Parcours

Bruna Szego,
au pied de la montagne
de l’antiblanchiment européen

Créé le

18.06.2025

-

Mis à jour le

26.06.2025

L’Italienne a été choisie
pour présider la toute
nouvelle autorité européenne de l’antiblanchiment. Si elle maîtrise le sujet à la perfection, grâce à une longue carrière au sein de la Banque centrale
italienne, sa tâche est immense...

C’est une femme qui a été choisie pour présider la toute nouvelle autorité antiblanchiment, l’AMLA, située à Francfort. L’Italienne Bruna Szego a en effet obtenu fin décembre le feu vert du Parlement européen. Préférée aux candidats hollandais et allemand, cette professionnelle est un pur produit de la Banque centrale italienne, qu’elle a rejointe en 1990. Diplômée de l’université Luiss à Rome en droit pénal des affaires, Bruna Szego a enchaîné pendant 35 ans les postes dans la supervision prudentielle et la recherche. Son parcours lui a notamment permis de mener plusieurs négociations internationales et européennes clés : la révision des règles prudentielles pour les banques en réponse à la grande crise financière, l’Union bancaire, le nouveau cadre de résolution bancaire, la mise en place du Mécanisme de surveillance unique (MSU) ou encore les directives sur le blanchiment d’argent. En juin 2022, elle devient même chef de l’unité de supervision et de régulation de la lutte contre le blanchiment d’argent au sein de la Banque d’Italie.

Mettre fin à la fragmentation

Nul doute que l’ensemble de ces expériences lui seront utiles dans ses nouvelles fonctions à l’AMLA, créée l’an dernier, dans le sillage de l’adoption du sixième paquet réglementaire (AMLD6). S’exprimant le 7 mai à Dublin dans le cadre d’un sommet européen – European Anti-financial Crime Summit –, la présidente, nommée Chevalier de l’Ordre du mérite de la République italienne en 2019, a réaffirmé l’importance de la création de cette autorité, destinée à apporter une approche efficace et unifiée à la supervision de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et à améliorer la coordination des cellules de renseignement financier au travers de l’Union européenne.

Dans le passé, la fragmentation des réglementations a pu mener à des scandales : fin 2018, le Danemark découvrait en effet que sa principale banque, Danske Bank, était au cœur d’un circuit de blanchiment de 200 milliards d’euros via sa filiale estonienne. Afin d’éviter de retomber dans cet écueil, la présidente de l’AMLA a proposé une feuille de route en trois points : le premier objectif est de veiller à l’achèvement de la réglementation unique en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et promouvoir son interprétation et son application cohérentes : « En appliquant les mêmes normes partout, nous éliminons les faiblesses qui peuvent être exploitées au sein du marché unique », a signalé Bruna Szego lors de son allocution.

Enjeux humains
et technologiques

La présidente de l’ALMA a également souligné l’importance du renforcement de la collaboration : « L’AMLA agira comme une plaque tournante de la collaboration dans le paysage financier complexe de l’UE ». Enfin, l’autorité assumera des pouvoirs de supervision directe sur 40 des plus importantes sociétés financières de l’UE, à partir du début de l’année 2028. « Ces entités feront l’objet d’une surveillance rigoureuse et cohérente afin de s’assurer que de solides défenses contre la criminalité financière sont en place et qu’elles fonctionnent efficacement », a-t-elle poursuivi.

Sur le court terme, les priorités passent par la mise en œuvre de l’architecture opérationnelle de l’autorité. Deux sujets inquiètent tout particulièrement la dirigeante. D’une part, le recrutement de talents venus des quatre coins de l’Europe : d’ici à fin 2027, l’AMLA devrait compter 430 salariés. D’autre part, l’augmentation progressive des besoins informatiques : « Pour ce qui est de l’avenir, non seulement l’année prochaine mais aussi les années à venir, j’espère que l’AMLA deviendra un chef de file dans l’utilisation d’outils numériques sûrs et efficaces ».

L’autre grande priorité consiste à renforcer les capacités de l’AMLA en tant que superviseur et coordonnateur des cellules de renseignement financier en se dotant « des outils adéquats ». « L’ampleur de ce travail est considérable et le calendrier est très ambitieux » a conclu Bruna Szego.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº906