La science au service de la société, hommage à André Lévy-Lang

Créé le

19.08.2026

Ancien président du directoire de Paribas, professeur émérite à Dauphine et contributeur régulier de Revue Banque, André Lévy-Lang s’est éteint le 8 août, à l’âge de 88 ans. Fondateur de l’Institut Louis Bachelier, il laisse l’empreinte d’un passeur rare entre recherche et finance, fidèle à l’idée que la connaissance doit éclairer l’action.

Il y a des hommes dont la disparition laisse un vide que rien ne comble tout à fait. André Lévy-Lang, qui nous a quittés le 8 août 2026 à l'âge de 88 ans, était de ceux-là. Banquier, intellectuel, bâtisseur d'institutions, il aura incarné toute sa vie une conviction rare : que la rigueur scientifique et l'engagement pour le bien commun ne s'opposent pas, ils se renforcent.

Un parcours d'exception

Né à Alexandrie en 1937, polytechnicien, docteur de Stanford, André Lévy-Lang traverse les décennies avec une curiosité intacte et une exigence constante. Du Commissariat à l'énergie atomique à Schlumberger, puis à la présidence du directoire de Paribas, qu'il conduit jusqu'à la naissance de BNP Paribas en 1999, il construit une trajectoire d'exception, celle d'un homme formé aux mathématiques et à la physique, mais toujours tourné vers l'action et le monde réel. Professeur émérite à Paris-Dauphine, auteur de plusieurs ouvrages sur la finance et le risque, il ne cessa jamais d'écrire, de penser, d'interpeller.

Bâtisseur de ponts

Mais c'est peut-être à travers l'Institut Louis Bachelier que son empreinte sera la plus durable. Président fondateur de l'ILB, il en porta l'ambition avec une conviction que rien n'entamait : rapprocher chercheurs et praticiens, faire de la science un outil vivant au service des grandes questions économiques et sociales. À une époque où ces deux mondes se regardaient encore avec méfiance, il bâtit patiemment ce pont, convaincu qu'il était non seulement possible mais indispensable. Sous sa présidence, l'Institut est devenu l'une des références européennes en finance quantitative et en économie appliquée.

Sa présidence ne fut jamais honorifique. Il présidait nos comités avec cette bienveillance tranquille qui forçait le respect, posait des questions toujours pertinentes, allait à l'essentiel avec une précision déconcertante. Quand Jean-Michel Beacco, notre directeur général, nous a quittés prématurément, André n'a pas hésité : il a repris lui-même les rênes de l'Institut, avec l'énergie et le sens des responsabilités d'un homme qui ne compte pas.

J'ai eu le privilège, au cours de cette dernière année, de travailler à ses côtés, puisqu’il m'a proposé de prendre la direction générale de l'ILB après le décès de Jean-Michel Beacco. Je mesure aujourd'hui tout le poids de cette confiance. « Nous partageons l'essentiel, m'avait-il dit : la ténacité, l'amour de la science, la volonté d'agir pour le bien commun. » Ces mots resteront ma boussole. André m'a appris que l'autorité véritable n'a pas besoin d'éclat ; qu'écouter est souvent plus puissant que convaincre ; que les institutions qui durent sont celles que l'on sert plutôt que celles dont on se sert.

Continuer

Nous lui devons de continuer. Continuer à faire vivre la recherche, à tisser des liens entre science et société, à porter ce projet auquel il a tant donné. Les recherches qu'André appelait de ses vœux sont aujourd'hui au cœur de notre société : les risques climatiques, les transitions démographiques, l'intelligence artificielle au service de la finance et de la soutenabilité de nos économies. Autant de terrains où la science doit éclairer l'action, et où l'ILB a un rôle singulier à jouer. Il avait bâti l'Institut sur une conviction profonde : que l'excellence scientifique et l'utilité sociale se nourrissent l'une l'autre. Cette conviction restera notre boussole.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº919