Pour varier les actifs non cotés, les solutions existent

Créé le

20.10.2023

Depuis 2022, les conditions de marché ont conduit la plupart des classes d’actifs à évoluer en territoire négatif. Cependant, ces conditions ont créé de nouvelles opportunités, en particulier sur le marché secondaire du private equity et sur la dette privée.

L’année 2022 aura été mouvementée pour les investisseurs. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a eu de nombreux impacts visibles immédiatement sur les marchés financiers cotés : hausse de la volatilité des marchés actions, explosion du cours des matières premières, forte inflation généralisée, hausse inédite des taux directeurs.

Le marché du capital-investissement (private equity, PE) est naturellement impacté par la conjoncture économique. Aujourd’hui, de nombreux facteurs agitent ce marché et génèrent des incertitudes pour les investisseurs. Les principales questions tournent notamment autour des conséquences de l’inflation, de la pression écologique et de la hausse des taux d’intérêt.

Ces différents sujets d’interrogation entraînent un ralentissement du marché primaire du PE que l’on observe aussi bien au niveau des transactions (investissements, cessions) que des levées de fonds, alors que le marché secondaire continue de se développer rapidement et offre de nombreuses opportunités.

Dans le même temps, les acteurs de la dette privée semblent particulièrement bien positionnés pour bénéficier de cette conjoncture.

Ralentissement des transactions

Dans l’ensemble, on observe une baisse significative des transactions depuis 18 mois. Il convient néanmoins de rappeler que cette situation fait suite à une décennie exceptionnelle durant laquelle les levées de fonds ont atteint des sommets historiques.

L’industrie du PE dispose donc d’une puissance de feu considérable pour investir dans des sociétés non cotées. Fin 2022, on notait ainsi 3,7 milliers de milliards de dollars de dry powder toutes stratégies confondues (Source : Bain & Company).

Le nombre d’investissements réalisés par des fonds de PE a quasiment été réduit de moitié en 2022 par rapport à 2021. Ce ralentissement a notamment été très marqué au second semestre. Une tendance que nous continuons d’observer en 2023. Les investisseurs restent dans l’attente de voir comment l’environnement global évoluera dans les prochains mois. Ainsi, lorsque certains des facteurs macroéconomiques se stabiliseront, il semble envisageable que le rythme des investissements reviendra à des niveaux normalisés.

En 2022, ce ralentissement tendanciel a aussi été observé au niveau des sorties, qui ont été divisées par deux par rapport aux niveaux enregistrés l’année précédente (Source : Pitchbook). Mécaniquement, lorsque le flux de cession se tarit, les investisseurs voient leur capacité d’investissement se réduire.

Des levées de fonds en baisse

Le contexte a également un impact considérable sur les levées de fonds, qui ne cessent de ralentir depuis 18 mois. Ainsi, au niveau mondial, on ne compte que 933 fonds qui ont levé de l’argent en 2022 et 256 au premier semestre 2023. On en dénombrait 1 419 en 2021 (Source : Pitchbook).

Deux facteurs peuvent l’expliquer. Tout d’abord, au cours des dernières années, le volume et le rythme des levées de fonds ont augmenté de manière exceptionnelle. Ce cycle accéléré a entraîné un assèchement des capacités d’investissement actuelles des clients.

Par ailleurs, du côté des gérants d’actifs, le contexte a également entraîné l’allongement des durées de détention des participations, dans l’attente d’un retour à un contexte plus favorable. Les fonds de PE conservant leurs actifs plus longtemps, les distributions attendues sont donc retardées et ne peuvent plus alimenter les levées de fonds en cours.

Un contexte favorable au marché secondaire

Dans le domaine du PE, le marché secondaire apporte de la liquidité à une classe d’actifs qui est par nature illiquide. Ce marché s’est très fortement développé au cours des 15 dernières années. Ainsi, depuis la crise financière de 2008, l’achat de participations ou d’actifs auprès de fonds primaires n’a jamais été aussi important. En 2023, le volume global de transactions est estimé à plus de 150 milliards de dollars.

Dans une transaction secondaire, les vendeurs bénéficient d’une liquidité anticipée en contrepartie d’une décote, le plus souvent, sur le prix de cession. Les acheteurs y voient alors une opportunité d’investissement pour plusieurs raisons potentielles : visibilité accrue sur les investissements ; atténuation potentielle de la courbe en J ; diversification potentielle ; distribution en général accélérée ; décote potentielle à l’entrée.

L’environnement macroéconomique en 2022 a eu un impact globalement négatif sur les actifs cotés. Les baisses de valorisation qui y ont été enregistrées, combinées à des valorisations assez stables sur les actifs non cotés, ont conduit les allocations de nombreux investisseurs à être surpondérées en PE. Ces institutions sont donc contraintes de rééquilibrer leurs positions en cédant des actifs sur le marché secondaire.

De surcroît, le ralentissement du rythme des cessions et des distributions incite aussi les investisseurs à rechercher de nouvelles sources de liquidité pour leurs portefeuilles. Ce contexte délicat augmente donc naturellement le nombre d’opérations réalisées sur le marché secondaire.

Cet environnement exceptionnel, sans précédent depuis 2008, peut créer des opportunités pour les investisseurs désireux de profiter des bouleversements du marché et qui sont de plus en plus sensibles aux avantages de cette classe d’actifs. Le contexte peut générer des opportunités attrayantes grâce à des décotes potentiellement plus élevées à l’entrée et à une offre plus large. En outre, la croissance forte du marché primaire ces dernières années soutient le développement actuel du marché secondaire.

Plus que jamais, le PE secondaire démontre donc sa pertinence dans le cadre d’une allocation stratégique dans les actifs non cotés. Non seulement en tant que stratégie satellite complémentaire, mais également pour accélérer un programme d’investissement de PE, en offrant une exposition plus large, un profil de distribution accéléré et des rendements attractifs.

Recours à la dette privée

La dette privée est aujourd’hui une classe d’actifs mature et une source de financement de plus en plus importante pour les entreprises. En effet, face à la raréfaction des financements traditionnels des entreprises par les marchés financiers et les banques, de plus en plus d’acteurs se tournent vers le marché de la dette privée.

Pour les entreprises, la dette privée offre un moyen de financement complémentaire au financement bancaire classique, certes plus cher, mais également plus proche des besoins des entreprises selon les situations à financer. Les entreprises sont prêtes à payer une prime par rapport au financement bancaire pour avoir la capacité d’influencer la structuration et de prendre des décisions de financement très rapides.

Une plus grande incertitude et une diminution des émissions obligataires sur les marchés ont notamment entraîné une augmentation de la demande. Parallèlement, les banques sont confrontées à des problèmes de liquidité inédits depuis la crise financière de 2008 et sont de plus en plus réticentes à prêter.

Ainsi, les gérants de dettes privées qui ont des capitaux à déployer peuvent exiger des conditions financières plus favorables pour financer les entreprises. Ce contexte favorable contribuera probablement à une différenciation des performances des fonds de crédit qui seront lancés prochainement. Pour les fonds et les investisseurs ayant aujourd’hui des liquidités disponibles, les millésimes de dette privée 2023 et suivants pourraient bien être les meilleurs jamais enregistrés par cette classe d’actifs.

Depuis 2022, les conditions de marché ont conduit la plupart des classes d’actifs à évoluer en territoire négatif. Cependant, ces conditions ont créé de nouvelles opportunités, en particulier sur le marché secondaire du PE et sur la dette privée.

En période de turbulences sur les marchés, si l’on résume, les transactions secondaires offrent de nouvelles opportunités d’investissement. Les principaux avantages du PE secondaire tels que la visibilité, l’atténuation de la courbe en J ou la diversification, sont autant de facteurs qui soutiennent la croissance de cette classe d’actifs. Par ailleurs, la dette privée, grâce à sa composante taux variable, offre aux investisseurs une assurance efficace contre le risque de remontée des taux. Elle devrait continuer d’assurer ce rôle et d’offrir aux investisseurs des perspectives de rendements attrayants. Ces stratégies présentent tout de même des risques et notamment de perte de capital.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº7
Positionnement d’ODDO BHF
L’inflation et les taux d’intérêt continuent d’être des sujets d’inquiétude et peuvent représenter un risque substantiel à court et moyen terme. L’enjeu est donc d’identifier et sélectionner des actifs sous-jacents capables de surperformer dans de telles conditions de marché. Compte tenu de ces éléments, nous restons particulièrement vigilants en ce qui concerne les caractéristiques suivantes :
– résilience ;
– pouvoir de fixation des prix ;
– discipline en matière de coûts ;
– pérennité des business models ;
– diversification.
Dans la construction d’un portefeuille, l’identification des opportunités d’investissement est primordiale. En s’appuyant sur une plateforme créée il y a près de vingt ans, l’équipe d’investissement bénéficie des relations de confiance nouées avec tous les acteurs du marché. Cela confère un avantage compétitif décisif permettant d’avoir accès à un deal-flow large, récurrent et de qualité.