ÉTATS-UNIS

Dégradation de la note américaine et flambée des taux : Trump en difficulté

Créé le

23.05.2025

-

Mis à jour le

02.06.2025

Le nouveau président américain avait sa vision des choses en matière économique. Il se trouve confronté
à la réalité. La hausse des taux longs aura un coût cash pour l’économie américaine.

Aux États-Unis, la crise économique reste encore de l’ordre des spectres. En revanche, la crise de confiance ne paraît pas devoir s’éteindre à court terme. Les craintes de ralentissement de l’économie liées à une hausse des tarifs douaniers avaient déjà bousculé la suprématie du dollar. Aujourd’hui, l’endettement colossal de la première puissance économique vient renforcer cette inquiétude.

Alors que le Congrès se préparait à adopter un budget, creusant encore le déficit budgétaire américain et divisant les Républicains, l’agence de notation Moody’s a fini par abaisser la note de la dette souveraine américaine de AAA à AA1, avec une perspective stable. Avec cette dégradation, l’agence aligne sa note sur celles de Standards and Poor’s et Fitch Ratings, qui avaient retiré le triple A à la dette américaine, respectivement en 2011 et 2023. Pour mémoire, du côté de chez Moody’s, un premier pas avait été effectué dès l’automne 2023, avec la mise sous perspective négative de la dette américaine.

Les taux longs flambent

Cette notation « reflète l’augmentation, sur plus de dix ans, de la dette publique et du ratio des paiements d’intérêts à des niveaux nettement supérieurs à ceux des autres emprunteurs souverains ayant une note similaire », explique l’agence. De fait, l’endettement américain s’élève à près de 37 000 milliards de dollars.

Sur les marchés, la note attribuée par Moody’s a fonctionné en quelque sorte comme une étincelle mettant le feu aux poudres, alors que les inquiétudes vont croissant. « Deux éléments contribuent au renchérissement soudain de la dette américaine, commente Florent Wabont, économiste chez Ecofi : les craintes budgétaires et Donald Trump lui-même, qui suscite la défiance. » Déjà chahutés lors des annonces de hausse des tarifs douaniers, les bons du Trésor américains à échéance 10 ans se négociaient le 21 mai aux alentours de 4,6 %. Les taux à 30 ans ont franchi la barre des 5 %. « Les seuils franchis par le rendement des bons du Trésor américain sont des signaux pour les investisseurs : ils font preuve de davantage de prudence à l’égard des actifs les plus risqués, comme les actions. »

Powell résiste sur les taux courts

Donald Trump pousse pour que la Fed baisse ses taux directeurs. Las, l’inflation reste élevée, ce qui pousse Jerome Powell à se montrer plus inflexible sur le sujet que sur les ratios prudentiels des banques. « Nous sommes dans une situation assez exceptionnelle », commente Florent Wabont, « on ne peut prévoir jusqu’où vont monter les taux des obligations américaines. En revanche, il est probable que le potentiel de baisse ne soit pas significatif. »

Moody’s, de son côté, prévoit une aggravation du déficit fédéral, passant de 6,4 % du PIB en 2024 à près de 9 % en 2035. Le coût du financement même de cette dette pèserait de façon importante dans cette aggravation selon l’agence. Trump, ennemi de l’économie ?

Une trajectoire périlleuse

Le président américain a eu beau jeu d’annoncer une pause dans l’augmentation prévue des tarifs douaniers et les mesures d’économie budgétaire portées par le département de l’efficacité gouvernementale ont été finalement jugées dérisoires. Quant aux coupes incluses dans le projet de budget, notamment sur Medicaid, elles n’ont pas convaincu non plus. Pire, elles alimentent les craintes de récession.

L’hégémonie de la première puissance économique mondiale ne s’évaporera pas du jour au lendemain, tant s’en faut. L’éventuel ralentissement de l’économie américaine entraînerait dans son sillage celui de bien d’autres pays, et notamment en Europe. Pour l’instant, de nouvelles alliances commerciales se font jour sur le plan international. Pour Florent Wabont, nous assistons à un véritable « rééquilibrage ». Autant de paramètres que l’administration Trump n’avait peut-être pas suffisamment anticipés. Fanny Avignon

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº905