Les territoires, moteurs
d’une transformation durable

Créé le

20.12.2022

-

Mis à jour le

07.11.2023

L’investissement à impact s’impose plus que jamais comme une évidence, face au caractère devenu insoutenable de nos modèles de développement. C’est une source considérable d’effets positifs concrets, pour les entrepreneurs, les épargnants, les investisseurs, les territoires et, bien sûr, l’ensemble de la société.

Les territoires sont au cœur de toutes les synergies et il est primordial d’accélérer la déconcentration des grandes métropoles. La crise du Covid-19 a engendré une prise de conscience globalisée face aux signaux d’alarme qui retentissaient depuis un long moment déjà. Nous devons, sans attendre, repenser nos modèles économiques et sociaux pour des modèles qui soient à la fois plus vertueux et respectueux de notre environnement et aussi plus inclusifs. Car il n’est plus possible, aujourd’hui, de penser l’investissement financier au travers du seul prisme de la rentabilité. Il faut y voir, bien au contraire, un levier extraordinaire de transformation durable de nos économies, sociétés et territoires.

Le pouvoir de « faire mieux » pour notre planète est entre les mains de tous. Les entreprises d’investissement et l’ensemble des acteurs financiers doivent s’en saisir, car les leviers d’action sont juste devant nos yeux.

Le vecteur de la finance territoriale

La crise du Covid-19 a eu l’effet d’un puissant accélérateur dans la prise de conscience collective de l’impact qu’ont les activités humaines pour la planète et le climat. En 2020, selon le bilan annuel du Global Carbon Project, les émissions de gaz à effet de serre ont enregistré un repli de 7 % – à 2,4 milliards de tonnes de CO2 – sous l’effet des mesures de confinement successives et de la mise à l’arrêt de nombreuses activités industrielles.

La crise sanitaire a, par ailleurs, marqué le réveil des territoires oubliés et l’on a assisté à un retour en force de l’attrait pour la vie en région, concourant à une forme de rééquilibrage territorial.

Si le rejet de la métropolisation s’est accentué, il n’en demeure pas moins que l’hyperconcentration des villes reste encore une réalité bien ancrée, qui génère des inégalités, économiques, sociales et écologiques entre les régions. Les grandes villes demeurent très attractives pour beaucoup, car elles concentrent toutes les commodités du quotidien, les services de santé, les infrastructures et l’emploi.

Toutefois, la montée des préoccupations écologiques et la croissance de la population légitiment une autre approche du développement par des projets locaux. Accompagner le mouvement de déconcentration de ces grandes villes est la meilleure solution à adopter pour aider les territoires à grandir au niveau économique, écologique et sociétal et ce, dans de bonnes conditions. Pour Épopée Gestion, l’investissement dans les entreprises des territoires est structuré autour à la fois du capital apporté et de l’accompagnement opérationnel, qui leur permettent de déployer leurs projets et de mener à bien leur développement dans une logique de durabilité.

Lorsque l’on accompagne une entreprise dans un territoire, on aide un agent économique à créer de l’emploi là où il est ancré. Et dans les zones rurales environnantes, cela crée, par capillarité, de la valeur :

– économique, grâce aux artisans locaux et les commerces de proximité en général, qui voient leur activité se décupler face au nombre d’habitants ;

– écologique, car les trajets en transport sont réduits ;

– sociétale, car une région dynamique et vivante se construit par les personnes qui y vivent, surtout quand elles y vivent bien.

Nous voyons également l’intérêt de réduire les longues chaînes de dépendance qui structurent beaucoup l’approvisionnement des territoires au niveau national. C’est pourquoi favoriser les circuits courts devient aujourd’hui un prérequis à la construction d’un territoire résilient face aux crises et participe au dynamisme des villes moyennes et des zones rurales.

En œuvrant pour une finance territoriale, nous participons non seulement à la réorientation de l’épargne vers les régions, en permettant à de grands investisseurs français de soutenir le développement économique des territoires, mais nous contribuons aussi à renforcer leur attractivité auprès des entreprises pour qu’elles viennent (ou reviennent) s’y installer. J’ai été marqué par le fait que de nombreuses entreprises dont le modèle repose sur internet (sites de e-commerce, solutions B2B, etc.) sont encore, majoritairement, basées dans des grandes villes et notamment à Paris. Pourtant, l’innovation et le digital permettent de s’affranchir des distances et il devient dès lors possible de s’installer là où on le souhaite.

