La France mène des politiques économiques critiquables sur de nombreux aspects : l’abandon de la réforme des retraites et absence d’effort pour améliorer l’efficacité du système éducatif alors que le taux d’emploi est anormalement faible (69,4 % au 3e trimestre 2025) ; l’insuffisance de l’effort de recherche-développement (R&D) et d’investissement en nouvelles Technologies alors que la productivité du travail a reculé de plus de 2 % depuis 2019 ; le refus de la réforme de l’État, de la simplification de la structure trop complexe des administrations alors que le déficit public atteint 5,4 % du PIB en 2025 ; enfin, le rejet d’un passage de la protection de l’emploi à une protection des individus et des compétences, ce qui décourage le développement des industries technologiques (qui sont souvent contraintes de licencier) et empêche le transfert des salariés d’entreprises peu performantes vers des entreprises modernes et productives.
Cette absence de réformes (du système de retraite, du système éducatif, de l’État, de la protection de l’emploi) et cette faiblesse de la R&D et de l’investissement technologique expliquent la faiblesse de la croissance, la stagnation de la productivité, le sous-développement des industries numériques, l’absence de possibilité de correction du déficit public.
Une non-réaction des marchés
On pourrait penser que les marchés financiers (obligataires, des changes...) vont réagir violemment à cette absence de réformes et de politiques correctrices. On a vu dans le cas de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal au début de 2010 que la présence de déficit extérieur et de déficit public très importants avait fait apparaître une violente hausse du taux d’intérêt à long terme. Avant la création de l’euro, il y avait à la fois hausse des taux d’intérêt et dépréciation du change (par exemple, en France, en 1981 et 1983) ; au Royaume-Uni, cette « discipline de marché » a été observée lorsque Liz Truss a annoncé, en 2022, d’importantes baisses d’impôts, d’où une forte hausse anticipée du déficit public.
Un défaut de la France
jugé impossible
Mais cette réaction des marchés financiers est très improbable dans le cas de la France. En effet, nul ne peut croire que la France pourrait faire défaut sur sa dette publique. Un défaut de la France conduirait à une perte de confiance des investisseurs dans tous les actifs libellés en euros, qui ne peut donc pas être acceptée par la BCE. Ce comportement de la Banque centrale étant anticipé, il n’y a pas d’attaque sur la dette publique de la France et l’écart de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne reste assez faible (autour de 70 points de base, voir graphique) et la demande pour les titres de l’État français reste forte – dans les adjudications d’OAT par l’Agence France Trésor, le taux de couverture, c’est-à-dire le ratio du montant demandé sur le montant adjugé, varie de 2,3 à 3,5 selon les maturités.
La discipline de marché financier ne s’applique donc pas à la France. En réalité, la France pourrait continuer à avoir un déficit public élevé et un taux d’endettement public perpétuellement en hausse pendant une longue période sans réaction majeure des conditions d’emprunt de l’État français. Mais cette situation où la France ne corrigerait pas ses finances publiques, d’une part, conduirait à une stagnation économique dans l’Hexagone et, d’autre part, ne serait pas acceptable par les autres pays européens.
Un frein de la croissance potentielle
Compte tenu de la hausse des intérêts sur la dette publique, qui suivent avec retard le taux d’intérêt à long terme, atteignant 66 milliards d’euros en 2025 et devant atteindre 107 milliards d’euros en 2029 d’après la Cour des comptes, et compte tenu aussi de ce que la pression fiscale est très élevée par rapport aux autres pays, ne pas réduire les dépenses de fonctionnement de l’État conduirait à une contraction des dépenses d’investissement et à un freinage de la croissance potentielle.
De plus, l’absence de redressement des finances publiques en France serait inacceptable pour les pays qui l’ont opéré : la Grèce (passée de 15,4 % du PIB de déficit public en 2009 à 3,8 % en 2014 et à un excédent depuis 2016), l’Espagne (passée d’un déficit public de 11,2 % de PIB en 2009 à un déficit public de 3,1 % de PIB en 2017), le Portugal (passé d’un déficit public de 11,4 % du PIB en 2010 à un déficit de 1,9 % du PIB en 2016 et à un excédent en 2023). Ces pays exerceraient une forte pression sur la France pour qu’elle respecte les règles budgétaires européennes.
Au total, on ne peut pas compter sur la discipline de marché pour imposer une baisse du déficit public et une stabilisation du taux d’endettement public de la France. Mais on peut compter sur une réaction venant de l’intérieur (réalisation de ce que la hausse de la dette publique étouffe l’économie) et de l’extérieur (pression des autres pays européens).