L’heure de la démocratisation a sonné pour le non coté

Créé le

27.05.2025

-

Mis à jour le

28.05.2025

Puissant levier de croissance pour les entreprises françaises, le non coté séduit par ses perspectives de rendement et son impact concret sur l’emploi, l’innovation et la transition écologique. Zoom sur une révolution discrète mais décisive dans le paysage de l’épargne patrimoniale.

C’est l’une de la famille des actifs privés, aux côtés de la dette privée et des infrastructures. Le capital-investissement, ou private equity, consiste à investir dans des entreprises non cotées, souvent à fort potentiel de croissance. Ce mode de financement a permis d’accompagner des milliers de start-up, petites et moyennes entreprises (PME) et entreprises de taille intermédiaire (ETI) françaises dans leur développement, leur transformation ou leur transmission. Il joue un rôle essentiel dans la création d’emplois, l’innovation industrielle et la transition écologique. En 2024, tous segments confondus, près de 10 700 entreprises sont accompagnées par le capital-investissement français.

Une classe d’actifs peu accessible aux particuliers

Et pourtant, il reste encore très peu accessible aux épargnants : à peine 0,2 % de l’épargne des Français y est aujourd’hui allouée, essentiellement via l’assurance vie en unités de compte. Ce chiffre contraste fortement avec d’autres pays européens, comme les pays nordiques, ou encore les États-Unis, où la part de l’épargne individuelle investie dans le non coté est nettement plus élevée. Ce paradoxe s’explique par plusieurs freins historiques : complexité perçue, manque d’information, faible liquidité, et surtout un accès limité à travers les produits d’épargne classiques. Résultat : une classe d’actifs performante, mais encore élitiste. Face à ce constat, France Invest, l’association des investisseurs pour la croissance, s’est fixé une mission claire : rendre le capital-investissement plus lisible et plus accessible.

À la base, un travail pédagogique

L’association a lancé une boîte à outils pédagogique à destination des épargnants et de leurs conseillers. Objectif : expliquer simplement ce qu’est le capital-investissement, comment il fonctionne, ses atouts et ses risques. Une manière de démystifier un univers trop souvent perçu comme réservé aux investisseurs professionnels.

Parallèlement, France Invest travaille étroitement avec les autorités publiques et les acteurs de la gestion d’actifs pour favoriser l’inclusion du non coté dans les produits d’épargne, notamment l’assurance vie et les plans d’épargne retraite. Une dynamique collaborative, structurée autour d’un objectif commun : flécher une part croissante de l’épargne française vers l’économie productive.

Des résultats suivis annuellement

Enfin, France Invest publie depuis 2024 une étude annuelle sur les levées, les caractéristiques, les rendements et les frais des fonds ouverts aux particuliers. Ce rapport a pour but d’apporter des faits concrets et de la transparence sur ce segment pour mieux informer toutes les parties prenantes : gérants, distributeurs, épargnants, pouvoirs publics.

La transformation du cadre réglementaire joue un rôle clé dans l’ouverture du capital-investissement aux particuliers. En 2019, la loi Pacte avait amorcé le mouvement en autorisant l’inclusion de fonds non cotés dans les contrats d’assurance vie. Mais faute d’incitation à la distribution et au référencement, la mesure était restée symbolique.

Fort effet attendu de la loi industrie verte

C’est la loi Industrie verte, promulguée en 2023, qui a marqué un véritable tournant. Elle impose aux assureurs une allocation minimale d’actifs non cotés – entre 4 % et 8 %, selon le profil de risque – dans les contrats d’épargne retraite en gestion pilotée, dans certains profils de gestion en assurance vie. Ce mécanisme vise à orienter une part significative de l’épargne des Français vers le financement de la transition écologique, en particulier la décarbonation des PME et des ETI. Cette exigence, progressive car visant les flux à venir et non les stocks déjà constitués, devrait entraîner une réallocation de plusieurs milliards d’euros dans les cinq prochaines années.

Dans ce contexte, l’investissement responsable s’impose comme une attente forte. L’intégration des critères ESG (environnement, social et de gouvernance) dans les produits d’épargne est devenue un prérequis pour de nombreux épargnants, désireux de conjuguer rendement et impact. La même loi Industrie verte a d’ailleurs instauré le Plan d’épargne avenir climat (PEAC), destiné aux jeunes et orientant l’épargne vers des projets verts. Au-delà d’un simple produit financier, c’est une culture nouvelle de l’investissement qui émerge : plus engagée, plus exigeante, plus transparente.

L’atout de l’économie réelle

L’ouverture du capital-investissement au grand public ne vise pas à concurrencer les investisseurs institutionnels, mais à diversifier les sources de financement des entreprises. En 2024, 2,7 milliards d’euros ont été levés auprès des particuliers. Cette somme est encore modeste au regard des besoins du secteur, mais en nette progression. Pour comparaison, ce chiffre était de 2 milliards d’euros en 2023.

Cette montée en puissance reflète une tendance de fond : l’appétence croissante des Français pour des placements à long terme, ancrés dans l’économie réelle. Les sociétés de gestion s’adaptent en proposant des produits dédiés, avec des tickets d’entrée plus accessibles, une meilleure lisibilité et des mécanismes de liquidité partielle. Les plateformes numériques jouent également un rôle croissant dans cette ouverture, en permettant aux particuliers d’accéder à des fonds ou à des entreprises en direct. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large. En 2024, les fonds de capital-investissement français ont investi plusieurs dizaines de milliards d’euros, soutenant des centaines d’entreprises – des PME industrielles de territoire aux projets d’infrastructure verte. Le mouvement de démocratisation est en marche, soutenu par une volonté politique affirmée, des réformes structurantes et un travail pédagogique constant porté par les professionnels du secteur.

Des défis encore à relever

Ce qui relevait hier du placement de niche devient peu à peu une composante naturelle de l’épargne patrimoniale. Le capital-investissement n’est plus l’affaire exclusive des institutionnels ou des grandes fortunes. Il devient un outil de diversification, de performance à long terme et d’engagement économique, à la disposition des épargnants qui souhaitent donner du sens à leur épargne.

Les défis restent nombreux : gérer la liquidité, assurer une information claire sur les risques, développer des supports adaptés aux différents profils d’investisseurs. Mais les fondations sont solides, et les signaux sont encourageants. Pour beaucoup d’épargnants, le capital-investissement représente aujourd’hui bien plus qu’un rendement : c’est une manière d’agir concrètement pour le tissu économique français, pour l’emploi, pour la planète. Il a donc du potentiel devant lui, aidé de surcroît par son utilité dans le financement de l’économie.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº905
Les enveloppes privilégiées pour distribuer le non coté financier
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