Plus de 68 500 fin 2025 : les faillites d’entreprise
à leur plus-haut historique

Créé le

17.02.2026

-

Mis à jour le

24.02.2026

Dans un contexte de défaillances d’entreprise inédit, les banques françaises démontrent une forte capacité de résistance.

Quel que soit l’indicateur retenu, 2025 établit un nouveau record de défaillances d’entreprise en France. La Banque de France recense 68 564 faillites, en hausse de 3,5 % sur un an, un volume et une progression très proches de ceux observés par Allianz Trade. « Cette progression reflète la normalisation après le creux de 2020-2021 et la fragilité durable des fondamentaux de crédit, mettant sous pression des entreprises déjà éprouvées par une succession de chocs. Sans compter que les créations d’entreprise restent très dynamiques », souligne Maxime Lemerle, responsable de la recherche défaillances chez Allianz Trade.

Un impact mesuré sur les banques

Du côté des banques françaises, cette tendance se traduit par une remontée du coût du risque et du taux de créances douteuses, « mais pas dans les mêmes proportions », insiste Rafael Quina, Senior Director, Financial Institutions, chez Fitch Ratings. « Sur les trois dernières années, la très grande majorité des entreprises en faillite n’avait pas ou peu de crédit engagé, précise Rafael Quina. Et les indicateurs de qualité des actifs sont aussi étroitement liés à la détérioration du crédit à la consommation », précise-t-il.

Après s’être diffusée à toutes les tailles d’entreprises, la hausse des défaillances s’est concentrée en 2025 aux deux extrémités du spectre : les plus petites et les plus grandes. Selon la Banque de France, les microentreprises représentent 92 % des faillites, suivi des TPE (5 %). « Les banques hexagonales coopératives, très présentes auprès des TPE-PME, ont subi en 2025 une progression des créances douteuses plus marquée que d’autres acteurs », souligne Sixte de Monteynard, directeur Institutions financières chez Fitch Ratings. Toutefois, malgré des défaillances record, « le taux de créances douteuses des banques françaises demeure adéquat et très légèrement inférieur à 3 % », ajoute Rafael Quina.

Un équilibre encore fragile

Si une stabilisation des défaillances est attendue cette année, la prudence reste de mise. « De nombreux défis attendent les entreprises avec un risque non négligeable de voir les faillites augmenter au-delà de nos prévisions pour 2026 et 2027 », prévient Maxime Lemerle. Parmi ces défis, il cite la faiblesse du cycle conjoncturel ; la fin voire le remboursement des aides Covid ; des business models fragilisés par la normalisation financière et des transformations structurelles dans de nombreux secteurs ; enfin, les incertitudes fiscales, politiques et géopolitiques. « En 2026, le coût du risque et le taux de créances douteuses des banques françaises devraient se maintenir sur un plateau haut, estime Sixte de Monteynard. Mais l’arrivée à maturité des PGE pourrait améliorer marginalement les métriques de qualité d’actifs. » En outre, la corrélation est forte entre le volume de défaillances d’entreprise et le stock de provisions des banques. « Si la première métrique se stabilise, la seconde devrait s’ajuster en conséquence », précise-t-il.

Pour d’autres, l’équilibre demeure précaire. « Les entreprises restent très sensibles au coût du crédit après plusieurs années de surendettement », souligne Coface. Un relèvement de 25 points de base des taux d’emprunt pourrait, selon le spécialiste de la gestion du risque de crédit commercial, entraîner une reprise des défaillances mondiales de 4-5 %, avec un impact accru en Europe. « La trajectoire des défaillances en 2026 dépendra moins de la croissance que du rythme d’ajustement monétaire, faisant du coût du financement le véritable arbitre de l’année à venir », conclut-on chez Coface.

Fitch Ratings ne cache pas non plus sa prudence à propos des banques françaises. Leurs portefeuilles d’actifs demeurent résilients, en dépit des incertitudes politiques hexagonales, mais la demande de crédit est peu vigoureuse et de nombreuses entreprises reportent les investissements et les embauches. Le risque est d’accumuler du retard, dans un contexte géopolitique et commercial en profonde recomposition. « Une capacité de résistance subsiste, sans avoir été pleinement testée. Nous restons donc particulièrement vigilants sur la qualité du crédit en France », conclut Rafael Quina.

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À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº914