Patrimoine

Les inégalités en matière d’éducation financière coûtent une fortune aux femmes

Créé le

18.03.2026

-

Mis à jour le

20.03.2026

Le monde change, mais les inégalités persistent, notamment en matière d’investissement. Freinées par leur éducation ou leurs biais comportementaux, les femmes accusent un retard significatif par rapport aux hommes en matière de gestion patrimoniale. Un paradoxe, alors qu’elles doivent encore plus investir pour combler les écarts salariaux ou d’espérance de vie. Les banques ont un rôle crucial à jouer dans la sensibilisation et d’accompagnement de leurs clientes sur ces enjeux.

En 2026, alors que les femmes occupent une place essentielle dans l’économie réelle, leur rapport à l’argent et à l’investissement reste marqué par des inégalités qui ne reflètent ni leurs compétences, ni leurs ambitions. Et si les femmes gèrent leur budget avec une rigueur exemplaire, elles s’interdisent encore trop souvent de le faire fructifier et rarement avec la même audace que les hommes. Pourtant, dans les prochaines années, un transfert massif de richesses, des boomers vers les générations millennials, va s’opérer de l’ordre de 9 000 milliards d’euros d’ici 2040 en France. Et s’il est essentiel que les femmes prennent pleinement part à ce changement, il reste encore du chemin à parcourir.

La transformation alarmante d’une prudence financière en désavantage patrimonial

En effet, les femmes sont trois fois moins nombreuses que les hommes à investir en bourse. Les freins invoqués sont le manque de connaissances (38 %), la peur de perdre du capital (35 %) ou encore des revenus insuffisants (34 %). De plus, seulement 11 % de ces femmes déclarent privilégier des placements plus risqués mais à plus haut potentiel de rendement, contre 20 % de leurs homologues masculins. Ces chiffres, provenant du Baromètre ViveS 2026 « Les femmes et l’argent », une enquête réalisée avec ViaVoice, en partenariat avec Boursobank et Natixis Wealth Management, mettent en lumière un paradoxe frappant. Car les femmes sont pourtant d’excellentes gestionnaires en matière financière : 76 % d’entre elles font le point sur leurs finances chaque mois, contre 71 % des hommes. Pourtant, dès que l’on bascule vers des investissements de long terme et une plus grande prise de risque, l’écart se creuse.

Ce fossé prend racine dès l’éducation. On apprend trop souvent aux petites filles à épargner pour « prévoir », quand on incite les garçons à investir pour « gagner ». En se tenant à l’écart des placements plus dynamiques, comme le PEA ou l’assurance vie, les femmes se privent de la performance des marchés financiers.

L’enjeu n’est pas seulement symbolique, il est vital. Les femmes vivent en moyenne cinq ans de plus que les hommes, donc les inégalités persistantes entre les deux sexes en matière d’investissement peuvent avoir un impact du plus jeune âge jusqu’à la retraite. L’argent est un outil de liberté et s’en détourner par peur du risque, c’est compromettre son indépendance financière sur le long terme.

Passer de l’épargne passive à l’investissement stratégique

Face à ces constats, les acteurs du secteur bancaire et financier ont une responsabilité majeure : permettre aux femmes d’appréhender pleinement les marchés financiers pour une construction équitable de leur patrimoine.

Selon l’Observatoire de l’éducation financière, 85 % des Français n’ont jamais reçu de formation budgétaire, et une part significative peine à comprendre les produits financiers disponibles. Ce manque de connaissances nourrit aussi du stress, de la défiance et un sentiment d’exclusion vis-à-vis d’un système perçu comme opaque. Alors que l’éducation financière est encore trop souvent perçue comme un socle de connaissances optionnel, elle pourrait devenir un véritable levier de souveraineté individuelle. Pour briser ce plafond de verre, les institutions doivent sortir de leurs murs. Ces constats sont reconnus par l’État, qui a lancé EDUCFI, une mission d’éducation financière qu’elle a confiée à la Banque de France, mais cela ne suffit pas !

L’engagement ne prend son sens que s’il est collectif. Il est essentiel de sensibiliser les jeunes générations dès l’école, mais aussi d’accompagner les collaborateurs au sein des entreprises, tout au long de leur carrière. L’objectif est d’offrir les outils nécessaires pour naviguer dans un monde complexe et favoriser l’esprit d’entreprise. En tant qu’experts, notre rôle est d’ouvrir nos portes, de vulgariser sans simplifier à outrance et de faire de la culture financière un levier d’égalité des chances.

Pour autant, la solution ne réside pas uniquement dans l’éducation financière, bien qu’elle soit une base indispensable. Elle dépend aussi d’un changement de paradigme au sein même des entreprises et des institutions financières. Lorsque l’on sait que l’argent reste pour 39 % des femmes une source d’angoisse, et qu’uniquement 29 % d’entre elles osent négocier leur salaire à l’embauche, il reste encore du chemin à parcourir pour libérer la parole autour de l’argent et reconnaître son pouvoir émancipateur. L’argent doit être perçu pour ce qu’il est : un moyen au service des ambitions et des projets de vie, et non un sujet de gêne.

Le secteur financier gagnera à réinventer ses codes. Il nous appartient de proposer un accompagnement qui accueille les doutes sans jugement, afin de transformer l’appréhension du risque en une stratégie de gestion maîtrisée. Car la structuration d’un patrimoine ne s’improvise pas à l’approche de la retraite : elle se construit dès le premier salaire. Cet enjeu est vital pour les femmes, dont l’espérance de vie supérieure aux hommes impose des solutions sur-mesure. Notre mission est de faire basculer l’absence ou la passivité de l’épargne vers un outil puissant et proactif visant à sécuriser une fin de carrière et une retraite que 69 % des femmes redoutent encore (contre 47 % des hommes).

Un engagement vital
pour l’avenir

Ne voyons pas dans ces constats une fatalité ou une simple « préférence » des femmes pour la sécurité. C’est une anomalie issue de biais éducatifs et structurels qu’il est temps de transformer. Je suis convaincue que la finance de demain se construira avec les femmes ou se privera de la moitié de son potentiel.

Les prochaines années seront marquées par un transfert massif de patrimoine et par une transformation profonde des marchés financiers. Alors que les cabinets spécialisés estiment à environ 120 trillions de dollars le montant de richesse qui va basculer entre générations au cours des prochaines années (d’ici 2050), on estime que 90 % de la fortune est perdue à l’issue du passage à la troisième génération. Les causes sont multiples : dilution naturelle, gouvernance familiale défectueuse, fiscalité... Dans ce contexte, ne pas investir revient à rester spectateur de la croissance économique et ne pas en bénéficier. C’est également au monde de la gestion de fortune d’agir pour préparer ce bouleversement, pour que les femmes prennent leur place dans ce mouvement. Investir, ce n’est pas seulement chercher un rendement, c’est agir pour le monde que l’on souhaite construire et les femmes ont un rôle majeur à jouer.

Transformons cette prudence subie en une audace choisie. Il n’y a aucune raison pour que les femmes investissent moins que les hommes. Brisons les biais existants, formons les jeunes générations, et rappelons une vérité simple : votre plus grande richesse, c’est ce que vous décidez d’en faire.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº915