Fidèle défenseur de l’épargne longue, l’Afer (Association française d’épargne et de retraite) a, depuis sa création en 1976, bâti un modèle associatif unique reposant sur une conviction fondatrice inchangée depuis lors : l’épargne appartient aux épargnants ! Or les Français qui placent leur argent en assurance vie n’ont pas besoin de promesses, mais de repères, de stabilité et de confiance. Ce combat de défense des intérêts des épargnants que nous menons depuis un demi-siècle se matérialise notamment dans la détermination du taux de rendement du fonds en euros versé à nos 748 000 adhérents (voir encadré ci-dessous).
L’allocation d’actifs détermine 80 % du rendement
Trois étapes successives participent à la construction de ce taux qui repose sur cinq piliers (voir encadré ci-dessous). La première étape concerne la construction de l’allocation stratégique. L’Afer vise alors à créer le maximum de richesse. Abeille Assurances, notre assureur, lui, y voit un risque, ou un coût en capital qu’il convient de réduire. Cette phase est fondatrice, car elle détermine environ 80 % du rendement, pour les assurés, et du risque, pour l’assureur, qui garantit le capital des assurés. L’Afer et l’assureur convergent sur l’essentiel. La principale source de rendement pour l’un, et de réduction de risque pour l’autre, est un horizon d’investissement long. Celui-ci rémunère les obligations par la prime de terme (en ce moment une obligation à 30 ans de l’État français offre un supplément de rendement de 0,94 % par rapport à une obligation à 10 ans) et réduit le risque des autres actifs. Les actions, par exemple, aussi loin que l’on puisse remonter et sur tous les marchés, n’ont jamais affiché de rendement négatif sur des périodes de plus de 15 ans (dividendes inclus). Cet horizon d’investissement est un moyen pour l’Afer de rétribuer la fidélité à toute épreuve de ses adhérents qui, en moyenne, détiennent leur contrat durant plus de 20 ans. Pour les nouveaux adhérents, le contrat Afer Génération (qui vient de rapporter 4,05 %) a été conçu en reposant sur une fidélité de huit ans.
Le tribut de Solvabilité 2 : peu d’actions en portefeuille
La convergence harmonieuse des intérêts a une limite nommée Solvabilité 2, qui réduit l’horizon d’analyse du risque à un an. Cette myopie crée inutilement une divergence de vues entre l’assureur et l’association et elle réduit fortement notre capacité à financer l’économie réelle, donc à créer de la valeur pour tous. L’Afer, il y a quelques années, avait joué à cet égard un rôle salutaire auprès d’EIOPA. Au final, ce premier temps nous conduit à bâtir un portefeuille très largement investi en obligations et dettes non cotées (à 82 %). Elles sont majoritairement détenues en direct, notamment les plus longues qui sont émises par l’État français, mais également par le biais d’organismes de placement collectif (OPC) pour les plus risquées, comme les titres à haut rendement, ou pour les moins liquides, comme les dettes privées.
Les autres postes d’investissement sont les actions et l’immobilier. Les actions sont détenues sous forme d’OPC à hauteur de 8 % (y compris le non-coté). C’est trop peu, car elles apportent un supplément de rendement appréciable sur le long terme, mais c’est le tribut qu’impose Solvabilité 2.
L’immobilier, qui pèse 8,6 %, est détenu en parts à peu près égales en direct ou par le biais de fonds. C’est un actif plus sage, qui apporte une bonne couverture contre l’inflation, et sa détention est plus consensuelle. Enfin, le solde est composé d’un volant inévitable de trésorerie que nous cherchons souvent à minimiser.
Un bon taux : le rendement naturel du portefeuille
Une fois l’allocation stratégique élaborée en bonne intelligence, la gestion est mise en œuvre, sous la responsabilité exclusive de l’assureur, par sa filiale de gestion. L’Afer lui fait confiance. Elle ne devient pas pour autant un simple spectateur, car elle veille au respect continu des orientations définies d’un commun accord, au sein d’un comité financier paritaire présidé par l’Association.
Le second temps est celui de la construction du rendement annuel distribuable aux assurés. Cette construction résulte d’un échange avec l’assureur. Le bon rendement, c’est le rendement « naturel » du portefeuille. Celui qui correspond à son rendement moyen sur longue période, en lissant les creux en cas de crise et les bosses en cas de bulle. Les volatilités sont capricieuses. La mer peut être agitée, il faut tenir le cap.
À ce stade, la partition est déjà écrite. La nature très obligataire du portefeuille assure qu’entre 80 % et 90 % du rendement découlent de la seule détention des actifs. On peut encore ajuster de 10 % à 20 % ce rendement récurrent par la réalisation d’une partie des plus-values potentielles. Le Code nous le permet.
La réalisation des plus-values est un vrai point d’interrogation. Pour l’assureur, qui doit conserver un volant de plus-values potentielles afin de ne pas doter une autre provision du nom très disgracieux de provision pour risque d’exigibilité des engagements (PRE), et pour l’Association, qui veille à ne pas fragiliser le bilan de son partenaire. Mieux vaut avoir un partenaire solide. On pense à lui et il doit penser à nous. Et c’est là où la fixation du rendement réellement distribué aux assurés entre en jeu.
Une PBB limitée en montant et dans le temps
Contrairement à de nombreuses compagnies d’assurances, l’Afer s’est assurée que 100 % des bénéfices sont distribués aux adhérents. La distribution annuelle du rendement peut se partager entre une distribution directe, immédiate et définitive au compte de l’assuré, et une mise en provision d’une partie de ce rendement, la Provision pour participation aux bénéfices (PPB), qui sera versée aux comptes des assurés dans plusieurs années. L’Afer limite le délai de reversement de cette provision à six ans, moins que le délai réglementaire (huit ans). Elle n’est pas adepte de cette coutume, qui induit un transfert de rémunération entre les assurés, voire une perte sèche si cette provision est indéfiniment renouvelée. J’ajoute qu’il faut tenir compte de notre pyramide des âges et nous n’allons pas dire à nos 450 centenaires de « revenir » dans six ans pour percevoir leur PPB. Ainsi, une compagnie fragile pourrait être tentée de mettre une part importante du rendement en PPB, décevant ainsi ses clients et dégageant de la sorte des quasi-fonds propres à leur détriment. Les gros assureurs le font parfois.
Une autre manipulera son taux et affichera opportunément un « taux artificiel » dans le seul but de servir sa stratégie commerciale. Les « petits » assureurs, qui ne gèrent pas une épargne comparable à l’Afer, soit 57 milliards d’euros, le font souvent. Ils manipulent des « faux taux », des taux artificiels affichés opportunément.
À vrai dire, l’Afer n’a jamais cherché à « faire » de bons taux. Elle préfère dégager le taux qu’elle doit, ce qu’elle peut et ce qu’il faut, le taux normal, sain et durable, qui correspond en moyenne à la stratégie fixée de concert avec l’assureur, aux risques choisis en conscience pour qu’elle puisse se distinguer par le haut sur le temps long. Nous n’avons pas toujours été les premiers, jamais les derniers, ni même parmi les « mauvais ». Et nous avons même parfois eu l’élégance de laisser la première place à d’autres sur le podium, un champion se distinguant par sa régularité et non par des « coups ».
Ce troisième et dernier temps de la négociation du taux avec l’assureur est parfois tendu. J’ai pratiqué cet exercice une vingtaine de fois, et à vrai dire, je n’ai jamais apprécié le terme de « négociation », car on ne négocie pas un dû. S’il m’est arrivé, deux ou trois fois en vingt ans, d’entrer dans une telle dialectique, c’est que le partenaire assureur, plus soucieux de lui que de nous, substituait au dialogue harmonieux un insupportable monologue sans issue. Les choses ont heureusement changé !
Un bon taux, pas une illusion nominale
En définitive, un bon taux est celui qui préserve la sécurité de l’épargne, donc de l’assureur qui en est le garant, tout en apportant une bonne rémunération. C’est un taux conforme au respect des engagements mutuels, notamment celui de redistribuer chaque centime issu du placement des fonds qui nous ont été confiés par les adhérents. Le taux garanti va lui-même porter intérêt l’année suivante, via l’effet de cliquet. À cet égard, la confiance n’excluant pas le contrôle, l’Afer diligente presque tous les ans un audit statutaire des produits financiers et du taux distribué.
Enfin, sur le plan économique, un bon taux s’efforce de ne pas être victime de ce que Keynes appelait, à propos des salaires, l’illusion nominale. Seul le taux réel devrait compter, c’est-à-dire celui déflaté de la hausse des prix. Il est positif lorsque le pouvoir d’achat des épargnants a été préservé. C’est ce que l’Afer a obtenu depuis les années 1980 sur chaque période glissante de cinq ans, au pire huit ans, lorsque, dans la période récente, la longue période de taux bas fut suivie d’un pic de l’inflation.
La force du modèle Afer repose sur un cadre contractuel précis, une gouvernance exigeante et une surveillance financière continue. Notre fond est cantonné, ses actifs sont isolés. En aucun cas, il ne serait concevable d’attribuer artificiellement la performance à un contrat plutôt qu’à un autre. Tous les adhérents sont traités de la même façon conformément aux engagements contractuels. En bon berger, l’Afer veille à un taux naturel, plein et entier au profit de tous les adhérents. Elle restera toujours en marge de pratiques commerciales, car ce qu’elle recherche, c’est une performance unique et durable.