Toutefois, les consciences s’éveillent peu à peu. Le modèle ultra-citadin a atteint ses limites et la crise sanitaire, couplée au développement du télétravail, a mis en lumière la qualité des conditions de vie en région. Il nous faut maintenant accélérer le mouvement et faire des régions le creuset d’un modèle sociétal renouvelé. C’est tout le sens de l’approche que nous déployons depuis la création d’Épopée Gestion. La mise en pratique de nos thèses d’investissement nous a montré que notre intuition de départ était la bonne : le réinvestissement des territoires génère des impacts positifs au niveau économique, écologique et social, et nous allons continuer de suivre cette démarche.

Réorienter les flux

Comme le mentionne le GIEC dans son rapport d’avril 2022, les flux financiers sont très éloignés de la trajectoire qui conduirait aux objectifs de la neutralité carbone. Une réorientation est indispensable et elle implique une double mobilisation : celle des autorités publiques monétaires et financières, banques centrales et autorités de surveillance mais aussi celle du politique. Les instances européennes font peser des contraintes réglementaires trop importantes, notamment à travers l’approche du volet prudentiel. Les risques financier et climatique ont en commun une dimension systémique et ils doivent être pris en compte au même niveau pour soutenir la transition écologique et la mise en pratique de la taxonomie européenne.

Ainsi, la réglementation doit évoluer pour faciliter la réorientation des capitaux et contribuer à l’atténuation et à l’adaptation face au dérèglement climatique. Le plan France Relance prévoit, par exemple, 30 milliards d’euros dédiés à cette problématique, avec déjà 10 milliards d’engagés pour la relance verte. Dans l’absolu, un tel montant peut paraître important, mais il est en réalité insuffisant face aux enjeux. Pour autant, financer ces enjeux au-delà de ces 30 milliards d’euros par de l’argent public reviendrait à augmenter, à terme, les impôts puisqu’en la matière, il n’y a pas de recette miracle. Les déficits publics d’aujourd’hui sont les impôts de demain.

L’assurance vie à la rescousse

La solution est pourtant sous nos yeux ! L’assurance vie en France représente un stock d’épargne de plus de 1 800 milliards d’euros, dont seulement quelques pourcents sont fléchés vers le financement des transitions. Cette problématique s’explique par le fait que le régulateur traite les classes d’actifs avec une approche financière quasi exclusive, en fonction du couple rendement/risque, là où il devrait, en tenant compte des enjeux sociétaux et écologiques portés par les politiques, orienter un flux d’investissement significatif vers des actifs permettant l’accélération des transitions (énergie, infrastructures de mobilité décarbonées...).

Si seulement 5 % des 1 800 milliards d’euros étaient orientés vers ce type d’investissement, ce serait une capacité de 90 milliards d’euros qui viendrait s’additionner et qui serait trois fois supérieure au montant du plan France Relance. Certains objecteraient, sans doute, que cela pourrait faire porter un risque plus important à l’épargnant puisque financer des infrastructures énergétiques de rupture est plus risqué que de financer de la dette d’État.

Je pense que les épargnants sont prêts à assumer ce risque, si on le rapproche d’un risque plus grand, celui de détruire le monde dans lequel nous vivons. Il vaut mieux faire peser – intelligemment – sur l’épargnant ce risque de financement, plutôt que sur l’État, c’est-à-dire tous les contribuables, sans distinction de patrimoine, à terme via l’impôt. Il serait aussi possible d’imaginer que l’allègement des contraintes réglementaires, qui pénalisent ces investissements pour le compte des épargnants, soient sélectives et ne s’activent qu’à partir d’un certain niveau de patrimoine, au-delà duquel on peut mettre une fraction plus importante de ces investissements « à risque ».

Nos modes de pensée et d’action sont en évolution, car la transition écologique, énergétique et sociale nécessite de transformer profondément et durablement l’économie réelle. Les acteurs financiers sont en première ligne pour réussir cette révolution, car ils sont en mesure d’utiliser les ressources à leur disposition pour y contribuer, avec l’aide des instances de régulation et du politique. Tous doivent jouer de concert pour que les actions à mener s’inscrivent dans une logique écosystémique globale, structurée par les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

La finance territoriale permet d’accompagner les entreprises vers des modèles économiques plus résilients et responsables et de créer une dynamique des territoires forte et résistante aux crises. Cela participe d’un cercle vertueux qu’il est nécessaire de mettre en place et de pérenniser pour les générations futures. À son échelle, chaque territoire peut être le changement que nous voulons voir dans ce monde !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº875-876