Des évidences occultées

Vieillissement futur de la population :
un danger majeur pour les budgets publics

Créé le

22.12.2025

-

Mis à jour le

13.01.2026

La démographie est une science plus certaine que l’économie ! La France va continuer de vieillir, ce qui selon la Cour des comptes va signifier plus de dépenses et moins de recettes...

La France vieillit à vue d’œil : d’ici 2070, un habitant sur trois sera senior. Selon un rapport de la Cour des comptes, ce vieillissement est inéluctable. Fin 2024, la population s’élevait à 68,6 millions. La fécondité est tombée à 1,62 enfant par femme, sous le seuil de renouvellement des générations. L’Insee prévoit donc une stabilisation autour de 68,1 millions en 2070, avec près de 30 % de seniors, sur la base d’un taux de fécondité de 1,8.

Anticipant un solde migratoire plus élevé (+152 000/an, contre 70 000 pour l’Insee), l’Institut national des études démographiques (Ined) prévoit un pic de population à 70 millions dans les années 2040, suivi d’un déclin à 68 millions, avec un solde naturel négatif dès 2025. Qu’importe les légers écarts de prévisions, ce basculement démographique réduit les avantages historiques de la France, avec une fécondité supérieure à la moyenne européenne.

Moins de population et encore moins d’actifs

La tendance passée se confirme. La part des 65 ans et plus dans la population est passée de 16,3 % en 2005 à 21,8 % en 2024. Celle des moins de 20 ans a reculé de 24,8 % à 22,9 %. Pour 100 actifs (20-64 ans), on comptait 41 jeunes et 39 « seniors ». Et ce n’est pas fini. D’ici 2070, le nombre de 75 ans et plus passerait de 7,3 à 11,2 millions. La part des 20-64 ans, elle, tomberait de 55,3 % en 2023 à 50 %. Baisse en relatif de la population active potentielle, mais aussi en absolu. Inquiétante situation d’autant qu’en 2024, le taux d’emploi hexagonal est resté inférieur à la moyenne européenne (68,8 % contre 70 %), avec 40 % de l’écart avec l’Allemagne lié au sous-emploi des seniors. En cause, notamment, l’accès limité à la formation continue des 55-64 ans (35 % contre 57 % pour les 18-44 ans).

Sale temps prévu pour les recettes

Couplé à la baisse de la population active, le vieillissement menace les finances publiques. D’abord, via l’érosion des recettes publiques. Moins d’actifs signifie moins de revenus, soumis aux cotisations sociales et impôts sur le travail. Or, ces derniers constituent l’essentiel des prélèvements obligatoires. La structure par âge accentue ce déséquilibre : en 2019, les 20-39 ans consacraient 39 % de leurs revenus à la protection sociale, contre seulement 25 % pour les plus de 65 ans. L’immigration pourrait partiellement compenser, mais son impact reste limité, avec un taux d’emploi inférieur de 18 points à celui des natifs pour les 25-54 ans.

60,8 % de prélèvements obligatoires en 2070

Second volet où le vieillissement joue : les dépenses. En 2023, les dépenses publiques sensibles au vieillissement représentent plus de 40 % du total, en hausse de 11 points depuis 1998, surtout à cause des retraites, de la santé et de la dépendance. La baisse de la natalité, elle, allège la pression sur l’éducation et la politique familiale, sauf dans l’enseignement supérieur. Le vieillissement accentue déjà les dépenses sociales et devrait creuser l’écart entre recettes et dépenses publiques à long terme. Sans ajustement, la part des dépenses publiques sur le produit intérieur brut pourrait atteindre 60,8 % en 2070, ou nécessiter une réduction de 6,1 % par habitant pour maintenir le ratio actuel de 57 %. Les effets sur la perte d’autonomie des baby-boomers restent incertains.

Anticipation insuffisante

Outre le constat, la Cour pointe du doigt le fait que les documents budgétaires pluriannuels ne traitent que 0,05 % des enjeux démographiques, ce qui freine la capacité à anticiper. Face à ces défis, l’institution de contrôle des comptes publics recommande de mieux intégrer la démographie dans les arbitrages budgétaires, de renforcer les outils statistiques et prospectifs, et d’adapter les politiques de l’emploi. Alors que l’allongement de la vie active et la présence croissante des 60-70 ans dans la population active nécessitent d’adapter les analyses et politiques publiques, selon elle, la soutenabilité des finances publiques dépendra de la capacité à considérer cette période comme un temps d’activité et de contribution économique. Tân Le Quang

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº911-912