Système monétaire international

Le mythe du retour à la discipline de Bretton-Woods doit devenir réalité

Créé le

08.12.2023

-

Mis à jour le

21.12.2023

L’or n’est plus en mesure d’assurer un rôle de stabilisateur de l’économie mondiale, il reste cependant d’une importance cruciale et certaines voix plaident pour un retour à l’étalon-or.

15 août 1971 : Richard Nixon annonce la suspension de la convertibilité du dollar en or, enterrant, de facto, le système de Bretton-Woods. Une telle déclaration pouvait paraître anecdotique et, surtout, uniquement réservée à un cercle d’initiés. Toutefois, ce changement d’orientation monétaire n’a rien d’incrémental. En effet, pendant des siècles, l’or a été au centre du système monétaire international.

La Première Guerre mondiale avait, certes, altéré son rôle : les États belligérants ont souhaité faire usage de la « planche à billets » afin de mener un conflit jugé décisif, ce qui explique la raison pour laquelle ce dernier, tout comme son « successeur » de 1939-1945, fut qualifié de « guerre totale », étant extraordinairement meurtrier. Une telle ambition nécessitait de se passer de la rude discipline de l’étalon-or, qui obligeait les États à ne créer des unités monétaires que s’ils disposaient de l’équivalent en or. Un tel « ordre » aurait empêché des dépenses illimitées au cours de ce premier grand conflit mondial.

L’Après-guerre – en dépit des accords de Gênes visant à restaurer l’« ordre monétaire ancien » – a témoigné d’un désordre chaotique en la matière. L’Allemagne, en vue de payer ses dettes de guerre, a succombé à une « planche à billets » caricaturale qui a contribué à pousser la population à se tourner vers Hitler ensuite. Aux États-Unis, la Grande Dépression constitua un autre prétexte pour enterrer toute discipline monétaire, le New Deal engendrant d’autres dépenses importantes.

Toutefois, au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale, il fut décidé de rendre à l’or un rôle fondamental au sein du système monétaire international.

Les trois règles majeures de ce système étaient les suivantes :

– des changes très légèrement flottants entre les différentes devises (la marge de fluctuation étant de plus ou moins 1 %) ;

– une convertibilité fixe or/dollar : une once d’or (soit 31,1 grammes) pouvait être échangée contre 35 dollars ;

– accessoirement, le dollar était la seule devise convertible en or.

Ce système avait donc été entièrement façonné dans les intérêts des États-Unis. Le plan White l’avait ainsi emporté sur le plan Keynes, bien plus multilatéral puisqu’il prévoyait une devise « transnationale » novatrice, le « bancor ».

Une production monétaire
trop foisonnante

Pourtant, le système de Bretton-Woods a périclité pour une raison simple : les États-Unis n’ont jamais respecté sa discipline, qui leur imposait de calquer l’évolution du dollar sur celle de l’or. En effet, les découvertes de ce métal précieux sont rares alors que la première puissance économique mondiale ne lésinait guère sur la production monétaire, particulièrement foisonnante et supposément nécessaire en période de Guerre froide. Cela posait un problème mathématique indéniable : si les réserves d’or étaient stables (contrairement à celles en dollar) et au cas où la parité or/dollar demeurait fixe, de nombreux pays seraient intéressés par le fait d’acquérir du métal précieux en masse.

Ainsi, la France, l’Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni, pour ne citer que ces pays, ont profité de ces règles ainsi que de la marge de fluctuation précédemment évoquée, ce qui eut pour effet un dégonflement progressif des réserves d’or états-uniennes, à l’inverse de l’évolution des autres pays occidentaux.

Raison pour laquelle, en vue de stopper l’hémorragie, le président Nixon décida, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité or/dollar, mettant un terme à une tradition monétaire ancestrale. Quatre ans et demi plus tard, cette suspension se transforma en abandon définitif du rôle légal international de l’or décidé par les Accords de la Jamaïque.

Les États-Unis ne furent, dès lors, plus soumis à cette épée de Damoclès et se crurent autorisés à augmenter toujours plus considérablement la masse monétaire du pays. Les conséquences se firent immédiatement ressentir : les crises « pétrolières » intervinrent en 1973 et 1979. L’histoire enseigne qu’elles seraient le fruit de la décision de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) de hausser considérablement les cours du pétrole en réponse au soutien occidental à Israël. Le pétrole étant alors au centre de la production énergétique des démocraties libérales, ces dernières auraient eu du mal à en digérer les conséquences.

Cette explication résiste mal à l’examen appuyé des faits. En réalité, la démonétisation de l’or déstabilisa grandement le système monétaire international et mit fin à cette période de prospérité économique plus connue sous le nom de Trente Glorieuses.

Depuis plus de cinquante ans, les crises économiques se succèdent à vives allure et intensité. La crise économique de 2007-2010 fut considérée comme l’une des plus sérieuses de l’histoire.

L’or n’est malheureusement plus en mesure de jouer son rôle stabilisateur. Les banques centrales, malgré les données précises dont elles croient disposer, ne remplissent plus correctement leurs missions et il est même permis d’écrire que le renforcement de leurs compétences coïncide avec la multiplication des crises économiques.

Malgré une communication négative à son égard, le métal jaune voit son prix régulièrement grimper. Les banques centrales ont compris son intérêt et plusieurs d’entre elles ont décidé d’en acquérir toujours un peu plus chaque année.

Le premier quart du XXIe siècle témoigne d’une croissance économique globalement en berne pour les pays développés. Hors Covid-19, la France n’a, par exemple, plus jamais été en mesure d’atteindre l’objectif, jugé fondamental par de nombreux économistes, des 3 %, ce qui a nécessairement un impact négatif sur son taux de chômage.

Pour un changement radical
de paradigme

Dès lors, au regard du manque d’efficience de l’économie internationale, de nombreux analystes plaident en faveur d’un changement radical de paradigme monétaire. Certains, à défaut de restaurer intégralement l’étalon-or, veulent à tout le moins revenir à la discipline du système de Bretton-Woods.

Ainsi, en 2010, l’influent président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, avait déclaré, lors d’un G20, que les principales économies mondiales, « devaient envisager d’adopter un étalon-or modifié pour orienter les taux de change ». Plus récemment, en 2022, le sénateur républicain, Alexander Mooney, a présenté devant la chambre haute du Congrès son projet de loi intitulé Gold Standard Restoration Act, lequel plaide pour un retour de la convertibilité dollar-or, constatant que le dollar perd régulièrement une importante partie de son pouvoir d’achat. Parallèlement, Judy Shelton était sur le point d’intégrer la Fed en 2020, et ce alors qu’elle défend le retour à l’étalon-or.

Les pays émergents comprennent également l’importance cruciale du métal précieux jaune. Ainsi, la Chine et la Russie projettent de créer une monnaie commune assise sur les réserves d’or des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Si cette ambition devait se matérialiser, nul doute que cela renforcerait les systèmes économiques des pays émergents au détriment de ceux des pays développés avec toutes les conséquences auxquelles on pourrait penser en termes de mutation des pôles économiques.

Le retour à la discipline de l’étalon-or et, à tout le moins, à celle de Bretton-Woods semble envisageable et nullement utopique.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº887-888