C’est un des effets à retardement de l’inflation. Après avoir atteint un plus bas en 2020, le nombre de dépôts de dossiers de surendettement des ménages à la Banque de France est reparti à la hausse. En 2024, il s’élève à 134 803, en hausse de 10,8 % par rapport à 2023. Cela représente près de 4,5 milliards d’euros. Pour la Banque de France, cette hausse ne remet pas en cause le mouvement amorcé depuis le point haut de 2014. La baisse des encours atteint 46 % comparé à cette époque et 42 % en nombre de dossiers (voir graphique). 2024 reste par ailleurs nettement en dessous des niveaux de 2019, avant la pandémie de Covid. Cette amélioration sur le long cours doit beaucoup à l’encadrement juridique plus strict de l’octroi de crédit à la consommation créé par la loi Lagarde, selon Hélène Arveiller, adjointe à la directrice des services aux particuliers de la Banque de France.
« Les situations de surendettement des ménages sont multifactorielles », souligne-t-elle. Le crédit à la consommation représente cependant le facteur le plus important des situations d’insolvabilité. Evaluées à 1,9 milliard d’euros, les dettes « de consommation » représentent 42,9 % de l’endettement global, bien plus que les dettes immobilières, et sont présentes dans près de 73 % des dossiers traités. Le montant médian dû par une personne hors immobilier s’élève à 17 447 euros. 88,7 % de ces créances sont détenues par dix groupes privés, dont les six grandes banques généralistes.
Des dépôts de dossiers tardifs
Sans surprise, 68 % des surendettés sont des ménages avec un niveau de vie inférieur au Smic. 59 % des personnes ayant déposé un dossier vivent sous le seuil de pauvreté, alors qu’elles comptent pour 14,4 % de l’ensemble de la population. La majorité vivent seules, 55 % sont des femmes et les familles monoparentales sont surreprésentées. Les départements enregistrant le plus grand nombre de dépôts par habitants ont subi une désindustrialisation importante.
Pour ces ménages en situation de fragilité, une exposition soudaine au chômage, des changements dans la situation familiale ou la survenance de problèmes de santé vont entraîner le surendettement. Mais le dépôt d’un dossier auprès de la Banque de France n’interviendra pour la majorité qu’un an, voire deux ans plus tard pour un tiers d’entre eux. D’où l’effet à retardement imputé à l’inflation dans les chiffres de 2024. En 2025, les perspectives sur l’emploi, négatives, augurent de difficultés à venir, le reflux de l’inflation, cependant, devrait compenser pour partie cette possible aggravation.