Produit intérieur brut

Pourquoi les États-Unis
affichent une croissance supérieure
à celle de la zone euro

Créé le

05.02.2024

-

Mis à jour le

21.02.2024

La croissance des États-Unis est depuis 2012 systématiquement supérieure à celle de la zone euro. Cet écart s’explique notamment par des gains de productivité plus importants, dont les facteurs sont multiples.

La première constatation qu’on peut faire en examinant les données est que l’écart de croissance en faveur des États-Unis ne vient pas d’une progression plus rapide de l’emploi. Certes, la population en âge de travailler progresse plus vite aux États-Unis que dans la zone euro, mais la zone euro a bénéficié d’une hausse du taux d’emploi (de 62 % en 2002 à 70 % en 2023), alors que le taux d’emploi des États-Unis ne progressait pas (72 % en 2002 comme en 2023).

Au total, l’emploi progresse presque exactement au même rythme aux États-Unis et dans la zone euro. Les deux facteurs expliquant la croissance plus rapide des États-Unis que celle de la zone euro sont, d’une part, la hausse plus rapide du stock de capital, d’autre part, celle, également plus rapide, de la productivité du travail, ou bien de la productivité globale des facteurs, c’est-à-dire de la productivité de l’ensemble du capital et du travail.

La croissance moyenne annuelle, entre 2002 et 2023, du stock de capital en volume des entreprises (hors logement) est de 3,2 % aux États-Unis et de 1,7 % dans la zone euro. Si on utilise l’élasticité habituelle de la croissance du produit intérieur brut (PIB) par rapport à celle du stock de capital qui est de 0,33, on parvient à un écart de croissance de PIB en faveur des États-Unis de 0,5 point par an, dû à l’accumulation plus rapide de capital.

Mais il faut tenir compte aussi des gains de productivité (du travail ou global des facteurs) plus importants aux États-Unis que dans la zone euro. De 2002 à 2023, la productivité par tête a progressé en moyenne de 1,8 % par an aux États-Unis et de 0,5 % par an dans la zone euro.

On peut identifier trois causes de cette meilleure progression de la productivité du travail (ou de manière équivalente de la productivité globale des facteurs) aux États-Unis.

D’abord, le taux d’investissement dans les nouvelles technologies (ordinateurs, logiciels, matériels de télécommunication) est beaucoup plus élevé aux États-Unis que dans la zone euro. En 2022, il atteint 5,4 % du PIB des États-Unis et seulement 3,2 % de celui de la zone euro (voir graphique).

La comparaison des pays de l’OCDE montre qu’un taux d’investissement dans les nouvelles technologies plus élevé est associé de façon significative à des gains de productivité plus élevés. L’écart entre les taux d’investissement en nouvelles technologies aux États-Unis et dans la zone euro serait la cause d’un écart de croissance annuelle en moyenne de 0,7 point en faveur des États-Unis.

Une population active plus jeune

Le deuxième facteur qui fait apparaître une croissance plus rapide aux États-Unis que dans la zone euro est l’effort dans la recherche et développement, plus important aux États-Unis que dans la zone euro. Les dépenses totales de recherche et développement atteignent 3,5 % du PIB aux États-Unis en 2022 et seulement 2,3 % du PIB dans la zone euro.

L’estimation de l’effet sur la croissance du PIB de cet écart de niveau des dépenses de recherche et développement est de 0,9 point de croissance supplémentaire aux États-Unis par rapport à la zone euro. Bien sûr, comme l’investissement dans les nouvelles technologies et les dépenses de recherche-développement sont liés, on ne peut pas ajouter totalement ces deux contributions à la croissance.

Enfin, le troisième facteur qui explique des gains de productivité et une croissance du PIB plus élevés aux États-Unis que dans la zone euro est l’évolution de l’âge moyen de la population en âge de travailler. Le poids des personnes âgées de 50 ans à 64 ans dans la population totale en âge de travailler a augmenté depuis 2002 de 4,5 points aux États-Unis et de 8 points dans la zone euro. Comparant à nouveau les pays de l’OCDE, il apparaît clairement qu’une hausse de l’âge moyen de la population en âge de travailler est associée à un recul des gains de productivité.

Au total, on comprend pourquoi la croissance des États-Unis est supérieure à celle de la zone euro : les États-Unis investissent davantage que la zone euro au total, pour l’ensemble de l’investissement des entreprises, et dans les nouvelles technologies, dépensent davantage en recherche-développement, ont une population active qui vieillit moins que celle de la zone euro.

Ces différences entre les États-Unis et la zone euro se creusent aujourd’hui au lieu de se réduire, ce qui conduit à anticiper un supplément de croissance de plus en plus élevé des États-Unis par rapport à la zone euro.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº890
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