Les chiffres sont formels : les frais de gestion des fonds sont en baisse constante sur les dix dernières années en Europe. Entre 2015 et 2025, les frais moyens annuels des fonds sont passés de 1,36 % à 1,11 %. La baisse est visible sur toutes les classes d’actifs, gestion active et passive confondues (voir graphique). C’est une bonne nouvelle pour les investisseurs, tant les frais représentent un facteur déterminant dans la capacité des fonds à remplir leurs objectifs de performance sur le long terme.
Cette baisse des frais des fonds vendus en Europe s’explique par plusieurs dynamiques. D’abord, l’intensification de la concurrence dans la gestion d’actifs, soutenue par la progression rapide des fonds indiciels et des ETF. Cette évolution de l’univers concurrentiel a fortement modifié le paysage des frais en Europe. Entre 2015 et 2025, la part de marché de la gestion indicielle en Europe est passée de 14 % à 30 %, toutes classes d’actifs confondues. Les frais des fonds passifs sont aujourd’hui quatre à six fois moins élevés que ceux des fonds gérés activement. Pour un fonds actions, la facture s’établit à 1,17 % en moyenne pour la gestion active, contre 0,19 % pour la gestion passive à fin juin 2025. Côté obligations, l’écart de frais est aussi substantiel, bien que moindre : 0,68 % pour la gestion active, contre 0,15 % pour les fonds indiciels. En moyenne pondérée des actifs, les investisseurs paient donc nettement moins cher pour accéder à la gestion collective.
Pression majeure
de la gestion passive
Même les fonds les plus chers du marché ont suivi le mouvement à la baisse. Ce recul a été particulièrement marqué dans la gestion passive : les fonds indiciels parmi les 10 % les plus chers du marché ont réduit leurs frais de 44 % en moyenne sur dix ans, contre une baisse de 30 % pour l’ensemble du marché. La concurrence sur les frais au sein de l’univers de la gestion passive, notamment parmi les fournisseurs d’ETF, a pleinement joué.
De son côté, l’industrie traditionnelle de la gestion active fait face à un nouveau défi avec la montée en puissance des ETF actifs à bas coûts. La bataille ne se limite plus au duel entre gestion passive et active : elle s’étend désormais aussi au choix du véhicule d’investissement – fonds ouverts contre ETF – au sein même des stratégies actives.
L’autre explication de l’évolution des frais se retrouve dans la rubrique nécrologie des fonds. Au cours des dix dernières années, les fonds qui ont fermé leurs portes affichaient en moyenne des frais bien supérieurs à ceux qui se lançaient (voir graphique). Les frais moyens des nouveaux fonds actifs ont été inférieurs de 10 à 20 % aux frais des fonds fermés ces dix dernières années. Côté véhicules passifs, les nouveaux fonds ont été entre 20 et 50 % moins chers que ceux qui étaient liquidés.
Des frais élevés,
un frein à la collecte
Cette dynamique, où des fonds moins chers remplacent des fonds plus coûteux, constitue un moteur essentiel de la baisse progressive des frais moyens. Elle illustre également que des frais élevés, en réduisant mécaniquement la performance, figurent parmi les principaux facteurs qui compromettent la pérennité des fonds d’investissement, quel que soit leur style de gestion.
Certes, les fonds dont les frais sont supérieurs à la médiane continuent de représenter presque la moitié des actifs sous gestion. Exactement 42 % à fin juin 2025. Cependant, la dynamique est clairement du côté des fonds moins chers. Sur les dix dernières années, le quartile des fonds les moins chers a attiré plus d’épargne que le quartile le plus cher (voir graphique). C’est une preuve que les investisseurs privilégient, à raison, les options les moins onéreuses pour leur portefeuille.
Certains facteurs freinent pourtant la baisse des frais pour les investisseurs particuliers. La distribution captive, principalement via les réseaux bancaires et assureurs, favorise les produits maison et limite la concurrence. En France, le modèle de distribution des fonds actifs fonctionne avec un système de rétrocessions : il limite la baisse des coûts car les frais de gestion intègrent la rémunération du distributeur. Une partie significative des frais, souvent entre un tiers et la moitié, est reversée à la banque, à la plateforme ou au conseiller en gestion de patrimoine en charge de la commercialisation du fonds. Cela limite la marge de manœuvre des sociétés de gestion pour réduire leurs tarifs sans réduire la part des distributeurs, qui n’auraient alors plus d’intérêt commercial à les proposer.
En France, encore
des frais d’entrée...
En conséquence, la concurrence par les prix est affaiblie et les frais restent structurellement élevés, même lorsque les coûts de gestion baissent ou que la gestion passive gagne du terrain. Les frais d’entrée ou de sortie représentent un obstacle supplémentaire. En France, ces frais existent encore pour les investisseurs particuliers même s’il est souvent possible de les négocier, voire d’obtenir des parts sans commissions. Les ETF, pour leur part, n’appliquent pas de commissions d’entrée ou de sortie, et leur mode de distribution sans rétrocessions les rendent plus compétitifs.
En définitive, si la progression de la gestion passive a permis une diminution généralisée des frais, la France se distingue encore par des niveaux de frais supérieurs par rapport à certains voisins européens, particulièrement pour les fonds gérés activement vendus aux investisseurs particuliers. Dans ce contexte, se tourner vers des solutions à faible coût, comme les ETF, représente un atout majeur pour optimiser le rendement net sur le long terme.