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C’est au finish que le numéro un bancaire italien Intesa Sanpaolo a coiffé au poteau ses concurrentes, Santander et BNP Paribas, dans la course à la plus grosse capitalisation bancaire dans l’Union européenne en 2024. Avec une valorisation de 68,69 milliards d’euros, en hausse de 42,5 % en un an, le principal prêteur transalpin dépasse de peu le numéro un espagnol Santander. À la deuxième place, avec 67,6 milliards d’euros, ce dernier dépasse de peu BNP Paribas, ex-leader devenu numéro trois de ce classement, avec 66,80 milliards d’euros. Une capitalisation en baisse de 7 % sur une année, à cause d’une performance boursière décevante, conséquence non seulement de la dissolution de l’Assemblée nationale en France, mais aussi d’une économie domestique en berne, qui a largement pesé sur les valeurs boursières dans l’Hexagone.
L’Italie, sensible aux taux
« Ce sont trois très belles banques bien gérées et dotées d’une bonne, voire excellente, exécution stratégique », explique Rafael Quina, Senior Director chez Fitch Ratings. L’évolution du classement témoigne de changement de dynamiques économiques et financières. Les banques italiennes ont traversé une décennie compliquée, marquée par une économie atone et une faiblesse des taux qui les a particulièrement affectées. Le changement de paradigme depuis le milieu de l’année 2022, avec la remontée des taux d’intérêt, a rebattu les cartes des fondamentaux de ces banques. Et pour cause, le poids des actifs à taux variables est important pour elles. « Parmi les banques italiennes, Intesa Sanpaolo a particulièrement bénéficié de ce nouvel environnement de taux, car il a considérablement boosté ses marges nettes d’intérêt », poursuit l’analyste de Fitch Ratings. Fin septembre, la principale banque italienne affichait des bénéfices en hausse de 17 % sur les neuf premiers mois de l’année, à 7,2 milliards d’euros. À la clef, un relèvement de ses objectifs pour 2025, avec 9 milliards d’euros attendus.
À la différence de ses concurrentes française et espagnole, Intesa reste très concentrée sur son marché domestique. Avec près de 90 % de ses prêts, sa présence à l’étranger représentant seulement 10 %. À titre de comparaison, BNP Paribas tire 15 % des revenus de sa banque commerciale en France, tandis que Santander puise seulement 17 % de ses prêts et 19 % des dépôts de son marché domestique espagnol. Entre la banque française et sa concurrente espagnole, la diversification géographique n’est pas non plus de même nature : « L’ancrage géographique de BNP Paribas est très largement européen, alors que le numéro un espagnol Santander reste très exposé à l’Amérique latine mais aussi aux États-Unis ou au Royaume-Uni », résume Rafael Quina.
Faible coefficient d’exploitation
Des différences existent aussi sur la nature des activités de ces prêteurs : « Intesa est moins consommatrice en capital, relève Arnaud Journois, analyste au sein de l’agence Morningstar DBRS. Il s’agit d’une banque génératrice de commissions, particulièrement concentrée sur l’assurance et la gestion d’actifs, alors que Santander et BNP axent leur stratégie sur l’établissement d’activités bancaires à l’international. » L’efficacité opérationnelle reste aussi un élément de différence entre ces acteurs, au bénéfice des banques du sud de l’Europe. Avec un coût d’exploitation de 39,1 %, Intesa fait mieux que Santander (41,9 %), loin devant BNP Paribas (60,4 %). « Conséquence de leur mix géographique et produits, Santander et Intesa parviennent à générer un produit net bancaire par unité d’actif plus élevé que BNP Paribas, ancrée dans des pays où les marges sont plus tirées, explique Rafael Quina. Les coûts de personnel sont structurellement plus élevés au sein de la banque française de même que le coût de certaines activités comme la BFI, pôle majeur pour BNP Paribas, la gestion d’actifs et la banque privée. » Enfin, la rémunération aux actionnaires reste aussi un point d’attention majeure : alors que BNP Paribas et Santander offrent des ratios de distribution aux alentours de 45 % à 50 %, Intesa Sanpaolo consent un taux de versement de dividendes de 70 %. De quoi réjouir les actionnaires...