La gestion des risques ESG,
bien plus qu’une simple case
à cocher

Créé le

20.12.2022

-

Mis à jour le

23.12.2022

Le changement climatique impacte tous les pans de l’économie et contraint les banques à repenser la gestion des risques en intégrant pleinement les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). La mesure et l’analyse de ces risques soulèvent de nombreuses questions pour les institutions financières.

Canicules, inondations, sécheresse : les conséquences du changement climatique impactent aussi bien les entreprises que les consommateurs, et ce dans le monde entier. Aussi les banques doivent-elles réinventer leur stratégie de gestion des risques, en accordant une place prépondérante aux facteurs ESG, au même titre que les risques traditionnels (crédit, liquidité, effet de levier). Un enjeu d’autant plus important que les régulateurs durcissent leurs exigences en matière d’évaluation et de transparence en soumettant les établissements à des obligations de reporting et des tests de résistance climatique.

Cependant, les banques se heurtent à plusieurs obstacles liés à la disponibilité des données, l’incertitude de la survenance et de la nature du risque climatique, et l’absence d’un modèle commun permettant d’évaluer l’impact des facteurs ESG. Pour s’adapter, une approche holistique et collaborative est cruciale.

Le changement ne s’improvise pas

Ces dernières années, les scénarios climatiques et les tests de résistance sont devenus des outils clés pour mieux appréhender l’impact du changement climatique sur les activités des banques et de leurs clients. Par ailleurs, certains de ces scénarios comme le Network for Greening the Financial System (NGFS) ont été adoptés par les autorités de supervision dans les exercices de stress tests des banques. Toutefois, certaines peinent encore à les intégrer de manière concrète à leurs stratégies de gestion des risques.

En effet, ces analyses sont des processus extrêmement complexes qui nécessitent de multiples expertises et des équipes hautement qualifiées. Au préalable, les banques doivent s’assurer de former et d’informer leurs collaborateurs sur la réglementation et les processus d’évaluation. Cette étape est fondamentale pour leur permettre de composer avec ces nouveaux risques – qu’il s’agisse de risques physiques (par exemple, les sécheresses, l’élévation du niveau de la mer ou la rupture de la chaîne d’approvisionnement) ou de transition (par exemple, une évolution législative ou de la taxation) – et déterminer la manière optimale de les intégrer aux dispositifs prudentiels et de reportings existants.

En outre, la capacité à mobiliser et impliquer les équipes autour des enjeux climatiques est déterminante et implique une communication claire des objectifs à tous les niveaux de l’entreprise. C’est à ces conditions que la gestion des risques ESG peut avoir une réelle valeur ajoutée et remplir pleinement son rôle : aider les banques à prendre de meilleures décisions et non pas à remplir de simples reportings.

L’insuffisance ou l’indisponibilité des données liées aux risques climatiques constituent un défi supplémentaire pour les institutions financières, qui doivent souvent faire appel à des sources externes pour se les procurer. Leur exploitabilité pose également question, car ces données peuvent être interprétées différemment selon les fournisseurs, les méthodes de mesure et de scoring privilégiées. En l’absence d’un consensus sur l’évaluation des risques climatiques, les banques doivent donc adopter une approche proactive et s’efforcer d’apprendre par la pratique.

De nombreuses données et scénarios climatiques sont déjà disponibles en ligne, par exemple les trajectoires du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), et peuvent constituer un bon point de départ.

Par ailleurs, si les données s’avèrent cruciales, elles ne sont pas une fin en soi. L’essentiel est de mettre en œuvre des processus qui ont du sens. La première étape consiste à identifier les risques ESG les plus pertinents au cas par cas, et les relations complexes qui les lient entre eux et avec tous les autres risques connus.

Les banques doivent être particulièrement attentives à l’exposition de leurs opérations aux risques ESG et la manière dont ils affectent le calcul des fonds propres réglementaires et l’adéquation des fonds propres. Après ce diagnostic, des mesures de contrôle préventif peuvent être mises en place pour répondre aux objectifs de réévaluation du portefeuille et de gestion des risques de réputation et opérationnels. Ces mesures peuvent inclure, par exemple, la prise en compte obligatoire des risques ESG dans toutes les démarches Change-the-Bank (CTB).

À mesure qu’elles s’engageront et expérimenteront, les banques renforceront ainsi leur capacité à intégrer les risques ESG à leurs stratégies de planifications et leurs prises de décisions. Sachant que les données et les analyses continueront à évoluer, elles pourront, petit à petit, adapter leur processus d’évaluation et mieux satisfaire les exigences réglementaires.

Une tâche difficile, mais qui en vaut la peine

Accélérer l’intégration de l’ESG dans la gestion des risques financiers est un chantier ambitieux qui nécessite une approche globale. Les banques qui parviendront à trouver le juste équilibre entre une analyse détaillée et une vue d’ensemble des enjeux climatiques parviendront non seulement à atténuer ces risques, mais aussi à créer de nouvelles débouchées. Pour y parvenir, la collaboration avec les acteurs spécialisés comme les fintechs peut être une solution pertinente. À l’aide d’APIs (Application Programming Interfaces) ouvertes, les banques peuvent intégrer des solutions clé en main à leur processus et se conformer rapidement aux évolutions, sans réinventer tous leurs dispositifs.

Face à un avenir incertain, plus vite les banques se saisiront des risques ESG et les considéreront comme une activité à part entière de la gestion des risques financiers, plus elles seront à même d’anticiper le futur, de faire des choix éclairés et de rester compétitives.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº875-876