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Environnement, sociétal, gouvernance : se doter de données ESG de qualité devient incontournable pour l’industrie bancaire, afin de permettre aux investisseurs d’apprécier sa contribution à la réalisation des objectifs en matière de développement durable.
L’édition 2022 de l’étude KPMG « Défi pour la transparence » qui compare la communication extra-financière de 17 banques européennes1, confirme qu’au 31 décembre 2021, le défi reste considérable.
Si la notation extra-financière des banques européennes s’améliore, le cadre de notation encore en cours de construction et de fiabilisation complique la comparabilité de la performance. De même, alors que l’ESG continue à progresser dans la gouvernance des banques, les différents comités mis en place récemment pour traiter de ces enjeux manquent encore de maturité pour engager des actions concrètes. Par ailleurs, les données quantitatives ESG nécessaires au calcul des premiers indicateurs chiffrés publiés par les banques (ratios d’actifs éligibles à la Taxonomie, indicateurs d’émissions) n’étant pas encore toutes collectées par les systèmes d’information des banques, les informations publiées au 31 décembre 2021 sont partielles et peu comparables entre elles.
La publication 2021 montre qu’il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre une information de qualité, puisque le défi à relever n’est pas seulement celui d’atteindre la cible en matière d’environnement (E), mais également sociétale (S) et de gouvernance (G).
Alors même que l’Europe a toujours été leader sur le marché de la notation ESG, le manque de référentiel commun de communication et d’appréciation de la performance extra-financière se traduit par des divergences entre les établissements selon l’agence retenue, compliquant ainsi la comparabilité des banques.
Par ailleurs, si les notes attribuées en 2021 traduisent de bonnes performances ESG pour les banques européennes sur leurs activités en propre (i. e., en dehors des financements accordés), le principal risque ESG pour les banques porte non pas sur leurs activités propres mais sur leurs actifs financés.
Un cadre amené à évoluer
avec les publications du GAR
L’entrée en vigueur du règlement Taxonomie et ses exigences de publication spécifique des actifs durables financés par les banques participeront à l’évolution du cadre de notation.
Bien que les publications actuelles portent sur les actifs éligibles, et que le Green Asset Ratio (GAR) cible publié en 2024 portera sur les actifs durables, les ratios d’éligibilité déclarés dans les publications obligatoires des banques étudiées affichent une moyenne à 30 %, avec une fourchette de ratio allant de 0 % à 46 %.
En raison d’une méthodologie de calcul du dénominateur encore non stabilisée au 31 décembre 2021, le GAR, tel qu’il a été publié dans sa forme actuelle, présente un intérêt limité pour les lecteurs : hétérogénéité et manque de précisions sur le type d’actifs éligibles au numérateur, deux interprétations différentes du montant à retenir au dénominateur, possibilité pour les banques d’enrichir la publication par un deuxième GAR volontaire non systématiquement exploitée (voir tableau).
La gouvernance toujours plus consciente des risques ESG
Sous l’impulsion d’initiatives comme la Taskforce on Climate-related Financial Disclosure, presque toutes les banques étudiées ont renforcé leur gouvernance en 2021 sur les sujets ESG, en créant des comités en charge de la stratégie environnementale et/ou sociale de l’entreprise. À noter, cette typologie de comités RSE a parfois à sa charge des prérogatives qui vont au-delà des sujets de durabilité, du climat et enjeux sociaux (ex : positionnement des offres de finance durable, culture d’entreprise, ou responsabilité, impact, éthique, etc.).
15 banques sur les 17 étudiées disposent en 2021 d’un comité spécifiquement dévolu aux enjeux climatiques et de durabilité, tandis que 13 d’entre elles présentent un comité dévolu aux enjeux sociaux.
2021 marque l’année où le superviseur initie une réelle impulsion dans la prise en compte des risques ESG. Dans ce cadre, la BCE met particulièrement l’accent sur la nécessité de publier des informations relatives à la matérialité des risques environnementaux et climatiques pour les institutions, ainsi que sur les émissions indirectes induites par leurs portefeuilles de financement.
59 % des banques étudiées mettent en avant la matérialité des indicateurs ESG par la publication au 31 décembre 2021 d’une matrice de matérialité évaluant les enjeux ESG du point de vue de la banque et de ses parties prenantes.
Si notre analyse met en exergue l’importance accordée à la gestion des risques climatiques, qu’ils soient physiques ou de transition, les autres enjeux environnementaux, tels que la biodiversité, la gestion de l’eau ou la pollution sont à l’heure actuelle moins considérés par le panel de banques analysées, avec seulement 41 % des banques étudiées qui communiquent dessus.
Une mise en avant par
les banques de leur empreinte climatique interne
En accord avec les différentes pratiques se développant sur le marché, notamment par les initiatives de la Net Zero Banking Alliance (NZBA – trajectoire sur laquelle toutes les banques sont engagées), tous les établissements mesurent et présentent leur empreinte climatique interne.
Outre l’absence d’information sur les émissions relatives aux financements accordés aux clients, l’analyse comparative de ces indicateurs d’émissions carbone est difficile en raison de la coexistence de plusieurs sources d’information : fournisseurs d’énergie (market-based), moyenne régionale (location-based), autre méthode non précisée.
Alors même que l’année 2021 a été marquée par deux nouveautés majeures en termes de publication extra-financière pour les grands groupes bancaires (règlement Taxonomie et création de la NZBA2), il n’est pas garanti que l’avalanche d’indicateurs réglementaires et d’informations à publier aide les parties prenantes à y voir clair. Une approche pragmatique semble indispensable pour sélectionner les métriques les plus pertinentes et s’accorder sur des méthodologies standardisées.
Dans ce cadre, des efforts importants seront à mener pour bien expliquer aux parties prenantes la performance extra-financière en prenant en compte la double matérialité : en mesurant aussi bien l’impact de l’environnement sur les résultats de la banque que l’impact de la banque sur l’environnement.