Le marché des capitaux joue un rôle essentiel dans le soutien à la croissance économique en canalisant l’épargne vers des investissements productifs. Leur efficacité et performance sont indispensables pour accroître la productivité et la compétitivité d’une économie. Il permet le développement des entreprises innovantes et dynamiques qui ne peuvent pas compter uniquement sur le financement bancaire pour lever des fonds. Si financer la croissance des entreprises constitue la fonction première d’un marché des capitaux, ce dernier facilite également l’allocation efficace de l’épargne des ménages.
UEI : une harmonisation nécessaire
Le diagnostic posé dès 2015 par le Livre vert de la Commission européenne, intitulé « Construire une union des marchés des capitaux », est sans appel : la faible proportion d’instruments de marché par rapport aux instruments bancaires dans l’Union européenne (UE) constitue la principale cause de l’écart de productivité avec les États-Unis, un écart qui ne cesse de se creuser. L’Europe doit donc faire du marché des capitaux une priorité absolue.
L’objectif principal de l’Union de l’épargne et de l’investissement (UEI), depuis 2025, est ainsi de créer un marché des capitaux unique et intégré, afin de permettre aux capitaux de circuler efficacement dans toute l’UE. L’initiative met l’accent sur l’harmonisation des réglementations, le renforcement de la surveillance et la mobilisation de capitaux pour les transitions verte et numérique, ce avec quoi nous sommes d’accord.
Des spécificités locales à prendre en compte
La question centrale est la suivante : existe-t-il une solution unique valable pour tous ? La réponse est négative. Il existe un certain nombre de défis et d’obstacles au développement qui sont propres à l’économie de chaque pays. Des enjeux tels que le financement de la croissance des PME, le renforcement de l’innovation et de la productivité, l’amélioration de la structure de l’épargne nationale pour élargir la base d’investisseurs, ainsi que le renforcement de la protection des investisseurs et de la confiance dans les marchés nécessitent une approche ascendante qui tienne compte des conditions locales.
Il est donc impossible de créer une solution unique qui serait universelle et optimale pour tous les pays et toutes les régions de l’UE. Par exemple, la centralisation de la surveillance ne réduirait pas les coûts de transaction en Pologne. Cette approche néglige les problèmes d’asymétrie d’information et les défis locaux. La surveillance européenne devrait se limiter aux grandes chambres de compensation, aux dépositaires d’importance systémique et aux groupes de gestion de fonds opérant à l’échelle de l’UE.
Une fragmentation non réglée
par une centralisation
La fragmentation des marchés des capitaux en Europe n’est donc pas le principal problème, et la centralisation n’est pas la bonne solution. Les principaux obstacles au renforcement du rôle des marchés des capitaux dans le financement des économies européennes sont l’insuffisance des incitations, une réglementation excessive, la prédominance du crédit bancaire et des banques universelles, ainsi que l’absence d’un cadre réglementaire nécessaire à la mise en place d’un secteur solide de sociétés d’investissement calqué sur celui des États-Unis et du Royaume-Uni.
Malgré la mondialisation des marchés financiers, les PME locales sont principalement financées par des capitaux locaux. Ces entreprises ont besoin d’accéder à une base de capitaux locale. Au début de leur développement, les marchés étrangers sont trop coûteux et inaccessibles pour elles. C’est pourquoi un écosystème de marché des capitaux local est nécessaire, comprenant des courtiers nationaux, une Bourse nationale, une base nationale d’investisseurs institutionnels et individuels, ainsi qu’une surveillance nationale.
Le marché des capitaux suédois, considéré comme un modèle en Europe, est un excellent exemple de marché qui soutient la croissance des entreprises suédoises, avec une participation significative de l’épargne des ménages suédois. Selon les données de Dealogic, 501 entreprises sont entrées en bourse en Suède au cours des dix dernières années, dépassant le total cumulé des introductions en bourse en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne.
Le cas spécifique de la Pologne
L’économie polonaise a besoin d’un marché des capitaux national solide pour stimuler l’innovation et la productivité. Son défi prioritaire : accroître son innovation et sa productivité. La Pologne accuse à cet égard un retard significatif par rapport aux autres pays de l’UE. Selon le tableau de bord de l’Union de l’innovation 2024, la Pologne se positionne cinquième à partir de la fin du classement dans l’UE (voir graphique).
Dans leur rapport de 2022 intitulé « Paths and Drivers of Productivity Growth in Poland », en français « Pistes et moteurs de la croissance de la productivité en Pologne », les économistes de la Banque Mondiale soulignent que, malgré une croissance économique exceptionnelle au cours des trois dernières décennies, la Pologne doit donner la priorité à la productivité si elle veut rattraper son retard sur les pays plus développés et s’enrichir. L’innovation, principal moteur de la croissance de la productivité, est principalement financée par le marché des capitaux. Par conséquent, le marché des capitaux national est essentiel pour stimuler la productivité et la compétitivité des entreprises polonaises, ainsi que pour créer de nouveaux emplois de qualité et bien rémunérés.