Le défi des financements durables pour le monde émergent

Créé le

14.11.2023

-

Mis à jour le

15.12.2023

Les pays en développement et émergents sont en première ligne face au réchauffement climatique. Il y a donc urgence à financer une économie de transition pour limiter les dérèglements, mais aussi d’adaptation pour en atténuer les conséquences.

Dans un monde de crises multiples, les défis sont titanesques, à commencer par la détérioration à un rythme accéléré de la santé de notre planète. La finance a toute sa part à prendre. Les montants que requièrent les investissements durables, partout dans le monde sont massifs, avec une échelle de valeur qui ne se compte plus en milliards mais en billions. Mais l’insuffisance des financements publics et privés à destination des pays en développement et émergents en provenance des pays développés menace l’ambition de transition juste.

L’enjeu est pourtant de taille. Les projections développées au sein de la banque montrent que le produit intérieur brut des marchés émergents serait, en moyenne, supérieur de 3 % par an entre maintenant et 2060 si les financements publics mais bien plus encore privés en provenance des marchés développés assuraient un niveau adéquat de financement. A contrario, si les marchés émergents devaient financer eux-mêmes ces besoins d’investissement durables par des hausses d’impôts et de leurs volumes d’emprunts, ils s’appauvriraient collectivement de 2 000 milliards de dollars par an entre aujourd’hui et 20601.

Les financements privés et de marchés ne manquent pas. Encore faut-il que les capitaux durables atteignent les régions qui en ont le plus besoin car une transition qui ne réussirait que sur les marchés développés serait bien loin de répondre au défi global. Or une analyse de Standard Chartered a montré que les 300 premières sociétés d’investissement au monde, dont les actifs totaux sous gestion s’élèvent à plus de 50 000 milliards de dollars, n’investissent que 2 %, 3 % et 5 % de leurs actifs au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud2. La perception du risque est la principale raison de cette modestie des engagements.

Lever les obstacles

Changer d’échelle dans ces financements climatiques et plus globalement durables suppose de lever différents obstacles à l’investissement privé. C’est d’autant plus nécessaire que les institutions financières doivent aussi prendre en compte le risque propre lié à une exposition aux infrastructures et technologies nouvelles. À cet égard, les travaux en cours sous l’égide de la Commission européenne du groupe d’experts de haut niveau sur le développement de la finance durable dans les pays à revenu faible et intermédiaire sont à saluer.

Les financements mixtes (publics-privés) ou innovants comme la titrisation d’actifs durables ou ceux visant à réduire les risques de marché (change et taux) peuvent permettre de réduire les risques d’investissement et contribuer à faire des infrastructures durables notamment une catégorie d’actifs liquides. Les banques multilatérales de développement et les institutions de financement du développement jouent un rôle majeur de catalyseur de l’investissement privé et d’amortissement du risque. Différentes initiatives en cours permettraient de réaliser ce potentiel encore sous-exploité.

Autre point essentiel, la réglementation ne doit pas entraîner un obstacle aux flux transfrontaliers de capitaux durables à travers l’émergence de pratiques et de règles fragmentées. L’initiative de la plateforme internationale pour la finance durable (IPSF) qui réunit l’Union européenne et 18 juridictions pour travailler sur une taxonomie commune afin d’améliorer la transparence sur ce qui est communément vert va, de ce point de vue, dans le bon sens. De même, l’interopérabilité des cadres réglementaires, qu’il s’agisse des reportings pour une finance durable – songeons au cadre européen et celui de l’International Sustainability Standards Board – ou des dispositions relatives aux plans de transition, un outil essentiel pour soutenir la transition vers le Net Zero, est plus que souhaitable.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº886
Notes :
1 Rapport « Just in Time – Financing a just transition to net zero ».
2 Rapport « The $50 Trillion Question ».