Les directeurs financiers
redécouvrent l’effet change

Créé le

23.08.2023

-

Mis à jour le

25.08.2023

Dans un environnement économique où prédire, c’est se dédire, les PME sont désormais concentrées dans un combat quotidien pour aller chercher de la marge. Leurs directeurs financiers redécouvrent ainsi l’angle mort des paiements internationaux, comme poche inespérée d’économie et de compétitivité.

Les ingrédients de la crise sont connus : face à une inflation qui demeure soutenue (5,5 % en moyenne annuelle dans la zone euro en juin 2023), une pression salariale accrue et une volatilité sur le front du change exacerbée par la politique de resserrement monétaire, même les entreprises les plus performantes se retrouvent désormais face au risque de dégradation de leurs résultats.

Depuis plus d’un an, la chasse aux économies est lancée. Alors que l’Europe tourne au ralenti, la récession vient officiellement d’être annoncée sur le continent. Au premier trimestre 2023, la zone euro s’est contractée de 0,1 %, après un repli du même niveau le trimestre dernier. Le moral des entrepreneurs suit la même tendance. En mai 2023, l’indicateur du climat des affaires connaît une baisse pour le troisième mois consécutif selon les données de l’INSEE. Dans toutes les entreprises, le statu quo n’est plus de mise et les dépenses sont scrutées. Chefs d’entreprise et directeurs financiers ont désormais l’impératif non négociable d’ajuster les coûts sans casser le moteur de la croissance future.

Des savoir-faire opposés

Cette nouvelle donne est une opportunité pour les acteurs bancaires et financiers alternatifs, notamment sur le segment du paiement international. Longtemps, le banquier a préempté l’expertise de paiement entre pays. En réalité, les deux savoir-faire sont fondamentalement opposés : là où le métier de paiement tire sa valeur de la protection des fonds du client et de la qualité de l’exécution, l’épargne et le prêt ne valent que par l’acceptation du risque. La spécialisation était inéluctable. À travers toute l’Europe, une bascule historique est en cours. Et la crise peut jouer un rôle de formidable accélérateur sur ce marché stratégique du paiement international.

Il y a d’abord les acteurs bancaires et financiers qui se sont brûlé les ailes. Fin d’été 2022 : l’euro décroche et passe momentanément sous la parité avec le dollar, une première depuis 2002. Cette volatilité nouvelle sert de révélateur entre les entreprises qui avaient anticipé et les autres. Les PME, comme les plus gros groupes qui n’avaient pas le temps, qui ne savaient pas comment gérer leurs expositions aux risques de change, qui n’étaient pas bien servis par leurs banques, réalisent à leur détriment les risques encourus.

Retrouver de l’agilité

À côté de ce profil, des entreprises plus opportunistes ont fait depuis quelques années de la trésorerie internationale un nouveau levier de compétitivité. Face à une instabilité nouvelle, amplifiée par les politiques des banques centrales américaine (Fed) ou européenne (BCE), l’accès direct au marché des changes et les besoins de couverture deviennent des instruments indispensables dans différents secteurs : textile, aéronautique, automobile, mais aussi e-commerce, import-export de denrées alimentaires...

À leur tête, les patrons ou directeurs financiers ont décidé de reprendre la main sur leurs paiements internationaux. Ils ne veulent plus être tributaires des positions détenues par leur banque, ils veulent choisir le meilleur cours. Ils ont besoin d’être accompagnés, et n’ont pas forcément le temps. Pour eux, la gestion en direct via des plateformes on ligne est un impératif, le choix entre différents prestataires (liquidity providers) est la garantie du bon prix. Enfin, l’accès à des experts leur permet, pour chaque doute, chaque paiement important, chaque besoin de couverture, d’avoir immédiatement la bonne réponse.

Indéniablement, il se passe quelque chose. Les entreprises ont décidé de « challenger » le statu quo sur la question des paiements internationaux. Le rajeunissement des dirigeants comme des directeurs financiers n’est pas le seul facteur. Le contexte de crise joue un rôle d’accélérateur. Mais fondamentalement, la nécessité d’être bien accompagné pour améliorer sa trésorerie internationale – et éviter de perdre une marge si chèrement acquise par ailleurs – constitue le plus puissant des moteurs. Et il n’y aura pas de retour en arrière.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº883
L’euro a décroché – Évolution de l’euro/dollar entre janvier 2022 et juin 2023
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