Malgré le chaos politique et budgétaire qui secoue l’Hexagone depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et une notation de crédit sous pression, la dette française est plébiscitée par les investisseurs. Alors que le budget 2025 n’était toujours pas voté, l’Agence France Trésor (AFT) a lancé, le 21 janvier, une nouvelle obligation assimilable du Trésor (OAT) de coupon 3,60 % et de maturité 25 mai 2042. Avec un franc succès. Quelques jours après le vote du budget 2025, l’AFT a réussi une émission d’une OAT de coupon 3,75 % de maturité 25 mai 2056.
Les deux opérations se sont faites par syndication. Moins fréquente que les adjudications régulières de dette programmées selon un calendrier, cette technique de financement est utilisée pour créer des titres complexes, comme les OAT indexées sur l’inflation, et de maturités longues de 15 ans et plus. Elle repose sur un syndicat, composé par des banques spécialistes en valeurs du trésor (SVT). Ce dernier s’engage à acheter un montant de titres et il les cède ensuite sur le marché. À titre d’exemple, BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, HSBC, Morgan Stanley et Société Générale ont été les chefs de file de la première opération. Celle-ci a porté sur un montant record de 10 milliards d’euros. La deuxième s’est élevée à 8 milliards.
La demande bat un record
Émanant de 450 investisseurs de typologie et de zones géographiques variées, la demande a dépassé respectivement les 130 et 110 milliards. Soit des taux de couverture de 13 et 13,75. Des records pour des syndications : le précédent était détenu par l’OAT 0,5 % d’échéance 25 mai 2072 émise début 2021. L’opération avait porté sur 7 milliards, avec un carnet d’ordres de 75 milliards. Soit un taux de couverture de 10,7. À titre de comparaison, lors de l’adjudication du 23 janvier de trois OAT moyen terme, le volume demandé a représenté 2,6 à 5,3 fois le montant adjugé. En période de crises, l’État français tire parti de son système de financement robuste pour couvrir ses besoins et optimiser ses coûts. Depuis 2001, il s’appuie sur la stratégie d’émission de l’AFT, prisée des investisseurs pour sa prévisibilité et sa transparence et sur une dette liquide. Celle-ci lui a permis en 2020 de financer un pic de 361 milliards d’euros de besoins liés à la période du Covid. En 2025, en l’absence d’ajustement lié à la loi de finances, le besoin de financement est prévu à 306,7 milliards. Ce montant se compose majoritairement de refinancement de dettes à moyen et long terme amorties (174,8 milliards) et de 135,6 milliards de déficit. Le succès de l’opération ne doit pas masquer une réalité (voir graphique). Au cours des quatre prochaines années, le montant des dettes arrivant est supérieur aux chiffres de 2024 ! Avec un pic en 2029. Quel que soit le niveau des déficits, le mur de la dette est bien devant.