Une perception des marchés
très instable

Créé le

24.12.2024

Environnement : Chine et Europe contraintes de s’adapter

L’année 2024 a été marquée par la résilience de l’économie américaine malgré les conditions monétaires restrictives imposées par la Réserve Fédérale (Fed), en raison d’une première baisse de taux directeurs tardive. Autre fait majeur : une baisse graduelle de l’inflation. Malgré ces éléments, les actions américaines ont progressé dans l’anticipation de mesures favorables aux entreprises et aux flux vers les grandes valeurs de technologie, notamment les fameuses sept magnifiques. Le marché anticipe que la hausse des tarifs douaniers américains heurtera l’Europe, la Chine et les pays émergents, mais l’impact réel dépendra des mesures et contre-mesures. Néanmoins, cette situation impose à l’Europe de renforcer sa compétitivité et de protéger également le marché unique, alors que la Chine est forcée de se réinventer en assainissant son secteur immobilier et en relançant la consommation des ménages.

Monétaire : le grand écart

Constatant une baisse suffisante de l’inflation, les banques centrales des économies avancées ont initié un changement au deuxième semestre : Banque Nationale de Suisse, puis Banque centrale européenne (BCE), puis Banque d’Angleterre et, enfin, la Fed. La Banque du Japon, qui faisait face à une longue période déflation, a fait exception en remontant ses taux et arrêtant le contrôle des taux longs. Cette relative synchronisation des banques centrales a été un facteur de stabilisation des anticipations et a évité une trop forte volatilité du marché des changes.

Cependant, la dynamique d’inflation est de moins en moins uniforme. Les prix baissent plus vite en zone euro qu’en zone dollar, et les perspectives de croissance sont moins favorables en Europe. Aussi, la BCE devra probablement relâcher plus vite la contrainte monétaire et baisser les taux plus bas pour atteindre sa cible d’inflation. C’est potentiellement l’inverse pour la Fed qui devra faire face à une remontée de l’inflation début 2025.

Obligations : le corporate rentable

La victoire de Donald Trump a entraîné une repentification de la courbe des taux. Les prochains mouvements devraient résulter de la mise en œuvre effective du programme Républicain en matière de fiscalité, de commerce international, d’immigration, etc. Attention : la perception des marchés sur la politique fiscale et monétaire peut changer très rapidement. En Europe, la détérioration des perspectives économiques et le contexte (géo)politique maintiennent les rendements sur des niveaux plus bas. Le blocage politique français a incité les investisseurs à couvrir ou réduire leurs expositions, entraînant un différentiel de taux élevés vis-à-vis de l’Allemagne. Le crédit d’entreprise et la dette des pays émergents dont celle de la Chine, ont connu des performances positives, améliorant les rendements des investisseurs.

Actions : rotation thématique

Les marchés se sont empressés d’évaluer la croissance économique nominale à court terme aux États-Unis. Nous aimerions toutefois remettre en question ce discours, car le point de départ du « Trump trade » est différent cette fois-ci par rapport à 2016. Lorsque Trump a été élu président pour la première fois, les valorisations des actions américaines, le déficit budgétaire et la dette publique n’étaient pas aussi élevés qu’aujourd’hui. Toutefois, cette fois-ci, la Fed est en mode d’assouplissement, bien que cela puisse être remis en question en cas de volatilité de l’inflation.

Nous pourrions assister à une hausse des actions, mais avec une rotation en faveur des segments les moins chers et de ceux qui font preuve de résilience au niveau des bénéfices. En particulier, nous voyons des opportunités dans les petites et moyennes capitalisations, en Europe, au Japon et sur les marchés émergents, mais aussi dans des sociétés qui affichent un pouvoir de fixation des prix et un bilan solide. Position donc légèrement pro-risque et diversifiée avec des actifs moins sensibles à l’inflation. La diversification sur plusieurs fronts est essentielle : d’éventuels revirements de politiques sont tout à fait susceptibles de changer la donne.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº899-900