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Le règlement européen sur l’euro numérique pourrait être adopté d’ici à la fin de l’année. Mais quelle serait la valeur ajoutée de cette monnaie numérique de banque centrale de détail par rapport aux moyens de paiement déjà disponibles dans la zone euro ?
Le Cercle européen de la régulation financière (CERF), a alerté à plusieurs reprises les autorités françaises et européennes sur cette question et sur la complexité du cahier des charges élaboré par la BCE. Voici les cinq écueils principaux.
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Des choix techniques qui limitent l’ambition internationale
Techniquement, la Banque Centrale Européenne a opté pour l’utilisation d’une monnaie en compte qui n’existera donc qu’au travers d’un solde comptable dans les comptes des banques et des banques centrales comme l’Euro commercial actuel.
Ce choix technique isole l’Europe puisque toutes les autres banques centrales s’orientent vers la technologie blockchain ce qui rend illusoire l’utilisation de l’euro numérique (€N) à l’étranger (hors zone euro) et donc l’objectif de contribuer au rôle international de l’euro.
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Une valeur ajoutée contestée face aux initiatives européenes
Aiguillonnés par le projet de création d’un €N, les prestataires de paiement européens se sont mis d’accord et une solution pan-européenne basée sur les paiements instantanés voit le jour et pourrait rendre la réponse de l’€N en termes de souveraineté superflue avant même son lancement.
L’€N est créé essentiellement pour résoudre le problème de souveraineté que pose l’utilisation des prestataires américains Visa et Mastercard dans les échanges intra européens. 72 % des paiements par carte en Europe sont en effet effectués avec Visa et Mastercard essentiellement du fait de l’absence d’acteurs domestiques sauf en France, Allemagne, Belgique, Italie et Portugal et de l’absence d’interopérabilité de ces systèmes.
Les paiements instantanés facilités dans la plupart des pays (Brésil par exemple) par la généralisation des portables téléphoniques rendent les cartes bancaires de moins en moins nécessaires. La convergence en Europe des solutions de paiement instantané devient une réalité. Wero a été lancé le 2 juillet 2024 sous l’égide de l’EPI et a dépassé 50 millions d’utilisateurs enregistrés en février 2026, contre 14 millions en novembre 2024.
Le 30 septembre 2026, cinq schémas européens (Bizum, Bancomat, EPI/ Wero, SIBS-MB WAY et Vipps MobilePay) ont formellement créé le « Réseau Européen des Paiements », basé à Madrid : couvrant ensemble environ 130 millions d’utilisateurs dans 13 pays européens. Le déploiement commence par le P2P transfrontière puis le commerce en ligne puis le point de vente. L’objectif affiché de cette association est de concurrencer Visa et Mastercard en effectuant des paiements transfrontaliers.
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Une menace des stablecoins en dollars surestimée
La croissance des émissions de stablecoins en dollars a été brandie par les autorités européennes pour accélérer le lancement de l’€N. En fait, les stablecoins servent essentiellement de monnaie de conversion des cryptoactifs comme le Bitcoin ou l’Ethereum et plus de 90 % des transactions exécutées en stablecoins sont liées au trading de cryptoactifs qui a une tendance à stagner depuis des mois. Les stablecoins ne servent donc pas encore d’instrument de paiement sauf pour les transferts entre particuliers à l’international et la stagnation de leurs émissions depuis juillet 2025 à 300 milliards de dollars démontre que la menace était très largement exagérée.
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Une complexité technique qui menace les usages
L’€N sera utilisable dès son démarrage : en ligne, pour la plupart des transactions à partir du moment où Internet est disponible ; hors ligne pour les paiements de particuliers à particuliers, les paiements de petit montant dans des points de vente et dans des zones non connectées.
Les exigences en termes de disponibilité et d’ubiquité rendent le projet très ambitieux.
Les prestataires en services de paiements (PSP) devront mettre à la disposition des usagers des fonctionnalités d’alimentation et de sortie des comptes en €N 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an, ainsi que le versement et le remboursement en espèces des comptes et portefeuilles en €N hors Internet via des distributeurs automatiques partout en Europe. Ces services seront accessibles dans toute la zone euro à des centaines de millions d’utilisateurs finaux.
Pour éviter de déstabiliser le système bancaire européen, une limite des avoirs en €N par citoyen sera imposée et le système imaginé par la BCE pour pallier cette limite complexifie considérablement le projet €N.
Dans les banques, les dépôts des particuliers servent à financer les prêts qui sont eux-mêmes à la base de la création de la monnaie donc des dépôts. La déstabilisation de cet équilibre était inenvisageable et la BCE a effectué des simulations qui préconisent que la limite des avoirs en €N (en ligne et hors internet) soit de 3000 euros.
Du fait de l’existence d’une limite imposée pour les avoirs en €N et pour pouvoir assurer des paiements en €N au-delà de cette limite, l’Eurosystème a imaginé un système d’alimentation automatique des comptes en €N à partir des comptes courants en euro commercial particulièrement complexe à mettre en œuvre.
