Une nouvelle dimension pour
la gestion des actifs : la durabilité

Créé le

20.07.2022

-

Mis à jour le

14.09.2022

Les assureurs et l’ensemble des investisseurs institutionnels ont un rôle important à jouer dans la transition énergétique. Par l’orientation de leurs investissements, ils peuvent infléchir l’exploitation et l’usage des matières premières énergétiques. Ils assument ainsi leur responsabilité sociétale et contribuent en même temps à protéger leur solidité financière pour l’avenir.

Les investisseurs de long terme, comme le groupe MACSF, doivent intégrer les enjeux de la transition énergétique dans leur portefeuille d’investissements pour préserver leur solidité financière. En tant qu’assureur, nous payons les sinistres liés au dérèglement climatique. Or, près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de la planète sont aujourd’hui dues au secteur « énergie ». Accompagner les entreprises de ce secteur à diminuer leur impact négatif sur l’environnement contribue donc à diminuer le risque pour notre activité d’assurance de payer pour les sinistres liés au changement climatique. Ce cercle vertueux est positif à tous les niveaux : pour l’entreprise, pour l’investisseur et pour la société.

Depuis l’Accord de Paris signé en 2015, les États ont fixé la limite du réchauffement climatique à un niveau nettement inférieur à 2 °C d’ici 2100 (de préférence à 1,5 °C). Si le texte ne mentionne aucune réduction chiffrée des émissions de gaz à effet de serre, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) affirme que, pour tenir cet objectif, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % à 70 % en 2050 (par rapport à 2010) et arriver à zéro émission en 2100. Pour ce faire, des changements très importants doivent être réalisés notamment dans les systèmes de production d’énergie. Pourtant, les dépenses d’investissements dans les énergies primaires ont diminué de 40 % depuis 2014.

Une montée en compétences des gérants d’actifs

Même si les investissements dans les énergies renouvelables ont fortement progressé, cette hausse n’a pas compensé la baisse de montants d’investissements dans les énergies traditionnelles. Cette tendance va devoir s’inverser dans les prochaines années pour financer la transition énergétique. Ceci devrait augmenter les risques auxquels sont exposés ce secteur comme le risque de transition. Ce risque est lié aux impacts financiers incertains issus des effets de la mise en place d’un modèle économique bas-carbone. En parallèle, de nouvelles opportunités vont s’ouvrir pour les entreprises de l’énergie. L’analyse de ces risques et opportunités nécessite une montée en compétences de la part des gérants d’actifs.

La durabilité, nouveau critère

Le groupe MACSF a décidé de s’engager dans cette transition en faisant évoluer sa gestion en adéquation avec ses valeurs. Depuis plusieurs années, la gestion des actifs du groupe a été enrichie par une analyse extra-financière permettant de mieux évaluer les risques environnementaux et sociétaux des entreprises. Historiquement, l’analyse de nos investissements se faisait de manière classique en évaluant le rendement par rapport au risque. Aujourd’hui, la gestion a évolué en intégrant un troisième axe : la durabilité.

Pour l’analyse des controverses, nous avons fait le choix de travailler avec Sustainalytics, société du groupe Morningstar, reconnue pour son expertise depuis 30 ans. Concernant les enjeux environnementaux et notamment l’évaluation du risque de transition des portefeuilles, nous utilisons les données de Carbone 4. Leur expertise nous permet d’évaluer les risques mais aussi de détecter les acteurs les mieux positionnés face à la transition vers une économie bas-carbone.

Plus de transparence grâce à la réglementation

La réglementation nous aide aussi à évaluer l’impact environnemental de nos investissements. Depuis l’année dernière, la Commission européenne a adopté une série de mesures apportant plus de transparence et de normalisation dans les données. La taxonomie européenne et la révision de la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité pour les entreprises nous fournissent plus de transparence sur les risques auxquels les entreprises sont exposées. Par exemple, la taxonomie, en nous donnant la part d’activités durables d’un point de vue environnemental, nous permet de comparer les entreprises d’un même secteur entre elles.

Ainsi, grâce à ces éléments, en tant qu’investisseur, nous pouvons facilement répondre aux questions suivantes : l’entreprise, est-elle en avance ou en retard par rapport à ses pairs sur la prise en compte des sujets environnementaux ? A-t-elle la capacité financière pour rattraper son retard ? Le coût du risque est-il bien pris en compte ? Le positionnement de l’entreprise est-il bien en adéquation avec les engagements pris par mon institution ?

L’exclusion ou l’engagement

Depuis plusieurs années le groupe MACSF s’est fixé comme ambition de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre pour s’aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris. Nous disposons de deux leviers pour y arriver : l’exclusion et l’engagement.

L’exclusion est la solution la plus simple et la rapide pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’un portefeuille. Nous ne retenons cette possibilité que dans des cas bien particuliers comme les entreprises développant de nouveaux projets charbon ou celles dont la part des énergies fossiles non conventionnelles dans la production annuelle dépasse un certain seuil par exemple. Dans ce cas, nous estimons que les entreprises n’ont pas assez intégré les enjeux liés à la transition énergétique, y investir nous expose à un risque important de pertes financières futures.

L’engagement correspond à notre volonté d’accompagner et de soutenir les entreprises dans leur transformation. Les entreprises ont des contraintes fortes à intégrer les enjeux de durabilité et plus particulièrement les entreprises du secteur « énergie ». Exposées à la fois aux risques physiques et aux risques de transition, ces entreprises sont assujetties à de fortes contraintes pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour les aider à se transformer, nous les finançons tout en dialoguant avec elles pour s’assurer de leur mise en œuvre de décisions en matière de transition énergétique. Nous leur demandons de s’aligner avec les objectifs de l’Accord de Paris, de publier des informations sur leurs émissions de gaz à effet de serre et sur leurs risques liés aux enjeux environnementaux. Lors des votes en assemblées générales, nous nous assurons que les critères environnementaux sont bien intégrés dans la gouvernance de l’entreprise.

Participer au financement de la transition énergétique et prendre en compte la durabilité permet ainsi au gérant d’actifs de mettre en application les engagements et les valeurs de sa propre entreprise.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº869bis