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Au cours des derniers mois, les annonces d'opérations de fusions-acquisitions dans le secteur bancaire se sont multipliées. L'Italie illustre parfaitement cette accélération. Les conditions y sont réunies pour favoriser les rapprochements : les possibilités de croissance organique restent limitées, le marché est fragmenté entre de nombreux établissements de taille intermédiaire et les deux premières banques du pays, Intesa et UniCredit, ne détiennent ensemble qu'environ 30 à 35 % des prêts et dépôts nationaux. Dans ce contexte, « les fusions-acquisitions permettent d'améliorer les économies d'échelle et de renforcer l'efficacité opérationnelle », note Standard & Poor’s dans une étude.
La cible reste, plus que jamais, Monte dei Paschi, la banque toscane sauvée d’une faillite retentissante en 2017. Après avoir racheté l'an dernier la banque d'affaires milanaise Mediobanca, elle se retrouve face à un véritable dilemme : entre l'offre d'Intesa Sanpaolo à 30,6 milliards d'euros et les avances de Banco BPM, laquelle choisira-t-elle ? Ou les rejettera-t-elle toutes deux ? Le 8 juin, Intesa Sanpaolo a en effet lancé une OPA portant sur 100 % du capital de MPS, la veille, la quatrième banque du pays Banco BPM avait proposé d'engager des discussions en vue d'une fusion amiable. Pour l'heure, la banque toscane, dirigée par Luigi Lovaglio, a pris acte des deux propositions qu'elle entend étudier attentivement. « Tant qu'une banque n'appartient pas au groupe des trois premiers acteurs de son marché, elle reste potentiellement une cible », explique Arnaud Journois, analyste chez Morningstar DBRS. « C'est ce que l'on observe dans plusieurs pays européens : les grands acteurs rachètent progressivement les établissements de taille intermédiaire. » Toujours en Italie, le sixième établissement du pays, BPER, a ainsi intégré Banco Popolare di Sondrio en avril. Toutes les offensives n'ont cependant pas abouti. BBVA a échoué à racheter sa compatriote Sabadell, et UniCredit n'a pu mener à bien son projet sur Banco BPM. En cause, un interventionnisme gouvernemental que les autorités européennes voient d'un mauvais œil : début juin, Bruxelles a renforcé sa procédure d'infraction contre l'Espagne, estimant que les règles utilisées par Madrid pour freiner l'OPA de BBVA contrevenaient au droit européen, notamment à la liberté d'établissement et à la libre circulation des capitaux.
En attente d’une mutualisation des ressources
La dimension politique est particulièrement sensible dans les opérations transfrontalières, comme en témoigne l'hostilité du gouvernement allemand face à la montée d'UniCredit au capital de Commerzbank. « Les gouvernements considèrent qu'ils ont la responsabilité de protéger l'épargne de leurs citoyens », analyse Élie Farah, associé chez Oliver Wyman. « Tant qu'il n'existe pas de système européen pleinement intégré de garantie des dépôts, les États restent réticents à une plus grande mutualisation des ressources bancaires, craignant qu'en cas de crise, les fonds disponibles dans une filiale nationale soient mobilisés au profit d'autres juridictions. »
Dans ce contexte de méfiance, le rachat de la banque portugaise Novo Banco par le groupe mutualiste français BPCE pour 6,7 milliards d'euros constitue néanmoins une étape décisive vers la création de champions bancaires européens. Pour BPCE, dont 77 % des revenus proviennent de France, il s'agit aussi d'une nécessaire diversification géographique. D'autres opérations illustrent la même logique de rééquilibrage. Après la cession de 49 % de sa filiale polonaise, Santander a annoncé, début juillet 2025, le rachat de la britannique TSB à sa rivale Sabadell pour 2,65 milliards de livres. Crédit Mutuel Alliance Fédérale, lui, a acquis l'Oldenburgische Landesbank pour déployer son modèle de bancassurance en Allemagne, son deuxième marché domestique. Quant à BNP Paribas, le rachat d'AXA IM lui permet de créer une plateforme européenne de gestion d'actifs de plus de 1 500 milliards d'euros, le hissant au rang de leader européen de la gestion de l'épargne à long terme pour les assureurs et fonds de pension : « Les acquisitions opportunistes des banques continueront de dominer dans l'assurance, la gestion d'actifs, la banque privée et les métiers générateurs de commissions, conclut Arnaud Journois. « Les grandes fusions transfrontalières, elles, attendront la levée des obstacles politiques. »