En attendant, les professionnels de la banque que nous avons interrogés dans ce numéro consacré aux métiers sont unanimes. L’IA ne remplace pas encore l’humain, elle le déplace, l’équipe et l’oblige à monter en compétences. Les postes évoluent, les frontières se recomposent, les profils hybrides gagnent du terrain. Dans la banque de demain, il ne suffira plus de maîtriser un outil ou une réglementation. Il faudra comprendre la donnée, dialoguer avec les modèles, garder la main sur le jugement, la relation client et la responsabilité des décisions. Bref, apprendre à travailler avec l’IA sans lui abandonner ce qui fait encore la valeur du banquier : son discernement.
La période estivale a aussi remis sur le devant de la scène une autre tentation, celle d’effacer une partie de la dette française. Dans une vidéo largement relayée, Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, a proposé de « foutre au feu » les 18 % de la dette française détenue par la Banque Centrale Européenne, soit près d’un cinquième de l’encours. Une formule choc, qui simplifie à l’extrême un sujet qui ne souffre pas de raccourcis. Cela tombe bien, notre rubrique Lecture du mois, Géopolitique de la dette d’Anton Brender, permet de replacer le débat dans sa juste perspective. La dette n’est pas seulement un fardeau comptable. Elle est aussi la contrepartie de l’épargne, l’un des ressorts du financement de nos économies et, désormais, un enjeu géopolitique.
La compétitivité bancaire, elle aussi, a refait surface au cœur de l’été. Le rapport publié par la Commission européenne marque un tournant, car pour la première fois, la capacité des banques européennes à financer l’économie est pleinement reconnue comme un enjeu stratégique. Solides, elles restent pourtant bridées par un marché fragmenté, une accumulation d’exigences prudentielles et des obligations de reporting toujours plus lourdes. Dans ce numéro, vous trouverez un focus spécial où trois experts dressent un panorama complet des pistes à explorer. Une lecture à compléter par l’interview de la secrétaire générale de l’ACPR, Emmanuelle Assouan, qui rappelle que simplifier ne signifie pas déréguler. Il s’agit plutôt de retrouver un meilleur équilibre entre résilience financière et capacité à financer les ambitions européennes en matière de défense, d’infrastructures, d’innovation ou encore de transition énergétique.
Ces ambitions deviennent d’autant plus urgentes que les signaux d’alerte se multiplient. La canicule de cet été et les incendies en Gironde en ont donné une traduction très concrète. Le climat affecte déjà les infrastructures, les coûts de maintenance, la continuité d’activité, la valeur des actifs, comme vous pouvez le lire dans notre rubrique Expertise et Métiers. Pour les banques, ce n’est donc plus seulement un sujet de communication extra-financière, mais un risque financier, opérationnel et stratégique à intégrer dès maintenant. Là encore, l’enjeu est moins de constater que d’anticiper. Peut-être est-ce là, au fond, le point commun de tous ces sujets. L’avenir ne supprimera pas le travail, la dette, le risque ou la contrainte. Il obligera surtout à mieux les regarder en face.