Retraites, épargne et inflation : les choix de placement
face aux enjeux de demain

Créé le

15.06.2023

Dans un contexte macroéconomique incertain, les Français sont confrontés à des défis croissants en termes d’épargne et d’investissement. Ils nécessitent une exploration approfondie de solutions adaptées.

Les échanges ont souligné les défis croissants auxquels les Français sont confrontés en matière d’épargne et d’investissement sur les marchés boursiers, aggravés par une conjoncture défavorable marquée par la hausse des taux et le retour de l’inflation. L’incertitude entourant le système de retraites a également été évoquée, suscitant des débats passionnés et nécessitant une exploration approfondie de solutions adaptées et une révision des options d’investissement. De plus, les générations plus jeunes ainsi que les femmes expriment un besoin croissant de solutions d’épargne plus diversifiées, ajoutant ainsi une pression supplémentaire à cette situation déjà précaire.

Les modèles nordiques : des approches innovantes

Les modèles observés chez nos homologues nordiques et américains ont été particulièrement intéressants pour étudier les approches innovantes en matière d’asset management. Dans ce contexte, il est essentiel d’interroger les solutions proposées par la gestion d’actifs et d’évaluer leur impact sur l’économie réelle.

Olivier Davanne (associé-fondateur de Risk Premium Invest) a abordé le fonctionnement du système de retraite en France. Il a souligné l’augmentation significative du poids des retraites dans le PIB en 2022, atteignant 13,8 %. Cependant, malgré une augmentation de la démographie, la part des retraites dans le PIB reste relativement faible en raison des réformes strictes mises en place. Ces réformes limitent les possibilités d’épargner pour prendre sa retraite plus tôt, car l’âge de départ est fixé. Néanmoins, la gestion d’actifs peut jouer un rôle crucial dans cette phase d’épargne en vue d’un départ anticipé.

Une comparaison intéressante a été faite par Olivier Rousseau (membre du directoire du Fonds de réserve des retraites – FRR) entre le système de retraite suédois et le FRR. En Italie, les retraites représentent 19 % du PIB, ce qui s’explique par une mauvaise situation démographique et un grand nombre d’emplois. En Suède, il est possible de prendre sa retraite entre 62 et 68 ans, mais ceux qui choisissent de partir à 62 ans bénéficient d’une retraite moins avantageuse. Ce système encourage les individus à travailler plus longtemps. La Suède ne fonctionne pas entièrement avec un système de capitalisation : 60 % des pensions proviennent de la répartition et 40 % de la capitalisation. De plus, des accords professionnels prévoient que les cotisations, réparties entre employeur et employé, soient versées dans des fonds de pension par capitalisation.

Olivier Rousseau présente le système suédois comme moins complexe que le Français, grâce à un système à compte notionnel. Il est basé sur un décompte par points. La valeur du point évolue afin d’assurer un rééquilibrage automatique du système. De plus, le système suédois est soutenu par des réserves. En France, le FRR dispose de 22 milliards d’euros de réserves uniquement (soit 1 % du PIB). En comparaison, la Suède dispose de plusieurs fonds de pension d’environ 40 milliards (environ 30 % du PIB). En Norvège, près de 200 % du PIB est disponible en réserves. Les Pays-Bas, qui ont lancé leur système de retraite au milieu des années 1980, disposent également de fonds de pension représentant environ 200 % du PIB, ce qui met en évidence l’importance accordée à la préparation de la retraite dans ces pays. Olivier Rousseau estime qu’un bon modèle consiste en un mélange de répartition et de capitalisation. Un système de répartition expose à l’évolution de la masse salariale et aux changements démographiques du pays. Si l’économie du pays ne se porte pas bien et la masse salariale évolue défavorablement, cela peut avoir un impact négatif. D’un autre côté, un système de capitalisation est soumis à l’évolution des actifs. Dans un système fortement investi à l’international, cela expose aux performances des actifs internationaux.

Benoît Tassou (directeur du Pôle Réseaux Partenaires France, Épargne Salariale et Retraite chez Amundi) a abordé la question de la gestion du manque de culture financière des épargnants. Selon lui, l’une des conséquences est la prédominance de l’investissement immobilier : environ 60 % de l’épargne des ménages français y est allouée. En raison des contraintes financières liées à la pression démographique, l’épargne individuelle est destinée à jouer un rôle de plus en plus important dans le financement des retraites. Il a souligné l’importance des outils fournis par les fintechs et l’asset management pour accompagner les épargnants dans leurs décisions. La création de valeur est devenue plus difficile récemment mais il existe toujours des perspectives pour amortir les frais et optimiser les rendements.

