De capitale européenne à centre financier d’envergure : les caractéristiques clés

Créé le

20.05.2026

-

Mis à jour le

26.05.2026

Depuis des siècles, les différentes villes européennes commercent et se financent entre elles. Mais l’essor d’une place financière nécessite entre autres un marché de capitaux dynamique.

L’existence des centres financiers remonte au moins au Moyen Âge. À différentes époques, des villes telles que Florence, Venise, Amsterdam et Londres ont été des centres importants pour le commerce et le financement d’entreprises, tant pacifiques que non pacifiques. Le commerce, les échanges, ainsi que les pouvoirs séculiers et religieux ont toujours coexisté en symbiose avec les marchés financiers. Accueillir un centre financier a non seulement permis d’avoir accès à un flux constant de capitaux, mais aussi à des compétences, des informations ou encore des recettes fiscales.

Si Londres était souvent considérée comme la capitale financière de l’Europe avant le Brexit, le paysage financier européen actuel a changé. Des villes telles que Paris, Francfort, Milan, Luxembourg, Dublin et Stockholm ont toutes renforcé leur position relative au sein de l’Union européenne (UE), se faisant concurrence tout en se complétant mutuellement. Mais, quelles sont les caractéristiques indispensables pour ne pas être « simplement » une ville ou une capitale, mais un centre financier en Europe ?

Un riche écosystème financier

Pour qu’une ville s’affirme comme un centre financier, elle doit s’appuyer sur un écosystème solide et performant. Cela suppose avant tout la présence d’un large éventail d’institutions financières, de tailles variées, capables d’offrir une diversité de services et de produits répondant aux besoins multiples des investisseurs et des entreprises. En Suède, nous pouvons compter sur des banques nordiques et suédoises telles que Avanza, Danske, DNB, Handelsbanken, Nordea, Nordnet, SEB et Swedbank, ainsi que des banques d’investissement comme ABG Sundahl Collier, DNB Carnegie, Mangold, Pareto et SB1 Markets. Ce soutien est complété par des cabinets d’avocats, d’experts-comptables de haut niveau, des consultants, des fournisseurs d’infrastructures de marché, ainsi que de conseillers financiers qualifiés.

Un vivier d’actionnaires en Bourse

Autre paramètre important : une base d’investisseurs large et diversifiée. C’est le cas en Suède. Du côté des institutionnels, les trois principaux fonds de pensions publics (AP2-4) gèrent des actifs plus de 200 milliards d’euros et détiennent en moyenne 51 % d’actions, dont environ 28 % en actions domestiques. Le secteur encore plus vaste des fonds de pension professionnels représente quant à lui plus de 285 milliards d’euros d’actifs et alloue également environ la moitié de son portefeuille global aux actions, tout comme le secteur de l’assurance. De quoi dynamiser la Bourse suédoise dont la capitalisation boursière s’élevait à 1 300 milliards de dollars et comprend 909 entreprises cotées dont 551 sur des plateformes multilatérales de négociation (MTF) à fin 2025.

Les ménages suédois figurent parmi les investisseurs particuliers les plus actifs en Europe et leur épargne en actifs financiers représente environ 350 % du PIB. Environ 3,8 millions de Suédois, sur une population d’environ 10 millions, possèdent des comptes d’épargne en investissement (appelés ISK selon l’acronyme suédois). À la fin de 2023, les encours sur ces comptes s’élevaient à environ 1 665 milliards de SEK (155 milliards d’euros), avec un encours médian d’environ 78 000 SEK (7 200 euros) par titulaire. In fine, 75 % de la population suédoise possède une épargne privée investie dans des fonds, et près de 25 % détiennent des actions suédoises en direct. Des médias libres, indépendants et d’investigation peuvent également apporter leur contribution en surveillant, en analysant et, si nécessaire, en remettant en question les acteurs des marchés financiers et les entreprises, mais aussi en mettant en avant les réussites.

Soutien à l’entrepreneuriat

Parmi elles, l’accompagnement des start-up et de l’innovation en général est crucial pour une place financière. Pour que la société et l’économie se développent harmonieusement, il est essentiel de faire preuve d’ouverture face au développement suscité par de nouvelles idées et de nouveaux projets. Cela contribue à l’esprit d’entreprise, ce qui a un impact positif sur les étudiants et les chercheurs, ainsi que sur les professionnels du monde des affaires et d’autres secteurs.

Les entrepreneurs doivent par la suite avoir accès à des possibilités de financement tout au long de leur parcours entrepreneurial. La diversité du marché est ici un facteur clé, afin que tant les jeunes entrepreneurs à la recherche de financement pour leur première start-up que les grandes entreprises industrielles ayant des projets de développement à long terme, ainsi que d’autres types d’entreprises intermédiaires, puissent tous trouver des conseillers de qualité ainsi que des sources de capitaux adaptées. La Suède est l’un des pays les plus performants au monde en matière de licornes (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars), comme le montre notamment la publication de la BEI « Stockholm: The Tale of the Unicorn Factory ». Plusieurs fintechs ont été fondées ou possèdent leur siège en Suède, notamment Klarna, iZettle (désormais intégré à PayPal), Tink (désormais sous Visa) et Trustly. Il est intéressant de noter que la Suède, parfois qualifiée de « modèle » pour l’Union de l’épargne et des investissements (UEI), représente plus de 50 % du marché européen des petites et moyennes entreprises cotées.

Une supervision efficace

Un essor d’entreprise rendu possible par un contexte réglementaire favorable. Outre une réglementation équilibrée et efficace, fondée à la fois sur la législation et sur l’autorégulation du secteur, une surveillance financière performante, efficace et digne de confiance est essentielle pour bâtir un centre financier durable. Si la mission première des autorités de surveillance consiste à préserver la solidité des marchés financiers et à protéger les investisseurs, celles-ci peuvent, en s’intéressant au fonctionnement des marchés financiers et en le comprenant, apporter une valeur ajoutée en guidant les acteurs du marché à travers la « jungle réglementaire » qui caractérise notre époque.

L’aspect collaboratif revêt une importance croissante, alors que nous discutons d’un éventuel « rééquilibrage » des mandats de surveillance au sein de l’UE. Pour que l’UE devienne plus compétitive face aux autres grands marchés, il est essentiel de trouver un juste équilibre entre la mise en commun des connaissances et la centralisation de certains mandats, tout en maintenant une présence locale importante sur les marchés financiers qui, dans la pratique, diffèrent d’un État membre à l’autre.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº917bis
Comparatif des principales places boursières en Europe
$!De capitale européenne à centre financier d’envergure : les caractéristiques clés