintech chez KPMG France. Dans ce contexte difficile, les investisseurs se focalisent de plus en plus sur des indicateurs de profitabilité.

Plus de contraintes

En France, les effectifs se structurent avec 32 000 salariés, soit 10 % de plus qu’en 2022, après +38 % entre 2021 et 2022. Même si certaines fintechs réduisent leurs effectifs afin de tendre vers l’équilibre financier, aucun métier n’est en baisse nette. Toutefois, les effectifs pourraient se réduire et les fintechs rejoindre les acteurs établis dans leur difficulté à attirer et conserver les talents.

Les fintechs françaises, jusqu’à présent portées par les assurances et les paiements, couvrent désormais neuf métiers dont les services aux entreprises (BtoB) qui les dépassent en montants levés sur 2023. « Les solutions BtoB ont tiré leur épingle du jeu avec des solutions tournées vers les dashboards financiers, les solutions de prévisions financières et de pilotages financiers de l’entreprise. D’autre part, l’ESG et la cybersécurité sont également en pointe », constate Grégory Maulion, Vice President, Head of Digital Partner chez MasterCard.

Ces jeunes acteurs sont de plus proches de leurs ainés et vont dès lors devoir se conformer à un nombre croissant de réglementations communes, du moins les 187 qui ont un statut ou un agrément en France. « La réglementation est un levier important de souveraineté en Europe, souligne François Faure, directeur conformité de Techfin. Les DSP3, Mica ou Dora vont toucher de nombreuses fintechs dans un avenir assez proche. En matière de blanchiment, l’évolution de la réglementation devrait aussi tendre vers l’harmonisation. » De quoi favoriser un level playing field entre les acteurs et les pays européens.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº887-888
Fintechs toujours existantes ayant levé des fonds par agrément/statut
$!Les fintechs rentrent dans le rang