Euro numérique : le chantier se précise

Créé le

12.10.2026

Prévu pour un lancement progressif à partir de 2029, l’euro numérique entend renforcer la souveraineté européenne en matière de paiements. Cependant, son modèle économique suscite le débat.

Le projet d’euro numérique (MNBC) de détail se poursuit. Après un vote positif au Conseil en décembre 2025 et au Parlement en juillet 2026, le règlement européen dédié, qui lui donnera une base juridique, pourrait être finalisé à la fin de l’année 2026. Dans ce contexte, « un pilote pourra être conduit à partir de septembre 2027, en vue d’un lancement progressif dès 2029 », précise Alexandre Stervinou, directeur des Études et de la Surveillance des paiements à la Banque de France.

$!Euro numérique : le chantier se précise

Ce nouveau moyen de paiement permettra aux Français de payer en magasin, en ligne ou entre eux. « Il sera comparable à un “billet numérique” et gratuit pour le particulier, ajoute Alexandre Stervinou. Il complétera les espèces sans les remplacer, offrira un haut niveau de confidentialité, et serait utilisable même en l’absence de connexion internet. »

Ce projet répond à un enjeu de souveraineté et d’intégration européenne. Alors que 16 des 21 pays de la zone euro dépendent exclusivement des réseaux internationaux (par exemple Visa et Mastercard) pour leurs paiements par carte, l’Eurosystème veut bâtir une alternative publique utilisable partout dans la zone euro.

Des questionnements autour de l’euro numérique

L’euro numérique suscite le débat au sein de certaines banques commerciales, qui s’inquiètent du coût lié à son développement initial et craignent aussi qu’il ne concurrence Wero, la solution privée paneuropéenne en cours de déploiement dans cinq pays.

Les établissements redoutent également une possible fuite des dépôts, qui réduirait les ressources disponibles pour financer le crédit. Selon Alexandre Stervinou, « en réponse, l’Eurosystème et le co-législateur ont prévu des garde-fous, discutés régulièrement avec l’industrie bancaire et qui doivent se matérialiser avec la finalisation du règlement européen. La question du modèle économique, incitatif pour les banques et les commerçants, y est centrale et devra faire que l’euro numérique puisse être une source de revenus pour les banques. »

Les solutions de paiement privées existantes pourront être réutilisées, comme le wallet Wero, les cartes ou les terminaux de paiement, avec un euro numérique qui s’intégrera dans les applications, cartes et dispositifs d’acceptation des paiements. En outre, le principe d’un plafond de détention est prévu. « Un niveau sera déterminé au plus proche de l’émission, ce qui limitera son usage comme réserve de valeur et fera bien et seulement de l’euro numérique, par ailleurs non rémunéré, un moyen de paiement, soulève Alexandre Stervinou. Les études d’impact menées sur le système bancaire sont en ce sens rassurantes. »

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº921