Le nouveau cycle européen ouvert le 9 juin dernier, au soir du résultat des élections européennes, s’inscrit dans un moment crucial pour l’Union européenne (UE). Cette dernière fait face aujourd’hui à des défis majeurs : guerre à ses frontières, faible croissance économique, intense concurrence mondiale, transitions verte, numérique, démographique et géopolitique à réussir, dans un contexte international complexe et instable. Les besoins de financement associés sont donc immenses. Le rapport Noyer les estime à plus de 1 000 milliards d’euros par an, incluant le financement d’un budget d’une défense européenne.
Les financements publics étant limités par l’endettement élevé des États, il devient crucial de mobiliser l’épargne européenne – très abondante – pour soutenir l’économie européenne. Celle-ci peut devenir un levier essentiel pour la compétitivité et l’emploi, à condition de mettre en place des dispositifs européens adaptés.
Depuis la crise financière de 2008-2009, les acteurs européens de la gestion d’actifs perdent des parts de marché. Cette tendance s’est accompagnée d’une chute de l’allocation de l’épargne des Européens vers les entreprises européennes (voir graphique). Le rapport Letta chiffre ainsi à 300 milliards d’euros la balance de l’épargne européenne excédentaire investis aux États-Unis. En retour, l’Europe dépend de capitaux étrangers pour financer ses entreprises en fonds propres avec un risque fort de délocalisation et de perte de technologie.
Alors que l’épargne financière s’élève à plus de 33 000 milliards d’euros en Europe, elle n’est pas suffisamment orientée vers les entreprises européennes. L’accès au financement de marché est pourtant un vecteur de compétitivité fort pour les entreprises, au même titre que l’énergie. Il est urgent de rétablir la connexion entre l’épargne et son investissement dans l’économie européenne.
L’Europe dispose d’atouts majeurs et notamment d’un secteur financier solide sur lequel elle peut s’appuyer pour financer son économie. La dernière étude de l’AFG et de Deloitte, en juin 2024, révèle que les gestionnaires d’actifs européens investissent relativement plus en Europe que leurs homologues non européenset notamment dans les PME/ETI (voir graphes). Cette tendance s’explique par une meilleure connaissance du tissu économique européen et de ses facteurs de croissance.
En particulier, la gestion d’actifs française consacre plus de 70 % de ses investissements au sein de l’UE.
L’AFG soutient la création d’une véritable Union de l’Épargne et de l’Investissement européenne recommandée par les rapports Letta et Noyer pour renforcer la compétitivité de l’industrie financière européenne.
Un label pour les produits d’investissement de long terme investis dans l’UE pourrait favoriser l’épargne longue et la culture actionnariale tout en offrant de nouvelles sources de financement des entreprises.
Des dispositifs d’épargnes salariale et des mesures fiscales spécifiques aux produits labelisés, avec un seuil minimum d’investissement dans des actifs européens, pourraient s’avérer particulièrement encouragés. Cette mesure viendrait en outre favoriser les investissements intra-européens et les activités financières transfrontalières.
L’intégration d’un test de compétitivité en préalable de toute initiatives législatives européennes semble indispensable pour mieux appréhender l’ensemble des défis auxquels font face les parties prenantes européennes. La notion de « compétitivité » pourrait être intégrée au côté des enjeux de protection des investisseurs et de stabilité financière parmi les priorités des Autorités Européennes de Supervision (AES).
Enfin, une meilleure harmonisation des textes et de la supervision européenne ainsi que la reconnaissance de la notion de groupes dans le secteur de la gestion d’actifs doivent être davantage explorées.
Repenser l’écosystème financier
Les fournisseurs de données, d’indices, de notations sont indispensables au bon fonctionnement des marchés financiers. Principalement non européens, ils restent le point de départ de toute la chaîne d’investissement. Le coût et la qualité de leurs produits ont donc des conséquences en matière de choix d’investissement et de protection des investisseurs. Ces acteurs non financiers demeurent toutefois peu – ou pas – régulés. Mieux définir cet écosystème est fondamental pour assurer une Union de l’Épargne et de l’Investissement efficiente au niveau européen.
En particulier, si la fourniture des notations ESG est désormais encadrée par le droit européen, celle des données ESG ne l’est toujours pas. Ces dernières sont pourtant primordiales pour canaliser les investissements dans les entreprises et les projets et pour lutter contre le greenwashing. De même, il faut éviter une dérégulation excessive des indices, en particulier lorsqu’ils sont fournis par des entreprises de taille systémique en mesure de respecter des règles de transparence et de conflit d’intérêts minimum. L’autorité de supervision britannique (FCA) a démontré récemment que ces acteurs usaient de leur pouvoir de marché pour limiter la concurrence, au détriment des acteurs de marché et des investisseurs de détail.
Les défis à l’horizon 2030 sont conséquents mais l’UE dispose à la fois des institutions, des ressources propres et des acteurs européens capables, ensemble, de les relever.