Après un parcours chaotique, la France s’est enfin dotée d’un budget. Fruit du compromis trouvé le 31 janvier entre députés et sénateur en commission mixte paritaire (CMP), le projet de loi de finance (PLF) pour 2025 a été adopté le 6 février par le Sénat, après le recours à l’article 49.3 de la constitution et le rejet de la motion de censure visant le gouvernement Bayrou. Pour autant, les finances publiques sont loin d’être tirées d’affaires. L’État vise un déficit public à 5,4 % du PIB fin 2025, en baisse par rapport aux 6 % de 2024, mais supérieur aux 5 % du PLF présenté en octobre par le gouvernement Barnier. L’objectif de retour à un niveau de 3 % en 2029 est, lui, maintenu. Cette année, le ratio de dette sur PIB devrait poursuivre son ascension et atteindre les 115,5 % du produit intérieur brut, contre 112,7 % en 2024. La crise politique et budgétaire ayant plongé l’économie française dans l’incertitude, Matignon a abaissé la prévision de croissance pour 2025 de 1,1 % à 0,9 %, en ligne avec celle de la Banque de France. Un chiffre supérieur à celui du consensus des économistes (+0,7 %) et que le Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP) juge « un peu optimiste au vu des indicateurs conjoncturels les plus récents ».
Les collectivités territoriales
un peu épargnées
Pour ramener le déficit à 5,4 %, François Bayrou, qui a hérité d’une marge de manœuvre réduite, prévoit un effort de redressement budgétaire de 50 milliards. Ce montant est inférieur aux 60 milliards envisagés par son prédécesseur. L’État vise 30 milliards d’économies sur les dépenses publiques – contre un tour de vis de 40 milliards proposé par l’administration sortante – ainsi que 20 milliards de hausses des recettes. Mettant en avant dans sa communication la baisse entre 2024 et 2025 de 2 % en valeur des crédits de paiement des ministères, à 327,2 milliards d’euros – soit la plus forte réduction depuis 25 ans –, Bercy va demander aux collectivités territoriales de raboter leurs dépenses de 2,2 milliards. Deux fois moins que les 5 milliards prévus sous Michel Barnier.
Alors que le projet de suppression de 4 000 postes dans l’Éducation nationale a été abandonné, les coupes budgétaires touchent l’aide au développement, l’enseignement supérieur et la recherche, l’écologie, la culture ou encore le sport. Mesure phare côté recettes, la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises est fixée à 20,6 % pour un chiffre d’affaires inférieur à 3 milliards, à 41,2 % au-delà de ce seuil et à un taux progressif, entre 1 et 1,1 milliard d’euros. Elle rapportera 7,84 milliards en 2025. Parmi les autres mesures clés, figurent la hausse de l’imposition pour les hauts revenus, le report de la suppression de la CVAE à 2030 et la hausse de la taxe sur les transactions financières de 0,3 % à 0,4 % (voir tableau).
Budget voté mais unanimement critiqué
À peine voté, le PLF est critiqué. La Cour des comptes pointe du doigt le fait que la réduction de 0,6 point du déficit prévu repose quasi exclusivement sur des hausses d’impôts plutôt que sur des économies. Qui plus est, la dépense publique progresserait, cette année, de 2,6 % en valeur et de 1,2 % en volume par rapport à 2024 à 1 695 milliards d’euros. Soit plus la croissance prévue du PIB. Le ratio de dépense publique sur PIB augmenterait ainsi, selon l’organisme de contrôle, de 0,1 point, pour atteindre 56,9 points. Le 29 janvier avant même le passage du PLF en CMP, le Haut Conseil des Finances publiques reprochait que la hausse du taux de prélèvements obligatoires proposée explique in fine la quasi-totalité de l’ajustement structurel de 0,7 point de PIB en 2025.
Le fait que près de la moitié des hausses des recettes soient temporaires reporte aux exercices suivants l’effort structurel de redressement des finances publiques estimé à 110 milliards d’ici 2029. Les yeux sont d’ores et déjà rivés sur la réforme des retraites qui sera remise en chantier, en concertation avec les partenaires sociaux, sur la base d’un état des lieux du financement du système de retraites que fournira la Cour des comptes.
Le temps presse pour la dette française. La charge d’intérêt de la dette publique est attendue en hausse de 8,3 milliards d’euros en 2025 à 67,1 milliards. En attendant, l’économie ne se dit plus que la France n’a pas de budget...