En observant les flux des investisseurs sur une longue période, il apparaît que ces derniers ont longtemps été focalisés sur les fonds obligataires et les produits de taux. Une tendance justifiée par la déflation et des politiques monétaires très accommodantes qui prévalaient avant 2020. Parallèlement, l’intérêt pour les actions était relativement modeste. Puis, la crise sanitaire et la période post-Covid ont nécessité une relance de l’économie mondiale. Un changement de paradigme auquel les investisseurs se sont rapidement adaptés en se positionnant sur les actifs risqués et, particulièrement, sur les fonds actions. De sorte que ces dernières années, 50 % des flux de collecte nets mensuels cumulés en Europe ont été sur les actions (Source : Quantalys). Ces flux sur les actions sont d’ailleurs riches d’enseignements, les investisseurs privilégiant une approche globale au travers des fonds actions Monde (50 % des flux de collecte) mais surtout un biais thématique (35 %) (source : Quantalys).
L’approche ESG suscite le plus grand intérêt
Changement climatique, démographie, vieillissement de la population, relocalisation... Si la mutation technologique a été, parmi d’autres, l’une des thématiques privilégiées durant et au sortir de la crise sanitaire, l’investissement durable, social et/ou responsable n’est pas en reste. Et pour cause, l’approche ESG est celle qui a suscité le plus grand intérêt. En termes d’encours et de nombre de fonds, cela représente aujourd’hui près de 50 % de la gestion européenne (source : Quantalys). Au-delà, l’autre tendance observée est la part importante réalisée sur les ETF (Exchange Traded Funds), qui a notamment réussi à capter les différentes vagues thématiques dont l’ESG. Et qui dit « thématiques globales » dit enjeux globaux favorisant une recherche mondiale, et donc les plus grandes sociétés de gestion qui captent aujourd’hui 85 % des flux mondiaux.
Enfin, l’étude de la période de déflation précédant 2020 fait ressortir que les investisseurs utilisaient les fonds growth comme « proxy-oblig » ce qui a surtout profité au marché américain. L’Europe, qui est passée à côté de la vague technologique et a un temps été considérée comme un maillon faible, tend à profiter désormais de la résurgence du biais value. Du reste, ces quatre dernières années ont mis en évidence que les investisseurs ne sont pas forcément growth ou value mais cherchent avant tout des solutions diversifiées intégrant ces biais et ces thèmes qui changent de plus en plus fréquemment.
Autant de styles que de portefeuilles
Faut-il être plus actif que passif ? Plus croissance que value ? Comment adapter son style pour capter la performance ? Les styles de gestion ne sont pas forcément binaires et ne fonctionnent pas obligatoirement par opposition. Il y a, en réalité, presque autant de styles qu’il y a de portefeuilles. Quatre grands types sont généralement distingués :
– la croissance/momentum se définit par un comportement un peu « moutonnier » de l’investisseur, motivé par une amélioration tendancielle durable mais qui va de pair avec le risque de ne pas l’avoir saisie à temps ;
– le biais croissance/qualité tire sa dynamique de l’avantage compétitif que peut avoir une entreprise en termes de création de valeur ;
– le style value consiste, pour sa part, à acheter ce qui brille, mais dont le prix ne reflète pas la valeur intrinsèque de la société ;
– enfin, la faible volatilité (low vol) repose sur le principe de la maîtrise des risques.
Chacun de ces biais comptent des sous-jacents comportementaux. Comme l’income dividend, sous-composant du style value, qui vise à toucher des dividendes supérieurs à la moyenne du marché. Ou encore le style small et mid caps surpondéré, par construction, dans la gestion active, qui, sur longue période, semble tirer son épingle du jeu. Chaque biais sous-jacent a de la valeur mais il faut comprendre ce qui les gouverne et comment les appliquer avec une certaine discipline.
Des nuances de style
Une analyse des deux dernières décennies met en lumière certaines tendances. Ainsi, dans les années 2000, le biais value surperformait les autres car il comptait beaucoup de sociétés financières dont la prospérité s’est éteinte avec la crise de 2008. Par ailleurs, dans un environnement où un krach boursier peut désormais survenir à chaque décennie, les styles low-vol ou qualité sont toujours utiles dans une allocation. Mais ne se fier qu’aux biais peut aussi induire en erreur. À première vue, sur les quinze dernières années, il est tout à fait évident qu’il fallait avoir un style momentum en Europe. Mais en y regardant de plus près, sur les quatre dernières années, il fallait tout miser sur la croissance. Le sujet est donc complexe et intègre des nuances. Par exemple, comment se définit la qualité ? Pour une société, il y a trois critères sous-jacents : de fortes marges, des bilans extrêmement solides avec peu de dette et la régularité des résultats. De sorte que, avoir un biais qualité renvoie à plusieurs facteurs qui vont contribuer différemment à la robustesse d’un portefeuille. Il est donc important de ne pas être obnubilé par un type d’investissement en vogue, de ne pas courir après un style et de le manier avec précaution. Mais la règle qui prévaut est surtout de savoir ce que l’on achète, ce que l’on a en portefeuille tout en maîtrisant le risque.
Le biais value profite de courants porteurs à l’heure actuelle, surtout lorsqu’il est à dominante small et mid caps comme c’est le cas pour la stratégie actions nordiques de Fidelity. Elle illustre bien les vertus d’un style value, a fortiori dans le cadre d’une gestion active, couvrant tout d’abord quatre pays dont les finances publiques sont saines. La Norvège a notamment un fonds souverain de 1,2 millier de milliards de dollars ramené à une population de 5 millions de personnes, la Suède a un ratio/dette sur PIB de seulement 40 % et un excédent primaire. Ce sont des sous-jacents solides et sains. Cela laisse à penser que cette zone va continuer de susciter l’intérêt des investisseurs sur le long terme.
Rédigé le 15 septembre 2023.