Si on imagine que le compte en €N est au-dessus du compte courant bancaire en euro commercial désigné par l’utilisateur comme compte en lien avec le compte en €N (1 seul compte couplé par compte en €N), alors :
– à la réception de fonds de la part d’un autre utilisateur de l’€N, si la limite de détention d’€N est atteinte (3 000 €N), les transferts de fonds excédentaires seront versés automatiquement vers le compte courant bancaire. On parle alors de cascade ;
– symétriquement, si l’utilisateur fait des achats ou des transferts de fonds supérieurs à son solde en €N et si le solde du compte courant en euro commercial le permet, alors le PSP en charge du compte en euro commercial alimentera automatiquement le compte en €N de la différence entre le montant de l’achat ou du transfert et le solde en €N. On parle alors de cascade inversée (remontée de fonds depuis le compte courant en euro commercial vers le compte en €N).
Ces fonctionnalités dites de cascade et de cascade inversée devront être utilisées même si l’usager associe un compte courant en euro commercial à un PSP autre que celui qui gère les €N (débats du trilogue en cours).
Comme les industriels, commerçants et administrations ne seront pas autorisés à détenir des €N mais seront parties prenantes à la plupart des transactions, les fonctionnalités de cascade et cascade inversée seront particulièrement sollicitées pour ces utilisateurs de l’€N.
Les délais d’exécution sur le point de vente ou en e-commerce liés aux cascades et cascades inversées, avec les contrôles nécessaires à tous les niveaux, seront un challenge technologique majeur à résoudre. Dans l’hypothèse probable où les temps de traitement seraient significativement supérieurs à ceux liés actuellement au processus d’autorisation de paiement par carte, il est probable que les usagers et les commerçants privilégieront le paiement par carte « classique » ou le paiement instantané et que l’usage de l’€N restera très limité, ne justifiant pas les investissements très lourds associés pour la BCE et pour les banques et PSP. De plus, l’existence de ce mécanisme d’alimentation automatique pose la question légitime du risque de désintermédiation des PSP détenteurs des comptes en euros par des PSP offrant essentiellement la création de comptes en €N (trilogue en cours).
La solution « hors ligne » qui remplacera les espèces dans les paiements du quotidien en l’absence de terminal de paiement pose des problèmes techniques non résolus à ce jour.
Le mode « hors Internet » se destinera aux paiements de proximité assurant un niveau de confidentialité proche de celui de l’argent liquide.
Pour ce faire, le paiement sera effectué localement (entre deux outils portefeuille) sans connexion avec un PSP pour validation ou enregistrement. La transaction sera enregistrée dans les 2 portefeuilles mais devra être connue du système financier au moment où la connexion avec Internet sera rétablie. La BCE cherche à ce jour à répondre techniquement aux contraintes de confidentialité, visualisation du solde et connexion finale avec Internet.
5
Des risques pour le financement bancaire et des coûts incertains
Le transfert partiel des dépôts des particuliers en euro commercial vers l’€N restera important.
Il est acquis que les particuliers chercheront à alimenter leur compte en €N jusqu’à son plafond en période de crise financière, l’€N représentant une dette directe de la BCE réputée plus sûre que les banques commerciales. En période de fonctionnement normal de l’économie, les particuliers pourraient être incités à ne pas abonder leur compte en €N sachant qu’ils peuvent l’alimenter automatiquement depuis leur compte en euro commercial.
En supposant que le solde moyen des comptes en €N avoisine 1 000 euros en Europe, un transfert de 200 milliards d’euros des bilans des banques commerciales vers l’€N est à prévoir entraînant une réduction, à due concurrence, de cette source de financement économique pour les banques.
Le grand écart quant à l’estimation du coût global du projet persiste.
Dans le cahier des charges de l’€N, les banques assureront une grande partie des tâches nécessaires à son fonctionnement. Il était donc essentiel d’évaluer, avec une grande rigueur, le coût de mise en œuvre du projet. Il n’en a rien été. La BCE a répondu à une évaluation du coût du projet effectuée par PWC de 18 puis 30 milliards d’euros en annonçant un coût compris pour l’ensemble du projet entre 4 et 6 milliards d’euros. Le CERF et la Fédération Bancaire Française avancent pour leur part un coût de projet de l’ordre de 50 milliards d’euros soit un écart de 1 à 10 avec l’estimation de la BCE.
La rédaction du règlement soumis à l’approbation du trilogue, les discussions en cours dans la phase de trilogue et la rédaction du cahier des charges (rule book) tendent à complexifier encore un peu plus le projet.
La décision de laisser les utilisateurs choisir le montant utilisé en hors ligne et multiplier les comptes en €N complexifie les phases de dialogue avec le système central seul à même de faire respecter les limites imposées aux utilisateurs.
L’alimentation et le retrait (automatiques ou non) sur les comptes en €N du « mode en ligne » sont au centre des discussions du trilogue et aucun signe de simplification majeure n’a pu être donné. Les solutions techniques du mode hors ligne ne sont pas déterminées.