Le marché bancaire aurait la capacité de débloquer très rapidement 90 milliards d’euros par an en crédit de trésorerie et de consommation, s’il changeait son regard sur le crédit lombard (ou patrimonial). Adossé à des actifs financiers, grâce à un nantissement, ce dispositif de prêt qui remonte au Moyen-Âge est aujourd’hui à la portée de tous les réseaux bancaires.
Le développement des flux d’open banking ouvert en 2018 par la DSP2 et la réforme du droit des sûretés en 2022, qui autorise la signature électronique des contrats de nantissement, donnent à la Place la capacité de réveiller ce bel endormi qu’est le crédit lombard. Ainsi en attestent les succès de BoursoBank avec l’offre mylombard (300 millions d’euros en 2022) et de la fintech Pledger.
Regarder autrement sans sacrifier la sécurité
Il faut changer de paradigme quant à la politique d’octroi des crédits : l’obstination irrationnelle de se sécuriser sur la base quasi exclusive des revenus et des charges d’un individu est un frein principal au déploiement du crédit lombard. Les 35 % du taux d’endettement imposé par le HCSF en matière de crédit immobilier ne doivent pas être un totem pour les autres crédits.
Pourquoi s’imposer taux d’endettement alors que le reste à vivre fait bien plus de sens ? Le Code civil souligne ainsi que le prêteur est tenu de « vérifie[r] la solvabilité de l’emprunteur ». Or cette dernière est assurée, ne serait-ce que grâce aux actifs financiers liquides gagés.
Si vérifier en sus que l’emprunteur dispose bien des revenus réguliers pour rembourser la mensualité est cohérent, lui imposer de gagner trois fois plus est irrationnel, surtout s’il a mis en garantie des actifs financiers.
Un nombre considérable de ménages sont concernés, ne serait-ce que les CSP aux revenus variables ou encore les personnes âgées. En intégrant une dimension patrimoniale aux politiques d’octroi, le nombre de crédits distribués sera décuplé.
Épargne financière et rentabilité
Lorsque le crédit patrimonial est proposé, jusqu’à 1,5 % des encours d’épargne financière donnent lieu à ce type de crédit. C’est dire la profondeur du marché, quand on sait que les ménages français disposent de 4 500 milliards d’euros d’épargne financière. En quoi est-ce un produit bancaire stratégique ?
En premier lieu, le crédit lombard contribue directement à l’activité de la gestion d’actifs : en cristallisant la gestion sur des durées longues grâce au nantissement, il contribue à la collecte de nouveaux capitaux.
En proposant un service différenciant, il contribue à augmenter le PNB par client grâce aux ventes croisées qu’il génère, comme l’assurance-emprunteur ou encore les produits financiers additionnels financés par le crédit pour profiter de l’effet de levier.
En second lieu, l’activité de financement devient une classe d’actifs compétitive, car les actifs à risques pondérés (RWA) sont bas, aux alentours de 30-40 %.
En couplant cette allocation de fonds propres moindre au risque de défaut, par essence, très maîtrisé, les retours sur fonds propres proches de 20 % sont très attractifs. Cette boucle vertueuse fait de ce produit une arme stratégique contribuant positivement à une grande partie des activités d’un groupe bancaire. Ne passons pas à côté.