Optimiser son épargne et sa retraite : les solutions des marchés financiers

Les produits d’épargne sont diversifiés et il peut parfois être difficile de comprendre leurs différences et utilisations spécifiques. Les débats ont mis en lumière les divers moyens d’accéder aux marchés financiers, via un PEA ou un Percol par exemple, et quels paramètres sont à prendre en compte lors des choix. En effet, à 25 ans ou à 40 ans, les objectifs de placements seront différents. L’investisseur doit comprendre ses besoins et objectifs afin de faire les meilleurs choix. Il peut bien évidemment demander de l’aide à un conseiller. Un des nombreux points importants à retenir est de ne pas avoir peur de s’y prendre tôt, comme l’a dit Charlotte Thameur (membre du Comité de direction de Yomoni) : « On ne prépare pas sa retraite la veille ». Il faut donc prendre en compte son horizon de placement. En effet, les investissements ne sont pas les mêmes si on souhaite investir pendant cinq ans ou une vingtaine d’années. Comme énoncé par Laurent Clavel (directeur des investissements multi-asset chez Axa Investment Managers), les risques ne sont pas les mêmes suivant l’âge d’investissement. Un étudiant pourra prendre bien plus de risques qu’une personne de 40 ans avec enfants et des prêts à rembourser, par exemple.

Les avantages et les inconvénients des différentes formes d’épargne ont été exposés. Charlotte Thameur a abordé le PER/Percol, qui bénéficie d’une défiscalisation. Cette approche permet aux individus de réduire leurs impôts en investissant sur le marché financier. Cependant, il est important de noter que l’avantage fiscal devra être restitué ultérieurement et que les fonds investis sont complètement bloqués, sauf exceptions. Si l’on a du mal à mettre de l’argent de côté, cet outil peut être une solution. Toutefois, si l’on a besoin d’une certaine flexibilité, le PEA sera plus adapté. Il est également crucial de rester vigilant quant à ses investissements. Comme le souligne Charlotte Thameur, « le label d’investissement ne définit pas l’investissement lui-même ». Il est essentiel de comprendre les risques associés à chaque solution d’investissement et de ne pas se laisser séduire par les aspects purement marketing de certains produits.

Une fois que le choix du produit d’investissement est fait, il est important de se pencher sur la construction d’un portefeuille, comme l’a souligné Laurent Clavel. Il a mis en évidence la différence de perspective entre les gestionnaires obligataires, qui peuvent adopter une approche pessimiste en raison du risque de défaut, et les gestionnaires d’actions, qui peuvent être optimistes et évoquer les opportunités de hausse des cours. Il est essentiel de prendre en compte la corrélation entre actions et obligations, ainsi que d’examiner d’autres aspects de la distribution, afin d’obtenir une construction de portefeuille équilibrée.

Laurent Clavel a également discuté de l’utilisation de produits dérivés et de la simulation de différents scénarios. Il a souligné l’ajout potentiel d’une option d’achat (call) pour évaluer les risques et les opportunités. Ces produits dérivés sont beaucoup plus techniques que les simples actions ou obligations.

Ivana Davau (directrice de la gestion de fortune et iShares chez BlackRock) a abordé le sujet des ETF (Exchange-Traded Funds), des fonds indiciels négociés en bourse qui répliquent un indice. Ces investissements offrent une diversification en permettant aux investisseurs de s’exposer à un large éventail de titres compris dans une seule ligne de leur portefeuille. Ils sont particulièrement attractifs en termes de coûts : les frais de gestion des ETF sont généralement bien plus bas que ceux des OPC (Organismes de placement collectif). De plus, les ETF se distinguent par leur transparence, car les investisseurs peuvent connaître à tout moment la composition exacte du tracker. Un autre avantage majeur est leur accessibilité, car une variété de trackers est disponible sur différentes plateformes d’investissement.

En conclusion, la conférence a permis de mettre en lumière les enjeux actuels liés aux retraites, à l’épargne et à l’inflation, et l’importance de l’asset management pour trouver des solutions adaptées. Les intervenants ont souligné la nécessité d’une meilleure éducation financière, de la diversification des investissements et de la prise en compte des spécificités économiques et démographiques de chaque pays. Dans un contexte où l’incertitude règne, il est essentiel d’explorer de nouvelles approches et de tirer parti des outils et des expertises offerts par l’asset management pour relever ces défis.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº6
House of Finance Days - Deux tables rondes sur l’asset management
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Le jeudi 16 mars s’est tenue la conférence annuelle du master 222 Finance-Asset management. Lors de deux tables rondes, des professionnels renommés de l’industrie de l’asset management ont apporté leur analyse sur le sujet des enjeux auxquels elle fait face en matière d’épargne, de retraites et d’inflation.
Master finance 222 - Finance Asset Management
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Créé en 2000 à la demande des leaders du secteur eet en étroite collaboration avec eux, le Parcours 222, Finance-Asset Management est le premier spécialisé en gestion d’actifs. Proposé en alternance dès la première année et sur deux ans, ou à partir de la deuxième année, le parcours allie enseignement théorique et expérience pratique, incluant formation en alternance, projets et gestion d’un fonds. Il offre une formation variée, de la gestion d’actifs au marketing produit en passant par l’analyse financière. Son format en apprentissage (3 jours par semaine en entreprise, 2 à l’université) garantit que l’enseignement théorique puisse aller de pair avec l’acquisition de connaissances pratiques et de compétences opérationnelles.