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Depuis plus d’une dizaine d’années et la crise de 2008, le secteur des services bancaires et financiers a connu un véritable tsunami réglementaire : Bâle 3, Solvabilité 2, AEOI (Automatic Exchange of Information), MiCA (Markets in Crypo Asset)... Près de 42 nouvelles directives et règlements européens ont été promulgués entre 2008 et 2015, selon la Fédération bancaire française (actionnaire de La Revue Banque). Ces très nombreux textes sont nécessaires pour sécuriser un système financier qui a quelquefois montré des faiblesses potentiellement systémiques et pour toujours plus protéger le consommateur, qui a besoin de transparence vis-à-vis de produits et services souvent plus complexes ou distribués via de nouveaux canaux.
Une implémentation
parfois douloureuse
L’implémentation de ces réglementations au sein des établissements bancaires et financiers a parfois été douloureuse. En effet, ces évolutions ont nécessité de la part de ces établissements des investissements informatiques conséquents alors même qu’ils avaient à financer la modernisation de leurs processus et à mettre en place leur transformation digitale. De plus, les échéances réglementaires se synchronisent rarement avec les processus budgétaires définis annuellement. Les investissements consentis par les établissements bancaires et financiers sont souvent calibrés pour répondre au plus juste aux exigences récentes de mise en conformité. L’une des premières conséquences se matérialise sous la forme d’une trop faible prise en compte des impacts sur l’expérience client. Les évolutions s’empilent et s’imbriquent, parfois au détriment du parcours client : demandes de justificatifs additionnels, questionnaires clients, nouveau consentement... Les équipes Réglementaires et Marketing, Produit et Technique étant souvent dissociées au sein des établissements bancaires et financiers, les opportunités relatives au business offertes par la législation ne sont que rarement identifiées.
Jeunes, audacieuses
mais inexpérimentées
Pendant cette même période, plus de 420 fintechs ont vu le jour en France. Ces entreprises ont toutes pour caractéristique d’offrir une expérience client, principalement digitale, de très haut niveau. Elles ont multiplié l’offre disponible auprès des consommateurs en mettant en œuvre des cas d’usages spécifiques et précis. Créées par des entrepreneurs, ces sociétés d’un nouveau type, souvent jeunes et audacieuses, restent néanmoins inexpérimentées en matière de gestion des risques.
Contrairement aux établissements bancaires et financiers historiques, les fintechs prennent en compte les obligations réglementaires comme une contrainte parmi d’autres. Encouragées par leur imagination et leur très fine compréhension des possibilités offertes par la technologie et l’intelligence artificielle, elles conçoivent des parcours clients simples, innovants et intuitifs, construits à partir d’une « feuille blanche ». Elles se différencient ainsi des processus longs, asynchrones et complexes hérités des systèmes d’information historiques (legacy) des établissements traditionnels. De plus, sans le poids des « habitudes », elles n’hésitent pas à proposer des approches qui peuvent apparaître surprenantes pour ces professionnels accomplis, mais dont certains ont parfois perdu leur capacité d’imagination. Depuis, ces pratiques innovantes ont inspiré des établissements plus établis.
Alors, bien sûr, la conformité des fintechs est quelques fois source d’inquiétude. La place a connu son lot de sociétés n’ayant pas respecté la réglementation. Ces expériences malheureuses et isolées sont néanmoins à mettre en vis-à-vis du nombre très important de start-up qui ont été créées. Dans leur très grande majorité, les fintechs respectent scrupuleusement la réglementation, aidées par des processus automatisés, où certains contrôles sont natifs.
Allier modernité et sécurité
Le suivi de la multitude des fintechs et leurs contrôles n’en constituent pas moins un défi incroyable pour le régulateur tant leur nombre ne cesse de croître. Le démembrement entre agent, prestataires essentiels (PSEE) et solution de « Bank as a Service » peut rendre les choses encore plus complexes. Il est cependant intéressant de constater qu’au bout d’une décennie d’entrepreneuriat, ces acteurs, en investissant de nouveaux marchés et développant des cas d’usages, ont fait évoluer la réglementation et le régulateur. À titre d’exemple, l’apparition des agrégateurs de comptes a conduit à la création de nouveaux agréments. Au niveau du régulateur, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), en charge du contrôle des établissements régulés, a développé en un pôle dédié « fintech et innovation » pour accompagner les fintechs. Il s’est alors engagé à respecter des délais compatibles avec les exigences de mise sur le marché d’un secteur hautement concurrentiel.
En résumé, fintech et réglementation ne s’opposent pas. Au contraire, elles peuvent se nourrir l’une l’autre afin de s’améliorer réciproquement pour garantir modernité et sécurité. Au bout du compte, le client et l’innovation dans le secteur de la banque et de la finance progressent ensemble.