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Vers une hausse de 10 %
du coût du risque en 2025 ?

Créé le

26.05.2025

-

Mis à jour le

02.06.2025

Le coût du risque est un élément majeur de la rentabilité bancaire. L’analyse de ses principaux déterminants
permet d’anticiper, après la prise en compte de la situation économique. Bilan des courses : 2025 ne sera pas un exercice catastrophique, mais il devrait être moins bon.

Au cours des dernières années, une série de défis exogènes ont profondément influencé la gestion, par des banques françaises, de leur coût du risque ; la crise sanitaire mondiale, les tensions géopolitiques accrues et la menace persistante d’une récession économique ont joué un rôle clé dans la dynamique financière du secteur bancaire. La gestion du coût du risque dépend de l’équilibre de plusieurs forces. Comprenons lesquelles, pour anticiper son évolution.

Premier constat : dans un contexte de taux d’intérêt élevés, de pressions politiques et économiques, l’année 2024 a été marquée par des défis significatifs pour les banques françaises. Plusieurs établissements ont vu leur coût du risque augmenter sensiblement ces dernières années. Regardons de plus près à partir des chiffres du 4e trimestre 2024.

Une dynamique favorable
au 4e trimestre 2024

Le coût du risque de BNP Paribas s’est établi à 878 millions d’euros, en baisse de 10 % par rapport aux 972 millions d’euros de la période équivalente de 2023. Cette diminution marque un retour vers des niveaux plus maîtrisés après les tensions observées en 2023. Cette baisse s’explique par une politique de gestion rigoureuse des risques, avec des reprises sur certains portefeuilles et une stabilisation des défauts dans les activités de financement et d’investissement. Cependant, certaines pressions subsistent sur les services financiers spécialisés, en raison d’un environnement toujours marqué par une normalisation des taux d’intérêt et une rentabilité sous pression dans certains segments.

De son côté, le coût du risque du Groupe BPCE atteint 596 millions d’euros, marquant une baisse de 20 % par rapport aux 744 millions d’euros enregistrés au 4e trimestre 2023. Cette amélioration traduit une meilleure maîtrise du risque après une période de forte hausse en 2023, notamment due à l’exposition accrue du groupe aux secteurs de l’immobilier et de la construction. Malgré cette baisse, BPCE reste impacté par des tensions sur les encours douteux (« Stage 3 »), en particulier dans les segments professionnels et immobiliers, bien que des reprises aient été effectuées sur certains actifs en cours de restructuration.

Forte hausse du coût du risque pour le Groupe Crédit Agricole

Pour Société Générale, le coût du risque s’établit à 338 millions d’euros au 2024, en léger recul par rapport aux 361 millions d’euros enregistrés au 4e trimestre 2023 (-6 %). Bien que modérée, cette baisse s’inscrit dans une tendance de stabilisation après une année 2023 marquée par une forte hausse du coût du risque. La banque continue de faire face à des défaillances dans le segment des petites et moyennes entreprises (PME) et des très petites entreprises (TPE) françaises, impactées par le ralentissement économique et le durcissement des conditions de financement. Toutefois, des reprises sur certains portefeuilles et une amélioration de la qualité des crédits ont permis de contenir la progression du coût du risque.

Le Groupe Crédit Agricole a, lui, vu son coût du risque augmenter de 14 % au 4e trimestre 2024, atteignant 867 millions d’euros contre 762 millions d’euros à la même époque en 2023. Cette augmentation reflète une montée des risques dans certains portefeuilles, notamment ceux liés aux secteurs agricole et immobilier, où la remontée des taux a pesé sur la capacité de remboursement des emprunteurs. Le groupe continue toutefois d’adopter une politique de provisionnement prudente, avec un renforcement des réserves sur les encours douteux, ce qui permet de limiter les risques à moyen terme. Les quatre principales banques françaises ont donc constaté, à la fin de l’année dernière, des évolutions contrastées de leur coût du risque.

Rôle majeur des taux
et de l’inflation

Pour comprendre cette évolution, il est essentiel de plonger plus en détail dans l’analyse par métiers. En effet, chaque pôle d’activité au sein d’une banque réagit différemment aux variations de l’environnement économique et aux différents risques (voir graphique). L’analyse par métiers permet de comprendre où se concentrent les principales vulnérabilités et opportunités de chaque établissement.

La banque de détail a généralement subi une hausse du coût du risque dans le contexte d’inflation élevée et de hausse des taux d’intérêt. Les clients particuliers et les PME ont fait face à des pressions financières accrues, ce qui a entraîné une augmentation des défauts. Par exemple, BPCE et Société Générale ont observé une hausse notable du coût du risque dans leurs activités de banque de détail domestique. Le coût du risque a été particulièrement affecté par la gestion des encours douteux et des provisions accrues pour les portefeuilles plus risqués. Les services financiers spécialisés, notamment les activités de crédit à la consommation, sont eux sensibles aux taux d’intérêt plus élevés et à l’inflation.

Records de défaillance d’entreprise

La Banque de Financement et d’Investissement a, pour la plupart des banques, connu une relative stabilité ou même des reprises nettes dans certaines catégories, notamment grâce à une gestion de risque prudente et à des performances positives dans les activités de marché. Quant aux activités dites « hors pôles » ou segments non stratégiques, certaines banques ont enregistré des ajustements ponctuels ou des éléments spécifiques sans impact majeur sur le coût du risque global.

