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Environnement, social, gouvernance : les critères ESG doivent se compléter, non s’opposer. Et chacun d’eux doit faire l’objet de la même attention. Car les souscripteurs de la finance durable demandent que le social soit aussi au centre du jeu. À l’heure actuelle, l’accent est mis essentiellement sur la dimension environnementale et les « fonds verts » tandis que les dimensions sociales et sociétales (autre nom de la dimension gouvernance) demeurent beaucoup plus négligées. D’ailleurs, et c’est regrettable, la réglementation SFDR (Sustainable Finance Discolure Regulation) et le classement selon les articles 6, 8 ou 9 portent surtout sur l’environnement.
Il est vrai que les métriques d’analyse de l’empreinte climatique sont beaucoup plus développées que celles disponibles pour évaluer les dimensions sociales et sociétales. La diversité des législations nationales et des histoires sociales – mise en avant par Yves Perrier dans son interview à Revue Banque – sont également des obstacles à des comparaisons.
Selon le dernier rapport ESG Global Survey établi par BNP Paribas, plus de la moitié des investisseurs rencontrent des difficultés pour appréhender et donc évaluer les critères sociétaux.
Cette complexité n’est pas une raison pour considérer comme marginales les données extra-financières sur le social et la gouvernance ! J’ai pu constater dans ma pratique d’investissement que les qualités humaines des entreprises semblent de plus en plus étroitement liées à leur réussite économique. Plusieurs études récentes confirment cette observation empirique. Elles montrent que les sociétés les plus sérieuses sur l’aspect social ou sur l’aspect gouvernance dégagent à moyen terme des surperformances.
Cela s’explique assez facilement dès lors que l’on ne recherche pas, comme seul critère, le rendement à court terme et que l’on regarde aussi, voire essentiellement, le développement à long terme, garant d’un maintien d’une régulière rentabilité pour le souscripteur. Et qui est une condition pour l’atteinte de tous les objectifs ESG !
Écouter toutes les parties prenantes
L’approche socialement responsable n’est pas seulement gouvernée par les données mais par une méthode : écouter toutes les parties prenantes. Elle ne peut donc oublier les salariés ! L’affaire Orpéa, par exemple, aurait pu être détectée plus tôt si l’on avait tenu compte des mises en garde des syndicats. Et l’évaluation sociale doit être prise au sens large pour s’intéresser aussi à la façon dont sont traités les fournisseurs, les sous-traitants et les consommateurs. On peut observer dans les fonds que Kaori a sélectionnés que les entreprises performantes socialement ont traversé les épreuves avec moins de difficultés.
On ne peut pas attendre que les données sociales et sociétales, nécessairement moins scientifiques qu’un bilan carbone, soient parfaites et homogènes pour en tenir compte dans nos choix d’investissement ! Il faut sélectionner des entreprises dont la politique en matière sociale permet d’intégrer des perspectives de développement à long terme. Mais aussi celles qui sont sensibles au dialogue social, à la recherche de la parité homme-femme, à l’égalité des salaires ou encore à la formation professionnelle.
L’enjeu, pour les fonds ESG, est désormais de respecter tous les engagements pris à l’égard des souscripteurs – et pas seulement sur le climat – et de vérifier régulièrement, à l’aide de tous les outils disponibles pour l’analyse mais aussi d’informations extra-financières récoltées sur le terrain, si les entreprises respectent bien le cahier des charges qui a conduit à leur sélection initiale.