Face à l’essor retentissant des stablecoins en dollars comme moyen de paiement numérique, un front bancaire européen se dessine pour répondre à leur menace. Le 25 septembre, neuf banques européennes – ING, Banca Sella, KBC, Danske Bank, DekaBank, UniCredit, SEB, CaixaBank et Raiffeisen – ont annoncé s’unir pour lancer un stablecoin en euros conforme au règlement européen sur les marchés des crypto-actifs (MiCA). Basé sur la blockchain, cet instrument de paiement numérique à faible coût rend les paiements transfrontaliers efficaces et quasi instantanés, 24h/24 et 7j/7. Il offre en outre la programmabilité des paiements, des améliorations dans la gestion des chaînes d’approvisionnement et le règlement des actifs numériques. Ouvert à de nombreux membres, le consortium a créé une société aux Pays-Bas pour obtenir une licence d’établissement de monnaie électronique, sous la supervision de la Banque centrale néerlandaise. Cette initiative vise à offrir une véritable alternative européenne au marché des stablecoins, dominé à plus de 98% par des stablecoins en dollars soutenus par les autorités américaines via le Genius Act de juillet 2025. Cette loi impose que chaque stablecoin soit entièrement couvert par des dollars ou des bons du Trésor américains.
BNP Paribas s’allie à d’autres
Un deuxième consortium de banques européennes, américaines et asiatiques – composé de BNP Paribas, Banco Santander, Bank of America, Barclays, Citi, Deutsche Bank, Goldman Sachs, MUFG, TD Bank et UBS – a annoncé le 10 octobre qu’il réfléchissait à l’émission d’une monnaie digitale adossée à des réserves à parité 1 pour 1, centrée sur les devises des pays du G7. Son but est d’évaluer la pertinence d’une offre sectorielle commune pour tirer parti des bénéfices des actifs numériques, renforcer la concurrence et garantir la conformité aux meilleures pratiques de risques et de gouvernance.
Dans une note consacrée à ces actifs numériques de plus en plus utilisés comme nouveau moyen de paiement, Paris Europlace appelle à une stratégie coordonnée pour préserver la souveraineté monétaire européenne. L’institution note que l’obligation, pour les émetteurs de stablecoins, de détenir des actifs sûrs, comme les bons du Trésor, fait de ces monnaies numériques un soutien direct au financement de la dette américaine. Selon elle, les émetteurs de stablecoins classés à la 17ᵉ position des détenteurs étrangers de Treasuries fin 2024, pourraient, d’après des estimations, devenir le premier d’ici cinq ans. De même, les flux entrants vers les stablecoins en dollars font baisser les taux américains, réduisant le coût de la dette. À l’inverse, les flux sortants les font remonter, ce qui renforce le dollar. Dans les deux cas, les États-Unis y trouvent un avantage.
SG Forge en précurseur
Soutenant l’émission de stablecoins en euros par les banques européennes dans un cadre réglementaire sûr, Paris Europlace estime que les stablecoins européens peuvent jouer un rôle légitime, « qu’ils soient en euros ou dans d’autres devises », à condition qu’ils servent les intérêts économiques et financiers de l’Europe. SG-Forge illustre cette position. La filiale de Société Générale dédiée aux crypto-actifs a lancé en avril 2023 l’EUR CoinVertible (EURCV), un stablecoin en euros, puis en juin 2025 l’USD CoinVertible (USDCV), un stablecoin en dollars. Les deux sont conformes à MiCA et non accessibles aux investisseurs américains. Fin septembre, l’USDCV a été déployé sur la plateforme Bullish Europe et les deux stablecoins ont été intégrés aux protocoles de finance décentralisée (DeFi), Morpho et Uniswap, ouvrant l’accès aux marchés du prêt, de l’emprunt et du spot sur la blockchain Ethereum. Le 14 octobre, SG-Forge et Bitpanda ont renforcé leur partenariat, donnant aux clients particuliers européens accès à l’EURCV et l’USDCV via la plateforme et le portefeuille DeFi de Bitpanda.