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La crédibilité des banques centrales est aujourd’hui malmenée. Quel est votre regard ?
L’élément frappant de ces dernières années concerne les interventions croissantes des banques centrales bien au-delà de la définition stricte de leurs responsabilités en matière de politique monétaire. Elles se sont trouvées embarquées dans des problématiques climatiques, de développement des moyens de paiement numériques et des cryptos. Et surtout, face à l’endettement public, elles ont été amenées à intervenir massivement sur le marché des obligations d’État : avec de gigantesques fonds investis en emprunt d’État, elles ont facilité le financement des déficits budgétaires. Toutes ces évolutions font d’elles un acteur géopolitique. À tort, car ces nouveaux domaines d’action ne relèvent pas de leur métier. Il est urgent de recentrer le rôle des banques centrales sur leurs fonctions essentielles, à savoir la maîtrise de l’inflation et le maintien de la stabilité financière.
Comme vous l’expliquez dans votre ouvrage, les banques centrales sont aujourd’hui gorgées d’emprunt d’État et bloquées dans un rôle d’investisseur. Quelles sont vos préconisations pour dégonfler leurs bilans ?
Depuis la crise financière, leur bilan a explosé pour atteindre sept fois le montant d’il y a vingt ans. Cette évolution est surtout due à leurs interventions et aux diverses activités d’assouplissement quantitatif. Dès lors, les banques centrales sont devenues une partie du problème, au lieu d’être la solution. La seule issue, à mon avis, serait une forme de titrisation des actifs acquis pour des raisons budgétaires et non monétaires. Les banquiers centraux réfutent cette option de titrisation de la dette publique, mais il leur faudra peut-être s’y résoudre.
Quels sont les grands défis auxquels sont confrontées les banques centrales pour pouvoir remplir leur mission ?
Il y a un défi majeur autour de leur indépendance qui tend à être mise à mal par le monde politique. En témoigne l’attaque frontale de Donald Trump sur la direction de la Réserve fédérale ! Pour que les banques centrales puissent remplir leurs missions, il faut clarifier les limites des politiques monétaires et budgétaires et, plus globalement, les domaines de compétences des banques centrales. Quitte à aller jusqu’à réformer leurs statuts et leur gouvernance pour les protéger des interférences politiciennes dangereuses.
Dans le même temps, elles doivent aborder un défi technologique lié au développement des moyens de paiements numériques, cryptos, stablecoins... Si elles sont bien sûr concernées par ces évolutions, elles n’en sont pas les acteurs et n’en assurent pas la réglementation. La prudence est donc de mise sur leurs projets de monnaie numérique. Enfin, récemment, les guerres en Ukraine et surtout au Moyen-Orient sont venues ajouter un sérieux facteur de déséquilibre financier. La hausse des prix du pétrole entraîne une augmentation de l’inflation qui provoque une augmentation des taux d’intérêt. Comme on a un déficit budgétaire financé par la dette, on a un effet boule de neige. Il faut arrêter le massacre !
En tant que banquier à New York, comment percevez-vous l’évolution de la situation financière mondiale ?
La situation européenne est meilleure que celle des États-Unis, où la banque centrale est tellement engagée dans la détention d’emprunts d’État qu’elle manipule le marché de la dette publique et permet au gouvernement d’ignorer les besoins de désendettement. Je n’aime pas jouer les Cassandre, mais on voit bien que les banques centrales vont se retrouver dans une situation de précarité lors de la prochaine crise financière, dont il est probable qu’elle sera plus importante et plus grave que celle de 2008. Il est impératif de trouver un consensus politique pour mettre en place les mesures adéquates, à commencer par l’arrêt des guerres. Il faut aussi arrêter les dépenses exorbitantes des États, en attaquant de front le rapport entre dépenses et revenus. À cet égard, on ne pourra pas échapper à des hausses d’impôts.