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Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre ?
Pendant sept ans, nous avons formé avec Nicolas Théry un duo de direction complémentaire à la tête du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, lui comme président, moi comme directeur général. Avec nos élus et nos salariés, nous sommes revenus aux sources de notre modèle pour transformer notre entreprise avec la volonté d’incarner le mutualisme de la preuve. Notre ambition : être à la fois performant et contribuer à la transformation de l’économie et de la société, quitte à renoncer à des revenus. Avec ce livre, nous avons souhaité témoigner de notre expérience commune et mettre en avant la force du modèle mutualiste, insuffisamment connu aujourd’hui. Nous espérons que beaucoup de personnalités engagées s’y retrouveront et ainsi susciter des vocations, y compris auprès du monde capitaliste.
En quoi le mutualisme, né au XIXe siècle, constitue-t-il aujourd’hui une forme d’organisation moderne ?
Le mutualisme peut être un atout face aux défis de notre temps, notamment en raison de la dimension collective et démocratique qu’il porte. Dans un monde où les repères vacillent, il y a un besoin immense d’institutions collectives capables d’innover et d’agir au service de l’intérêt de la société. Très présent en France, particulièrement dans l’univers des assurances et de la banque, ce modèle a démontré sa pertinence à travers sa capacité à marier performance économique et responsabilité sociale, qualité du service quotidien et souci du long terme. Il est évident que la mutualisation crée un bénéfice supplémentaire par rapport à d’autres modèles. Son objectif n’est pas de thésauriser mais de transformer et de faire évoluer la société. Sans la pression d’actionnaires et en jouant la carte du bien commun, le mutualisme permet de conduire des stratégies à long terme et d’investir en conséquence... sans pour autant nuire à l’efficacité économique.
L’exemple du Crédit Mutuel est éloquent : alors que, pour nous, le profit n’est pas un objectif en soi, nous figurons parmi les banques les plus efficaces et solides d’Europe. Notre performance va de pair avec la solidarité. Un exemple parlant est notre combat contre les discriminations de santé pour l’accès à la propriété : notre engagement pionnier en assurance emprunteur est devenu une loi, en 2022.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué comme dirigeant d’entreprise mutualiste ?
Sans aucun doute, notre transformation en tant qu’entreprise à mission en 2019, à la suite de la loi PACTE. Compte tenu de notre mode de gouvernance basé sur un système électif et décentralisé, il a fallu faire preuve de beaucoup de conviction et de pédagogie au sein même de notre corps social, pour transformer un engagement collectif en un engagement individuel. Mais cette transformation était une évidence, une façon d’inscrire notre engagement dans le marbre. En effet, le statut d’ « entreprise à mission » oblige à expliciter ses objectifs sociaux ou environnementaux, à leur associer des engagements concrets et enfin à leur adjoindre un dispositif de contrôle indépendant. Aujourd’hui, je pense que le défi des entreprises mutualistes et coopératives est justement de passer d’un mutualisme d’incantation à un mutualisme de la preuve.
Dans le secteur bancaire, l’intégrité du modèle mutualiste n’est-elle menacée par la réglementation européenne ?
Avec nos confrères des banques coopératives et mutualistes européennes, nous avons des arguments et des atouts à faire valoir. Je pense même que le mutualisme bancaire français pourrait influencer le paysage économique bien au-delà de son périmètre. Cela dit, sa place dans la réglementation européenne est complexe, car les grands bancassureurs français sont sous la supervision consolidée de la BCE, qui pousse pour un alignement et une harmonisation des pratiques autour de modèles plus anglo-saxons. Nous sommes donc amenés à échanger régulièrement avec le superviseur et à plaider pour une meilleure prise en compte des spécificités de notre modèle.
Pour une société plus mutuelle, Daniel Baal et Nicolas Théry, Éditions de l’Aube, 163 pages, 15 €