S’il est un autre point crucial de l’environnement économique sur le coût du risque, ce sont les défaillances d’entreprises. En 2024, elles ont atteint un niveau historique sous l’effet de plusieurs facteurs. Il y a d’abord, l’impact retardé des hausses de taux d’intérêt qui se fait sentir plus fortement sur les entreprises non financières. Celles-ci voient leurs coûts d’emprunt augmenter au fur et à mesure du refinancement de leurs dettes, notamment les Prêts garantis par l’État souscrits durant la pandémie, ce qui fragilise leur capacité de remboursement dans un contexte de croissance économique limitée. La Banque de France souligne également une augmentation des défauts dans des secteurs sensibles (construction, commerce de détail et transport), souvent touchés par des pressions sur les coûts des matières premières et une demande en baisse. En parallèle, petites entreprises et microentreprises, subissent de plein fouet les effets des hausses de coûts et de l’inflation.

Hausse des risques
sur certains segments

Pour les banques, cette recrudescence de défaillances a renforcé les risques dans certains portefeuilles, en particulier ceux des PME et TPE. Toutefois, les taux de créances douteuses sont restés stables, reflétant l’efficacité des politiques de provisionnement et des mesures prudentes mises en œuvre pour limiter l’impact sur leurs bilans (voir tableau).

Si BNP Paribas et Crédit Agricole ont réussi à maintenir un taux de créances douteuses relativement bas en 2024, c’est grâce à une diversification prudente et à une gestion proactive des risques. BNP Paribas, par exemple, a bénéficié de reprises de provisions dans ses activités de banque de financement et d’investissement, tandis que Crédit Agricole a sécurisé ses positions dans les secteurs plus vulnérables, notamment en agriculture et en immobilier.

Avec des taux de créances douteuses plus élevés, le Groupe BPCE et la Société Générale sont parvenus à maintenir une relative stabilité. Cette stabilité témoigne de la gestion proactive des risques par ces banques, malgré des pressions persistantes dans la banque de détail et les PME françaises. BPCE, de son côté, reste plus exposée à des secteurs fragiles comme l’immobilier et la construction, ce qui a contribué à une légère hausse des provisions.

L’impact de la géopolitique
sur les taux et la croissance

Voilà pour le passé ! Tournons-nous vers l’avenir... Les baisses récentes des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne (BCE) offrent un certain soulagement aux entreprises françaises, notamment les plus endettées, en réduisant leurs coûts de refinancement. Cependant, cet assouplissement monétaire n’aura un effet positif sur le coût du risque qu’à moyen terme, le temps que ces améliorations des conditions de crédit se répercutent sur les portefeuilles bancaires. Les secteurs sensibles, tels que l’immobilier et les PME, devraient donc rester sous pression, exigeant des stratégies prudentes de provisionnement.

En France, le risque politique va ressurgir avec le vote du Budget. Aux États-Unis, la réélection de Donald Trump affecte indirectement le coût du risque des banques françaises en amplifiant la concurrence et les risques. L’assouplissement des régulations (voir article page 12) offrira aux banques américaines une plus grande flexibilité, incitant potentiellement les banques françaises à adopter des stratégies plus risquées pour rester compétitives. Par ailleurs, la politique budgétaire expansionniste de Trump enraye le cycle de baisse des taux d’intérêt européens, ayant un impact direct sur les coûts de financement des emprunteurs français et le risque de défauts. Enfin, les tensions géopolitiques et les mesures protectionnistes ralentissent la croissance économique mondiale (voir article page 20), aggravant la solvabilité des entreprises et fragilisant des secteurs clés comme la construction et l’agriculture.

Les banques pourraient être pénalisées au niveau de leurs coûts de refinancement. Dans le même temps, selon l’INSEE et la Banque de France, la croissance sera positive, mais faible (+0,7 %). Ces facteurs exposent les banques françaises à des risques accrus, notamment dans les secteurs fragiles comme l’immobilier et les PME. De plus, de nombreux économistes affirment que le nombre de défaillances d’entreprises devrait encore battre des records en 2025. Seule bonne nouvelle : après avoir atteint 5,7 % en 2023 et 2,3 % en 2024, l’inflation devrait être de 1,3 % en 2025, offrant un répit aux ménages et aux entreprises. Elle devrait ensuite augmenter en 2026 et 2027, tout en restant sous la barre des 2 %.

La hausse du coût du crédit en 2025, visible dès le 1er trimestre

Conséquence : en 2025, un pic du coût du risque est anticipé, principalement en raison d’une hausse des défaillances d’entreprises dans un contexte de ralentissement économique et d’impact différé des hausses de taux passées. Les chiffres du 1er trimestre 2025 nous donnent quelques indications. Le Groupe Crédit Agricole a vu son coût du risque augmenter à 735 millions d’euros, en hausse de 12,9 %. Chez BNP Paribas, il atteint 766 millions, contre 640 millions l’an dernier à la même époque. BPCE, de son côté, relate 651 millions contre 382 millions en 2024. Seule la Société Générale fait bande à part avec une addition à 344 millions, contre 400 millions en 2024. 2025 s’annonce comme une année challengeante pour les banques en termes de maitrise des coûts du risque.

Cependant, à partir de 2026 (voir graphique), une stabilisation progressive est prévue grâce à la baisse des taux directeurs de la BCE et à la désinflation, qui devraient alléger la pression sur les entreprises et les ménages. Enfin, en 2027, un nouvel équilibre devrait être atteint, avec un coût du risque stabilisé, reflétant une adaptation des banques à un environnement économique plus résilient mais toujours incertain.

Dans ce contexte, il est impératif pour les banques de renforcer leur vigilance et d’adopter des stratégies de gestion des risques encore plus rigoureuses. Cela inclut une surveillance accrue des portefeuilles, une diversification prudente, et une anticipation des scénarios globaux pour naviguer efficacement dans un environnement mondial de plus en plus incertain. La capacité des banques françaises à s’adapter rapidement et à innover dans leurs approches sera déterminante pour maintenir leur résilience et préserver leur rentabilité face à des défis complexes. n

À retrouver dans la revue
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