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La réunion de politique monétaire de la Fed, la banque centrale américaine, le 16 et 17 septembre, était attendue. Déjà, depuis le mois d’août, se posait la question de la présence ou non de Stephen Miran, le principal conseiller économique de Donald Trump, nommé de manière temporaire en remplacement d’Adriana Kugler, démissionnaire. Il était là ! Et pour cause, le Sénat avait validé, le 15 septembre, sa nomination avec 48 voix pour et 47 contre. L’autre inconnue concernait Lisa Cook. Cette économiste afro-américaine, nommée par Joe Biden, est la nouvelle cible de l’actuel président : fin août, il avait annoncé l’avoir limogée de ses fonctions pour de fausses déclarations concernant des prêts immobiliers. Mais l’accusée conteste et jusqu’alors, la justice américaine lui a donné raison. Elle était donc là !
Pas d’unanimité sur la décision
L’autre inconnue concernait la décision prise. En réalité, depuis le discours de Jerome Powell, le patron de la Fed, au symposium des banquiers centraux de Jackson Hole, le marché avait clairement anticipé une baisse des taux d’un quart de point. Elle a bien eu lieu, la fourchette des taux directeurs aux États-Unis se situant désormais entre 4 et 4,25 %. C’est la première fois que celui que Donald Trump surnomme “Monsieur trop tard” baisse les taux directeurs depuis le changement de locataire de la Maison Blanche. La précédente, d’un quart de point également, avait eu lieu en décembre 2024. Fait notable : les gouverneurs Michele Bowman et Christopher Waller, qui avaient plaidé en juillet pour une baisse d’un quart de point alors que la stabilité avait été retenue, sont rentrés dans le rang. Pour autant, la décision n’a pas été prise à l’unanimité. Stephen Miran s’y est en effet opposé, plaidant pour une baisse d’un demi-point.
Inquiétude affichée sur l’emploi
Dans son double mandat, avec d’un côté l’inflation, et de l’autre, l’emploi, la Fed a clairement fait pencher la balance du côté de ce dernier. Elle considère en effet que les risques en matière d’emploi ont augmenté, un constat pas véritablement retrouvé dans les prévisions économiques de ses services. Le taux de chômage est attendu à 4,5 % en 2025, comme en juin, alors que les nouvelles prévisions sont un peu meilleures sur 2026 (4,2 % contre 4,5 %) et 2027 (4,3 %, contre 4,4 %). Une amélioration est également attendue du côté de la croissance : pour 2025 et 2026, les chiffres ont été relevés de 20 points de base, à respectivement 1,6 % et 1,8 %.
Mais du côté de l’inflation, l’humeur n’est pas au beau fixe. Pour la Fed, l’indicateur clef n’est pas l’inflation globale, connue sous le sigle CPI (Consumer Price Index). Son indicateur fétiche est le PCE, mesure de l’évolution des prix sur la consommation personnelle. Pour 2025, la prévision reste stable à 3 %. On est donc loin de l’objectif de l’institution : 2 % à long terme. Pour 2026, le chiffre baisse, certes, à 2,6%, mais il a été revu à la hausse par rapport aux prévisions de juin (2,4 %).
Baisse ponctuelle ou cycle de baisse ?
Le débat sur l’indépendance de la Banque centrale, historiquement contestée par Stephen Miran, reste donc ouvert. Lors de sa conférence de presse, Jerome Powell a d’ailleurs indiqué que la Fed est “fermement déterminée à préserver [son] indépendance”. Les observateurs auront l’occasion de juger à deux reprises d’ici la fin de l’année. Les prochaines réunions auront en effet lieu les 6 et 7 octobre, puis les 9 et 10 décembre. Confortés par la publication des “dots”, les marchés attendent deux nouvelles baisses de taux. Mais Jerome Powell a voulu calmer les ardeurs, précisant que les décisions se prenaient “réunion après réunion”. Wait and see ! Reste qu’aux deux stratégies historiques des banques centrales – le “data dépendent”, où les données donnent le la, et la “forward guidance”, où les banques centrales annoncent à l’avance le chemin suivi – pourrait s’en rajouter une nouvelle : la “political dependence” ...