L’humain au fondement
des écosystèmes électroniques

Créé le

23.08.2023

-

Mis à jour le

24.08.2023

Pour que les transactions/solutions d’achat répondent aux attentes de leurs utilisateurs, elles doivent être le fruit d’une collaboration. Une approche qui constitue un gage de souveraineté.

Les solutions de paiement sont devenues un élément fondamental de notre vie économique, pour les consommateurs, les commerçants et les entreprises. La crise sanitaire a généralisé le paiement sans contact et souligné le rôle prépondérant de ces solutions électroniques d’achat. Si l’argent liquide n’a pas disparu, l’usage du cash s’est singulièrement réduit au cours des dernières décennies. Quant au chèque, il est devenu marginal.

Une fois posé ce constat, deux approches se dessinent dans ce paysage, qui correspondent à deux visions très différentes. La première consiste à vouloir apporter une réponse structurelle, d’infrastructures, avec une dynamique globale, presque globalisée – souvent venue d’outre-Atlantique ou de Chine –, couvrant le maximum de territoires, s’appuyant sur des investissements lourds, inscrits dans le temps, qui, pour être rentabilisés, s’appuient sur le maximum de clients et une offre la plus standardisée possible. Cette approche se concilie mal avec une transparence totale, notamment en ce qui concerne les prix et leurs évolutions. Elle impose parfois des hausses de tarifs imprévues et difficiles à justifier, vécues comme de véritables diktats par certains utilisateurs, qui n’ont pourtant pas le choix, ainsi sommés de subir ces hausses, sauf à ne plus pouvoir exercer leur métier de commerçants. Ces circonstances contraintes supposent une situation oligopolistique: peu d’acteurs tiennent le gros du marché et ils imposent leur loi.

La seconde solution est inverse. Elle repose sur une approche collaborative, le dialogue avec les utilisateurs, marchands notamment, afin de leur proposer des solutions adaptées à leurs besoins, bottom-up plutôt que top-down.

Ce dialogue constructif concerne aussi les services et la tarification proposés. Il s’agit de ne rien imposer et de faire en sorte que les commerçants puissent offrir à leurs clients des expériences de paiement adaptées à leurs produits et de zone de chalandise. Pourquoi payer très cher des services hypersophistiqués quand votre client veut d’abord payer ses courses ?

À l’inverse, si les commerçants ont besoin d’une innovation, ils doivent pouvoir en parler avec leur partenaire et prestataire et lui demander d’avancer dans cette direction plutôt que de se voir opposer un mur parce que ça ne rentre pas dans le business plan de leur tout-puissant interlocuteur.

Une indispensable proximité

Cela paraît évident. Mais force est de constater que certains semblent l’avoir oublié. Wall Street n’est pas tout, pas plus que les algorithmes. Il faut remettre une dimension humaine dans le monde des solutions de paiement. La technologie doit être au service de l’humain, pas le contraire.

Cette indispensable proximité doit aussi être géographique. Le commerce diffère selon les endroits, d’un continent, d’un pays, d’une région ou d’une ville à l’autre, parfois même d’un quartier à l’autre.

Qui dit proximité géographique dit aussi question de souveraineté. Pour bien connaître son marché, il faut en être proche. Difficile de faire croire qu’on maîtrise les subtilités du marché niçois ou strasbourgeois quand on vient de la Silicon Valley ou de Pékin.

La souveraineté est loin d’être un concept galvaudé ou anodin quand on parle de commerce. L’Europe est souvent présentée comme un vaste marché de 450 millions de consommateurs. Il paraît paradoxal et illogique qu’une telle puissance soit le terrain de jeu d’acteurs non européens. Les régulateurs européens doivent y veiller plus que jamais à l’heure où la technologie, et demain l’intelligence artificielle, déploie une puissance inégalée, dont la portée en matière de solutions de paiement peut se révéler colossale.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº883