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Après 15 années d’analyse des rapports annuels et de l’information financière des 17 principaux groupes bancaires européens dans « Défi pour la transparence », KPMG a décidé d’innover avec une publication en deux temps : d’abord les critères extra-financiers, ensuite les indicateurs de performance, rendus publics le 7 juillet. Revue Banque en a pris connaissance en avant-première.
La quête de rentabilité est plus que jamais au cœur des problématiques bancaires. Pour cette 16e étude, fondée sur les résultats de l’année écoulée, la photographie instantanée est à cet égard flatteuse. Le terrain était favorable. Les banques ont pleinement joué leur rôle dans le financement de l’économie en Europe, souligne KPMG. Leur produit net bancaire (PNB) affiche une progression moyenne de 9 % sur l’année, et à deux chiffres (respectivement + 19% et + 17%) pour UBS et Lloyds Banking Group.
« Malgré un environnement économique largement conditionné en 2021 par la diffusion du virus et la réponse sanitaire et financière des différents États, le profit global s’élève à 92 milliards d’euros sur les 17 banques de l’échantillon », constate KPMG France, soit une progression exceptionnelle de 262 % sur l’année, dépassant même les niveaux atteints avant la crise sanitaire (+42 % par rapport à 2019). La croissance des résultats nets (RN) est même spectaculaire pour certains groupes. En France, la Société Générale affiche pour 2021 un RN de 5,6 milliards d’euros en progression de +2 286 %. Deux facteurs sont mis en avant par KPMG :
– les conséquences 2020 de la crise sanitaire sur la revue de la trajectoire financière des activités de marché et les services aux investisseurs (dépréciation de goodwill et d’impôts différés actifs) ;
– une dynamique soutenue des métiers en 2021.
En Espagne, le RN de Santander bondit de 192 % avec la forte reprise de l’activité dans tous les métiers, après un résultat 2020 lourdement impacté par une dépréciation de goodwill de 8,7 milliards d’euros et une hausse de 3 milliards du coût du risque. En Italie, Unicredit affiche une progression de 155 % de son RN, grâce à une diminution des provisions pour pertes de crédit, ainsi qu’un « impact positif de plus d’un milliard d’euro relatif à la comptabilisation d’impôts différés actifs (issus de pertes fiscales reportables à la suite de la mise à jour du test de durabilité sur la base des projections du nouveau plan stratégique) », précise KPMG.
Un coût du risque favorable
Le rebond de la dynamique commerciale de « tous les métiers qui ont su accompagner leurs clients dans la relance de leurs activités », souligné par KPMG, n’est pas la seule raison des bons résultats européens. Sortie du gros de la crise sanitaire, rebond de l’activité commerciale : toutes les banques de l’étude enregistrent une baisse significative du coût du risque en 2021 par rapport à l’exercice précédent, à 19,3 milliards d’euros, soit -71 %. À noter tout de même : 44 % de cette diminution est portée par les trois banques anglaises. Globalement, « cette réduction résulte du contexte de reprise d’activité (après une année 2020 fortement marquée par les restrictions sanitaires et ses conséquences en matière d’activité) et de ses effets sur le poids des stages1 et sur les taux de couverture, souligne KPMG, ainsi que d’une diminution du poids des non performing loans ».
Néanmoins, les temps ont changé. Au 1er trimestre 2022, le coût du risque est reparti à la hausse par rapport à celui de 2021, et de manière parfois sensible. KPMG explique qu’il est principalement impacté par :
– des provisions constituées au titre de l’ajustement des paramètres macroéconomiques et notamment de l’inflation et de ses effets sur la croissance et l’emploi ;
– des provisions constituées au titre des contreparties directes et indirectes des établissements exposées au conflit en Ukraine et aux sanctions (le niveau de risque/d’exposition est variable selon les établissements) ;
– des reprises au titre de la pandémie de Covid-19 et d’overlays précédemment constitués ;
– pour les banques anglaises, des dotations sur l’immobilier commercial en Chine.
Un effet de ciseaux
À peine sorties d’une situation exceptionnelle, les banques européennes sont confrontées à une nouvelle qui l’est tout autant. On comprend qu’elles vivent comme un handicap la forte augmentation des contributions au Fonds de résolution unique (FRU) européen, créé après la crise financière pour s’assurer que l’industrie contribue à la stabilisation du système. Au regard des établissements qui communiquent sur cette contribution (lire le tableau) : 5,7 milliards d’euros sur l’exercice 2021 (+13 %). De fait, la croissance significative des dépôts en est la cause.
Pour autant, la rentabilité opérationnelle des établissements s’améliore. Du moins sur la base du coefficient d’exploitation (coex) qui passe en moyenne pour les 17 banques étudiées à 62,3 %, contre 64,9 % en 2020, avec un réel mieux pour 12 d’entre elles (voir le graphique). Néanmoins, poursuivent les auteurs de « Défi pour la transparence », « l’appréciation de cette rentabilité doit être mise en perspective, celle-ci résultant essentiellement d’un effet de ciseaux généré par une progression des revenus supérieure à celle des charges ». KPMG cite des exemples d’actions mises en place pour réduire les coûts : transformation de certains métiers et de certaines directions centrales (risques, conformité, ressources humaines et communication) entraînant le départ de salariés ; cession d’activités et/ou fusion de réseaux d’enseignes intra-groupes ; industrialisation des processus, migration de plateformes informatiques, programme de transformation numérique... L’objectif est d’améliorer l’efficacité opérationnelle.
De l’efficacité à la rentabilité
Au bout du compte, si la rentabilité économique a été au rendez-vous en 2021, KPMG qualifie de « mitigée » la rentabilité financière. « La capacité de résistance des banques européennes a été testée positivement pendant la crise du Covid-19 sous l’effet des mesures de soutien des États et des banques centrales. Cette situation met en lumière la stabilité et la résilience du secteur bancaire européen. Les banques européennes sont mieux capitalisées, plus liquides et ont moins d’expositions non performantes, développe le cabinet. Toutefois, cette stabilité a un prix. »
Les 17 groupes bancaires étudiés réaffirment leur volonté de poursuivre leur plan de transformation. Il le faut pour accompagner les clients dans leur développement et dans l’accélération de leur transition écologique tout en créant de la valeur pour leurs actionnaires. Mais « les banques européennes, bien que présentant des bilans très solides, souffrent d’un déficit de rentabilité », constate « Défi pour la transparence ». Si leurs bilans restent moins risqués que ceux des banques américaines, « un Return On Equity (ROE) à 7 % en moyenne reste très faible comparativement au ROE moyen de 13 % des banques outre-Atlantique » (voir le graphique). Et à un niveau inférieur aux années précédant la crise financière, lorsque les rendements étaient à deux chiffres.
Depuis, le secteur bancaire européen s’est transformé, « tout en gérant le renforcement des exigences réglementaires permanent ainsi que le risque croissant de désintermédiation », souligne KPMG. Désormais, les ratios affichés, dont le ratio de Common Equity Tier 1 (CET1), sont supérieurs aux minima requis par la Banque Centrale Européenne qui, dans le cadre de la crise, a relâché temporairement les coussins de fonds propres (coussin de conservation, coussin contracyclique, P2G et P2R). En fait, le CET1 n’a cessé d’augmenter, en progression de 23 points de base, passant à 15,3 % au 31 décembre 2021. Mais KPMG rappelle aussi l’augmentation significative du coût du capital notamment liée au renforcement réglementaire des fonds propres.
Or, entre innovation technologique et accélération du rôle des banques dans les enjeux de finance durable, qui exigent des investissements majeurs, « les banques ont besoin d’attirer suffisamment de capital pour financer ces investissements et donc d’afficher des taux de distribution élevés, pointe KPMG. Cela les conduit à faire passer au second plan les investissements orientés vers leur propre transformation. » Et cela constitue sans nul doute un point noir pour l’avenir, indépendamment du contexte actuel exceptionnel.
« La marche à suivre sera très probablement le fruit d’un équilibre entre des initiatives tactiques et des stratégies de transformation et de croissance à plus long terme », avance KPMG. Les prochains plans à moyen terme des groupes bancaires européens devront composer avec cette situation. n